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vendredi 12 octobre 2012

TERRORISME : DES LOUPS SOLIDAIRES Par Pr Hagay SOBOL


TERRORISME : DES LOUPS SOLIDAIRES 

Par Pr Hagay SOBOL
copyright © Temps et Contretemps


Il y a quelques mois, la terrifiante équipée djihadiste de Mohamed Merah, franco-algérien de 24 ans, avait plongé la France dans l’incompréhension. La classe politique ébranlée avait, de manière quasi unanime, suspendu pour un temps la campagne présidentielle. Puis bien vite, on a préféré voir derrière ces tragiques évènements, l’action isolée d’un loup solitaire.




Cellule terroriste

Opération à Strasbourg

Aujourd’hui, le pays tout entier semble à nouveau sonné en découvrant l’étendu du mal. Les récents coups de filet antiterroristes à l’échelon national ont abouti au démantèlement d’une véritable «cellule». Lors de ces opérations, le leader présumé Jérémy Louis-Sidney, français de 33 ans d’origine antillaise converti à l’islam, a trouvé la mort à Strasbourg. Onze suspects ont été appréhendés et plusieurs membres des forces de l’ordre ont été blessés. Ce groupe, déjà responsable de l’attaque d’une épicerie casher à Sarcelles quelques jours auparavant, planifiait, selon les services de police, un attentat de grande envergure comparable à celui de la synagogue de la rue Copernic, le 3 octobre 1980.
Contrairement aux drames de Toulouse et Montauban, les autorités n’ont à aucun moment cherché à minimiser l’ampleur de la situation. Ainsi, pour Manuel Vals, la menace est très sérieuse : «Nous savons qu'il y a plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines, d'individus qui sont capables de s'organiser comme le groupe qui vient d'être démantelé.» Cette prise de position claire et ce message sans détour à l’attention des français appellent plusieurs interrogations.

Enseignement de ce dernier épisode
Mohamed Merah

Si Mohmed Merah et Jérémy Louis-Sidney sont des délinquants convertis à l’islam radical, ils différent sur un point essentiel. Jérémy Louis-Sidney n’est jamais allé se former à l’extérieur, sur les «terres traditionnelles du djihad». Cela ne l’a pourtant pas empêché d’agir. Bien au contraire puisqu’il voulait «finir en martyr». Le fait de ne pas suivre les filières classiques rend cette catégorie de terroriste particulièrement difficile à identifier, et donc d’en prévenir le passage à l’acte.

La France, cas particulier ?

Pour l’office de police intergouvernemental Europol, durant les cinq dernières années, la majorité des actes terroristes est imputable aux mouvements séparatistes. Mais bien que plus fréquents, il faut souligner qu’ils tuent assez rarement. Pour les actes islamistes, la même Agence relève en 2010 qu’un nombre élevé de personnes ont été arrêtées avant le passage à l’acte, alors qu’elles préparaient des attaques, ou pour des actions de propagande et de recrutement. En ce qui concerne les Etats-Unis, une analyse de Daniel Pipes considère que l’Amérique ne serait pas mieux lotie, voire dans une situation pire qu’en Europe. Dans le contexte mondial, la France n’apparaît pas comme un cas particulier. Elle semble s’inscrire dans la tendance générale.
Un bémol cependant à cette hiérarchie des actes violents. Si jusqu’à 2010, le nombre de personnes arrêtées en lien avec la mouvance islamiste était plus important que le nombre d’attaques, ces statistiques pourraient fort bien être revues à la hausse. Car depuis, les «prétextes» pour de nouvelles actions n’ont pas manqué entre «film islamophobe» et autres «caricatures». Le tout alimenté par un regain de tension dans le conflit que se livrent au niveau mondial les extrémistes chiites et sunnites, sur fond d’instabilité accrue dans les pays «des printemps arabes» et de programme nucléaire iranien.

Radicalisation

Plusieurs études sur les causes du djihadisme convergent pour dire que le contexte économique compte moins que les motivations personnelles [1] : «les facteurs qui provoquent le déclin ou l'essor de l'islam radical semblent liés à des questions d'identité, et non à des difficultés économiques». Le cas de l’Egypte est particulièrement éclairant à ce sujet. Contrairement à ce qui avait été initialement annoncé par le gouvernement islamiste proche des Frères musulmans ayant succédé à Hosni Moubarak, ce ne sont pas des bédouins qui sont responsables des récents attentats du Sinaï. Ce sont «des jeunes issus de l'élite socio-économique égyptienne». On est loin du cliché du jeune de banlieue, sans éducation et laissé pour compte !
Ce constat pourrait fort bien s’appliquer également à l’Europe. Cela donne une toute autre perspective aux propos du Ministre de l’intérieur : L’«islamisme radical se nourrit de fantasmes, de haines, à l’égard de notre pays et des juifs». La lutte antiterrorisme deviendrait encore plus ardue, car au-delà des réseaux traditionnels, il faudrait se confronter à d’autres profils, encore plus difficile à repérer et à traquer.

