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dimanche 2 septembre 2012

RÉSULTATS MITIGÉS AU SOMMET DE TÉHÉRAN




RÉSULTATS MITIGÉS AU SOMMET DE TÉHÉRAN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Ahmadinejad clôture la conférence du MNA
           
         Le sommet du MNA (Mouvement des non-alignés) n’a pas été un sacre pour Ahmadinejad mais plutôt une réunion où les conflits ont été exacerbés. Le monde arabe n’est pas encore prêt pour s’unir et encore moins le monde musulman qui se complait dans ses contradictions et ses rivalités.


 Réussite mitigée

        Certes, les termes de la déclaration finale étaient attendus sans surprise. Les 120 pays membres ont trouvé un commun dénominateur pour donner l’impression qu’ils baignaient dans le consensus alors que, durant deux jours, ils se sont appliqués à raviver leurs tensions. Le conflit israélo-palestinien y a même trouvé sa place de manière subliminale. Il faudra de toute façon beaucoup de bonne volonté pour mettre en application des dispositions incantatoires.
        Contrairement à Hosni Moubarak en 2009, les iraniens n’ont pas réussi à convaincre beaucoup de chefs d’États ou de gouvernement à faire le déplacement puisqu’ils étaient à peine une trentaine à Téhéran contre 50 en Égypte. Les autres délégations étaient conduites par les ministres des affaires étrangères ou les ambassadeurs. Israël, dont la diplomatie avait tout fait pour convaincre les chancelleries de ne pas assister à la conférence, ou du moins d’être représentées au plus bas niveau, doit être aujourd’hui rassuré. Le seul point litigieux concerne le souhait d’ouverture du nucléaire à tous les pays. Cette formule vague pourrait donner des idées à certains pays qui encouragent le terrorisme.

Résolution sans surprise

        Les pays non-alignés ont adopté une résolution affirmant le droit de tous les pays à l’énergie nucléaire pacifique, le refus de toutes sanctions unilatérales et menaces militaires contre un pays, le soutien à la création d’un État palestinien et la nécessité du désarmement nucléaire. Des vœux pieux qui entrent dans la politique d’incantation d’un régime aux abois. Alors que les morts s’amoncellent, rien n’a été décidé sur les moyens de résoudre pacifiquement la crise syrienne et d’arrêter les massacres. Rien n’a été décidé pour l’intégration des réfugiés palestiniens qui fuient en masse un pays qui les avait accueillis en 1948. Rien n’a été décidé pour un soutien politique massif à l’Iran face aux occidentaux.
Salehi, Ban Ki-Moon et Ahmadinejad
        Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, qui n’avait pas sa place dans cette conférence d’alignés, a tenu à justifier sa présence dans un discours ferme demandant à l’Iran de respecter les résolutions onusiennes qui lui imposent l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium. Cherchant l’équilibre politique, il a d’une part dénoncé les menaces israéliennes d'une frappe militaire contres les usines nucléaires mais d’autre part, condamné la rhétorique de l’Iran qui veut détruire Israël.
Cette mise en garde était liée au nouveau rapport de l’AIEA, publié le jour de l’ouverture de la conférence, stipulant que l’Iran avait doublé ses capacités d’enrichissement dans l’usine de Fordo. Le ministre des affaires étrangères Ali Akbar Salehi a rejeté ces accusations considérées comme un alibi occidental pour maintenir les sanctions occidentales.
Le site nucléaire de Fordo

Le problème syrien négligé

        Le sommet des non-alignés a mis en évidence l’isolement total de l’Iran dans son soutien au régime de Bassar Al-Assad. La question de la Syrie a été éludée car elle constituait un sujet de discorde. Il en a été peu question sauf lorsque l’égyptien Morsi a osé faire aux iraniens un procès en règle en dénonçant «le régime oppressif devenu illégitime». L’ayatollah Khamenei s’est trouvé contraint de réaffirmer son soutien à Damas en allant jusqu’à accuser «l’Amérique et le régime sioniste» d’avoir suscité la crise en Syrie pour affaiblir le front des pays opposés à Israël.
Le président afghan Hamid Karzai et le premier ministre pakistanais Yousaf Raza Gilani
Le président Hamid Karzaï, installé et soutenu par les occidentaux a fait l’honneur de sa présence à Téhéran. L’Iran peut se prévaloir en effet de bonnes relations avec l’Afghanistan avec lequel des projets de reconstruction ont été développés à l’instar d’un nouveau train de Harat au Golfe Persique et avec le Pakistan dans le cadre du Pipeline de gaz de la Paix. D’ailleurs, le président du Pakistan faisait partie de la vingtaine de hauts dirigeants étrangers présents à la conférence.
L’Iran, qui a pris la présidence du mouvement des non-alignés pendant trois ans, va tenter dorénavant de diffuser son influence sur la scène internationale. D’ailleurs une certaine modération a été perceptible car l’Iran a tout fait pour se réconcilier avec les États du Golfe et l’Arabie saoudite. Mais ces deux pays ont boudé la conférence alors qu’on aurait cru la brouille dissipée depuis que le roi saoudien avait offert aux chiites du monde la création du centre pour un dialogue entre chiites et sunnites.

