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vendredi 14 septembre 2012

LE CAIRE, BENGHAZI : CHRONIQUE D’UN DRAME ANNONCÉ Par Zvi MAZEL



LE CAIRE, BENGHAZI : CHRONIQUE D’UN DRAME ANNONCÉ

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs 
copyright © Temps et Contretemps


11 septembre 2001

Le 11  septembre, tandis que l’Amérique se recueillait dans le souvenir des trois mille victimes des attentats perpétrés onze ans plus tôt, des foules en colère se massaient contre l’ambassade américaine au Caire et le consulat à Benghazi en Libye.  En 2001, le  président Georges W. Bush avait alors déclaré la guerre à la terreur islamique. Aujourd’hui la situation est plus complexe.



Le combat continue


Certes, avec le président Obama le combat continue. Ossama Ben Laden a été éliminé et les drones américains ciblent depuis le ciel des chefs terroristes en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen. Seulement un vent nouveau souffle à la Maison Blanche. Obama cherche à gagner les cœurs des pays arabes et musulmans. Il n’y a qu’à écouter ses discours d’Ankara et du Caire. Faisant fi de l’histoire des États-Unis, Obama évoque la contribution de l’islam au développement et au progrès en Amérique. Plus grave, il se refuse à parler de terreur islamique et évoque des «criminels» sans nom. Les manuels de l’armée américaine et ceux des autres agences, telles la CIA, ne mentionnent plus cette terreur. 
Pendant ce temps, terroristes et organisations terroristes proclament quotidiennement qu’ils se battent au nom de l’islam et pour l’islam et que leur but est la destruction de leur plus grand ennemi – la démocratie dont les États-Unis sont le symbole. Évidemment, difficile de combattre un adversaire fanatique et déterminé comme le terrorisme islamique tout en se refusant à l’identifier et à identifier ses objectifs.  Les américains se battent donc contre des ennemis «anonymes» dans des pays arabes ou musulmans, tout en déployant leurs efforts pour se concilier les tenants de l’idéologie islamique qui a donné le jour à leur terreur meurtrière.

Le 11 septembre
Ambassadeur Christopher Stevens

Le drame du 11 septembre est dans une large mesure le fruit de cette ambigüité.  Le président Obama avait voulu croire que, par son dialogue avec les Frères musulmans, le soutien apporté à la chute de son vieil allié Moubarak et la contribution de l’OTAN au succès des rebelles contre Kadhafi, il se prémunirait contre le terrorisme. Il ne voulait pas voir que l’islam se bat contre les valeurs de la démocratie – pluralisme, liberté d’expression, égalité de droits pour les femmes, liberté de culte  - dont l’Amérique est le symbole.  Alors il ne lui avait pas semblé nécessaire de renforcer la sécurité des représentations diplomatiques américaines dans le monde et plus précisément au Moyen-Orient le 11 septembre. On sait pourtant que ces sinistres anniversaires sont souvent l’occasion de nouveaux attentats. Israël ne s’y trompe pas et prend des mesures extraordinaires de précautions pour ces dates fatidiques.
Cheikh Abdel Rahman

Pourtant on savait qu’il allait se passer quelque chose. Au Caire, le quotidien Al Fajr avait publié le 10 septembre un communiqué de plusieurs organisations djihadistes – le djihad islamique, la Gamaa Islamiya et d’autres – annonçant qu’elles allaient incendier l’ambassade américaine et prendre en otages ceux des diplomates qui auraient survécu si les États-Unis ne remettaient pas en liberté leurs militants détenus à Guantanamo ainsi qu’Abdel Rahman. Le cheikh aveugle, leader spirituel ayant donné donné sa bénédiction à l’assassinat de Sadate et au premier attentat contre le World Trade Center en 1991, avait été condamné à la prison à vie.  Si cette information est parue dans la presse, il y a tout lieu de croire que les services secrets égyptiens et américains étaient au courant ! Mais ce n’est pas tout. Le 11 au matin ont circulé des communiqués annonçant une grande manifestation devant l’ambassade à partir de 17 heures, pour protester contre un film jugé blasphématoire contre le Prophète Mahomet. Ce film dont personne n’avait entendu parler précédemment  avait été produit aux États-Unis, par un copte égyptien.