Lutte contre ce fléau

Pour lutter contre le fléau de l’islamisme radical, il faut tout d’abord la volonté politique, et résister à la dictature des «évidences». Le profil type du candidat au djihad ne se restreint pas à une classe d’âge, une population ou un milieu social particulier. La mouvance terroriste, quel que soit l’idéologie, se nourrit partout où elle trouve de personnes en situation de fragilité, sans exclusive aucune. Ensuite, étant donné la variabilité des profils, il est indispensable de se donner les moyens d’agir, et cela à plusieurs niveaux, tant en termes de traitement que de prévention.
Internet et les réseaux sociaux : De nombreux rapports, dont un du Sénat américain publié en mai 2008, ont pointé du doigt la place centrale qu’occupe internet dans la «guerre médiatique pour les cœurs et les esprits», comme le dit Ayman al-Zawahiri, le successeur de Ben Laden à la tête d’Al-Qaïda. Au-delà de la cyber-guerre qui n’en est qu’à ses débuts, le Web est devenu une véritable arme au service du djihad. C’est un moyen très efficace de propagande qui permet tout à la fois de véhiculer des informations, de susciter de nouvelles vocations et de préparer des opérations. Par ce réseau planétaire virtuel, même si des Mohamed Merah, des Jérémy Louis-Sidney ou «des diplômés de littérature égyptienne» ne se sont jamais rencontrés, ils participent grâce à lui de la même mouvance, et appartiennent donc à un même plan d’ensemble. A cet effet, un projet de loi a été présenté le 3 octobre en Conseil des ministres qui viserait les hébergeurs et les sites, mais pas les utilisateurs, contrairement au dispositif existant en matière de pédophilie. Cela sera-t-il suffisant ?

Volet juridique et carcéral

Le projet de loi qui vient d’être évoqué précédemment devrait combler une lacune majeure mise en évidence dans l’affaire Merah. Jusqu’à présent, les enquêteurs étaient limités dans leurs investigations par l’absence de «délit de l’entraînement au djihad». Les futures dispositions devraient permettre d’agir sur les français qui partent s’entrainer à l’étranger.
Islam en prison

Un autre point essentiel à traiter est celui des conversions de sujets fragilisés à l’islam radical durant leur séjour en prison, sous l’influence d’éléments radicaux déjà écroués. Il s’agit d’un sujet délicat pour lequel il n’existe pas de recette miracle. Au delà de la vigilance la plus extrême, et de la mise à disposition dans les lieux de détentions d’aumôniers musulmans préparés à gérer ce type de situation, cela passe sans doute par une amélioration des conditions carcérales. En pleine crise économique, alors que les arbitrages entre ministères sont tendus, il ne sera pas aisé de faire passer cette idée auprès du grand public. Et pourtant c’est durant leur incarcération qu’une bonne partie des futurs djihadistes vont commencer leur funeste parcours.

Partenariat étroit

En premier lieu, il conviendra d’accompagner les autorités musulmanes afin qu’elles puissent disposer de centres pour former en nombre suffisant des imams français. Cela devrait réduire le risque de faire appel à des personnes qui se servent de leur position pour faire des prêches antisémites et diffuser de la propagande djihadiste, comme cela s’est produit dans le passé récent.
Ensuite, il faut lutter contre les amalgames qui tendent à assimiler les excès de quelques uns, à une population entière. Ce n’est pas rendre service aux modérés qui représentent la majorité et qui sont souvent les premières victimes des extrémistes. Sans faire du communautarisme, le milieu associatif peut-être d’une aide précieuse pour créer du lien entre les populations. A Marseille, deux initiatives précieuses sont devenues emblématiques à ce propos. Tout d’abord, Marseille-Espérance, organisation dépendant de la Mairie, regroupe des dignitaires des principaux cultes ainsi que des représentants laïques. Ensuite, le collectif «Tous Enfants d’Abraham» constitué d’associations chrétiennes d’Occident et d’Orient, juive et musulmane, qui à été créé à l’initiative du Centre Culturel Edmond Fleg. 
Par des prises de position officielles ou dans le cadre d’activités culturelles, ces structures ont démontré, même dans les périodes de vives tensions, qu’il était possible de travailler ensemble, tout en ayant bien conscience de ce qui peut diviser. Ces actions sont possibles grâce à l’espace privilégié que représente la laïcité et devraient être généralisées à l’ensemble du territoire national. Mais pour cela, il ne faudrait pas que les nécessaires restrictions budgétaires opérées par le gouvernement se fassent au dépend du milieu associatif.