Vedette internationale

Morsi avec Ahmadinejad

Le MNA a fait émerger un nouveau personnage qui s’est révélé alors qu’en tant que numéro 2 des Frères musulmans, il avait été qualifié de candidat de substitution, de deuxième couteau, pour ne pas dire de falot. Le président égyptien Morsi a dominé l’assemblée de sa stature et il sera d’ailleurs à l’origine du retour de l’Égypte parmi les pays leaders arabes. 
Cette réunion va certainement permettre aux égyptiens de renouer les relations diplomatiques avec l’Iran, coupées en 1980 à la suite du traité de paix entre l’Égypte et Israël. Mais il ne semble pas que Mohamed Morsi soit pressé de rétablir ces relations car il ne veut mécontenter ni les américains et encore moins l'Arabie Saoudite. 
L’Iran se targuait du parallèle entre le renversement de Hosni Moubarak et le Shah d’Iran en 1979 parce qu’ils ont remplacés des leaders pro-américains et laïcs. Mais, il n’était pas fortuit que la première visite de Morsi ait été pour l’Arabie saoudite avec l’accomplissement de son petit pèlerinage (Umra) en compagnie du leader du Hamas, Ismaël Haniyeh. Par ailleurs, alors que les dollars lui sont versés par les États-Unis, il a préféré son déplacement suivant en Chine pour rechercher l’appui d’une puissance qui pourra lui fournir une aide économique sans contrepartie politique.
Mais là où il se révèle bon diplomate c’est lorsqu’il veut damer le pion à ceux qui rêvent de reprendre le flambeau du leadership arabe. Alors dans la foulée, pour neutraliser les ambitions, il a proposé  la création d’un groupe comprenant l’Arabie Saoudite, l’Iran, la Turquie et l’Égypte dans le cadre d'une union puissante mais pacifique, capable de présenter un front uni à la fois au régime d’Assad et aux occidentaux. Morsi veut faire mentir les pessimistes en occident en prouvant que son pays est une démocratie mature et stable qui va s’intéresser aux aspirations du peuple.  
Réunion de l'OCI à la Mecque

 Mais plutôt que le MNA, l’Égypte préfère s’appuyer sur l’OCI (Organisation de la coopération islamique), fondée en 1969 et dont les 57 membres représentent deux milliards de musulmans dans le monde, pour promouvoir la solidarité entre ses membres.

Bataille feutrée entre Iran et Égypte

Le rapprochement entre l’Égypte et l’Iran était devenu inévitable. Il aurait pu avoir lieu avant, malgré l’opposition ferme de Moubarak. D’ailleurs les iraniens avaient voulu marquer d'un symbole fort l'avènement de la révolution égyptienne. Un navire iranien a été l’un des premiers bateaux à traverser le canal de Suez. Mais le président Morsi maintient sa stratégie de ne pas trop flirter avec Ahmadinejad.
Une frégate iranienne traverse le canal de Suez
        Durant les trois prochaines années le MNA va se confronter à l’OCI qui, elle-aussi, a renoncé aux alliances et pactes militaires de grande envergure, pour constituer un contre-pouvoir aux superpuissances. L’OCI,  fondée et financée par l’Arabie Saoudite avait pour objectif originel de constituer un groupement de pays anti communistes alliés du camp occidental. Aucune des deux organisations n’a de réelle influence et il n’est pas impossible qu’elles vont mettre en évidence l’antagonisme entre l’Arabie et l’Iran. Le seul espoir de réussite de chacune d’elle viendrait du changement d’objectif, à savoir sortir du politique pour entrer dans l’ère économique et culturel.
En ces temps de crise, la restructuration des relations commerciales entre les pays développés et les pays pauvres pourraient permettre à ces organisations de s’affirmer dans le concert des nations en aidant la prise des décisions financières internationales pour aider les pays pauvres à éviter les conflits et à alléger leurs dettes. Les appels systématiques à la guerre ne sont plus payants.
Les usines nucléaires en Iran

Mais il est fort improbable que l’Iran sorte de sa dialectique guerrière. Il fera tout pour amener les pays du MNA à justifier ou cautionner un conflit avec Israël tout en poursuivant son programme nucléaire. Ce sera l’enjeu des prochains mois et surtout de Barack Obama qui a été le grand absent des débâts à cette conférence du MNA.

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