Lacune de sécurité


Pourtant la sécurité autour de l’ambassade n’a pas été renforcée. On se demande pourquoi le président Obama n’a pas demandé par téléphone à Morsi d’assurer la sécurité de l’ambassade et pourquoi le président égyptien n’y a pas pensé. Lorsque la manifestation a dégénéré, les forces de sécurité égyptiennes ont réagi bien mollement, laissant les manifestants grimper au mur et arracher le drapeau américain pour le remplacer par l’étendard noir des salafistes. Le drapeau américain a été foulé aux pieds et brûlé,  comme l’avait été il y a moins d’un an le drapeau israélien lors de l’assaut donné à l’ambassade. On se souvient sans doute que le jeune égyptien, qui avait arraché ce drapeau est devenu un héro national encensé par la presse et récompensé par le gouverneur de Giza…
L'attentat de Benghazi
Malheureusement, ce fut bien plus grave en Libye. Le consulat fut réduit en cendres et quatre américains assassinés, dont l’ambassadeur, un ami sincère du peuple libyen qui se trouvait là en visite. On sait maintenant que l’attaque avait été préparée de longue date et n’avait probablement rien à voir avec le film.  Les attaquants étaient puissamment armés et il est tout de même étonnant que les autorités locales et leurs informateurs, sans parler des services secrets américains, n’aient rien vu, ni rien entendu. D’ailleurs le vice-ministre de l’intérieur libyen s’est permis de reprocher aux américains, avec une certaine mauvaise foi, de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour protéger le consulat et de n'avoir pas envisagé une évacuation en urgence en cas de nécessité.
Quant à l’ambassade américaine au Caire, mise au courant de la manifestation prévue, elle s’était contentée de condamner le film, comme le fit Hillary Clinton après l’attaque. La secrétaire d’État devait d’ailleurs se demander, à haute voix devant la presse, comment les libyens avaient pu assassiner son ambassadeur après tout ce que l’Amérique avait fait pour eux, montrant ainsi que, à l’instar du président, elle n’avait rien compris à l’islam et à son but.

Mise en cause du film

Film l'innocence des musulmans

On a pu ensuite entendre Obama condamner ceux qui avaient fait le film après avoir   condamné l’assassinat des quatre américains et fait le serment de coopérer avec la Libye dans la poursuite des «criminels». On a un peu l’impression que plus de poids est donné à la condamnation du film qu’à celle de l’attaque. Ce qui appelle deux observations. L’une : il n’est pas évident que ce soit le film qui ait provoqué l’assaut donné au consulat le 11 septembre. La seconde : la liberté d’expression est une valeur fondamentale ancrée dans la constitution américaine. Alors pourquoi les dirigeants américains se bousculent-ils pour s’excuser devant les terroristes que les ont attaqués, comme s’ils reconnaissaient que l’Amérique était «coupable» de la création du film ?
Triste réveil pour ceux qui ont cru ou voulu croire que le «printemps arabe»  verrait les pays arabes prendre le chemin de la démocratie. C’est le contraire qui se produit. Les valeurs libérales et démocratiques sont encore étrangères aux traditions islamiques et arabes. Le monde arabe se tourne de plus en plus vers des dictatures religieuses ; Frères musulmans et salafistes l’entrainent vers un abîme d’extrémisme et d’instabilité. Reste à savoir quelle sera la réaction de l’occident ; reste à savoir surtout que va faire l’Amérique.  Le président Obama a déclaré jeudi 13 que l’Égypte n’était plus l’amie de l’Amérique. C’est peut-être un premier pas. 

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