Volet éducatif primordial

Djihadiste français

Pour lutter contre la désinformation qui transforme la propagande en vérité, et les écoles en zones de non droit, il faut reconquérir «les territoires perdus de la République». Si la République est «Une et indivisible», il est inconcevable que les programmes scolaires soient redécoupés en fonction des sensibilités et de la composition des classes. L’école doit redevenir le lieu par excellence de l’apprentissage du vivre ensemble, où le collectif s’enrichit des différences de chacun. Cela passe par une revalorisation de l’enseignement si galvaudé de la morale, de l’instruction civique, ou de l’histoire. Car c’est dès le plus jeune âge que l’on apprend à respecter l’Autre. Pour cela les enseignants doivent être soutenus dans leurs missions à la fois par leur hiérarchie, et par les parents. Espérons que la création de nouveaux postes annoncés par le gouvernement contribuera à atteindre cet objectif.
Aussi, malgré les difficultés et la gravité de la situation il ne faut pas laisser aux loups djihadistes, la possibilité de devenir solidaires. La solidarité est une valeur citoyenne porteuse d’avenir qui nous concerne tous. Il en va de notre futur et de celui de nos enfants. 

[1] http://www.atlantico.fr/decryptage/derives-djihadistes-ces-motivations-personnelles-qui-pesent-beaucoup-plus-que-contexte-economique-hagay-sobol-508266.html

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Je vous cite:
"Assimiler les excès de quelques uns a une population entière ne rend pas service aux modérés qui representent la majorité"
Je suis bien d'accord, seulement
pourquoi les modérés n'expriment pas leur opposition,ou sont les manifestations de leur rejet,Avez vous des défilés communs avec les démocrates contre les djihadistes
Il y a eu des résistants contre les Nazis Ou est leur résistance?
Pöur ma part qui ne dis mot consent

Sylvain.C.T a dit…

Excellent article qui pose bien les problèmes et qui lance quelques pistes pour essayer, sinon de les faire disparaitre, du moins de les restreindre.
D'autres part, pourquoi les religieux musulmans ne pourraient il émettre des fatwas condamnant ceux qui prétextent de la religion pour commettre des actes terroristes.

Hubert NATAF a dit…

C'est la même chose qui revient, ceux qui ont des bonnes raisons de s'opposer à l'extrémisme sont considérés comme des traitres de service, qu'ils soit imans, militaires ou journalistes et c'est l'extrémisme qui revendique la réussite. Ce qui peut être marcherait c'est d'enlever le sentiment de gloire à ces naïfs et mettre à nu l'échec personnel de leur vie

Betty ERNOTTE a dit…

Je me suis permise de mettre ici le commentaire d'une personne avec qui, je suis tout à fait d'accord.Anonyme a dit…
Je vous cite:
"Assimiler les excès de quelques uns a une population entière ne rend pas service aux modérés qui representent la majorité"
Je suis bien d'accord, seulement
pourquoi les modérés n'expriment pas leur opposition,ou sont les manifestations de leur rejet,Avez vous des défilés communs avec les démocrates contre les djihadistes
Il y a eu des résistants contre les Nazis Ou est leur résistance?"
Pöur ma part qui ne dit mot consent

Hagay a dit…

Tous solitaires ou tous solidaires ?
Dans cette perspective, le Prix Nobel de la Paix qui vient d’être décerné à l’Europe, n’a pas pour seul but de couronner le passé. Il a surtout pour mission de l’encourager à poursuivre son œuvre de défense des valeurs universelles. La solidarité en est une, porteuses d’avenir et d’espoir. Soutenir les modérés, s’inscrit totalement dans cette démarche, car ils sont souvent pris entre le marteau et l’enclume et ne peuvent s’exprimer ou agir librement. Il ne faut pas attendre une "symétrie absolue des comportements" ou "une réciprocité proportionnelle". Et c’est en ce sens qu’il faut comprendre ma conclusion : "Aussi, malgré les difficultés et la gravité de la situation il ne faut pas laisser aux « SEULS » loups djihadistes, la possibilité de devenir solidaires. La solidarité est une valeur citoyenne porteuse d’avenir qui nous concerne tous. Il en va de notre futur et de celui de nos enfants".

Sylvain C.T a dit…

Pour que les choses soient claires, ce que je dis du Coran est valable aussi pour la Bible.

Ces deux livres contiennent des tonnes de contradictions et sont remplies, toutes au nom de Dieu, de pages prônant l’amour et la tolérance ainsi que de pages remplie de haine et d’appel au meurtre.

Pour ceux qui ne croient pas aux révélations, ces livres sont uniquement des émanations humaines.

Pour les croyants, ils sont sacrés et donc intouchables.

Sourate 9 verset 29 (sourate post hégire)
Traduction de Kazimirsky édition Garnier

Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au Jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu et son apôtre ont défendu et, à ceux d’entre les hommes des Ecritures qui ne professent pas la vraie religion. Faites leur la guerre jusqu’à ce qu’ils payent le tribu de de leurs propres mains et qu’ils soient soumis.



Autre traduction tirée du site islamfrance.free.fr

Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humilies .


Et donc pour en revenir à mon précédent commentaire, je disais

Tant qu’il n’y aura pas un consensus des savants musulmans à propos de l’interprétation de ce verset et d’autres du même genre ou de sa mise en perspective historique, on ne pourra empêcher les wahabites, salafistes et djihadistes de le prendre au pied de la lettre et de s’en inspirer.


Ce qui ne me semble nullement injurieux à l’égard de quiconque.