ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mercredi 12 septembre 2012

QUE DIABLE VIENT FAIRE BENOÎT XVI DANS CETTE GALÈRE



QUE DIABLE VIENT FAIRE BENOÎT XVI DANS CETTE GALÈRE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Le Pape se rendra du 14 au 16 septembre, sauf difficultés de dernière minute, dans un Liban secoué par la crise syrienne et par les révolutions arabes qui ont déteint sur le pays. Il représente le symbole de la paix qui évolue là où les populations recherchent une autorité spirituelle qui peut atténuer leurs malheurs et leur rendre la dignité. Il ne se déplace pas avec ses «divisions», qui avaient été raillées par Joseph Staline, mais avec sa simple capacité de conviction et de justice.


Des chrétiens fragilisés

Cliquer sur le triangle noir pour voir la visite du pape en 2009

     Depuis son dernier voyage dans la région, le monde a été bouleversé par l’émergence de pays islamistes ayant fragilisé la vie des communautés chrétiennes qui se sont trouvées en difficulté ou en danger, en Égypte d’abord puis aujourd’hui en Syrie. Les chrétiens fuient en masse vers un Liban qui est justement devenu un refuge alors qu’il était, il y a quelques années encore, en proie à une guerre civile sanglante intercommunautaire.
Sœur Vérone, du couvent Sidnaya en Syrie
     Bien que les chrétiens soient presque partout une faible minorité au Moyen-Orient (sauf au Liban), allant de moins de 1% (Iran, Turquie) à 10% (Égypte), ils sont pourtant actifs, dynamiques et rayonnants. Lors de sa visite en Terre Sainte, du 8 au 15 mai 2009, le Pape avait été sollicité par les membres de l’épiscopat pour convoquer une Assemblée Synodale afin d’approfondir la situation complexe des pays du Moyen-Orient puis de confirmer et de renforcer les chrétiens dans leur identité.
     Le Synode a bien eu lieu en octobre 2010 à Rome. Mais à présent le Pape se déplace lui-même dans une zone de tous les dangers, avec des syriens experts en attentat, un Hezbollah agressif qui cherche l’occasion d’en découdre et des barbouzes de toutes nationalités. Des moyens sécuritaires disproportionnés seront mis en place pour éviter le pire et l’aide internationale sera au rendez-vous.
Chrétiens du Liban
     Au Liban, Benoît XVI rencontrera des chrétiens profondément divisés au plan politique et confessionnel, ne disposant d’aucun projet consensuel. Mais le message du Pape sera certes pour eux mais aussi et surtout pour les autres pays. En Égypte, la montée de l’islam politique a fragilisé la vie des chrétiens sujets à l’intolérance, à l’inégalité et à l’injustice. Ils se plaignent que l’islamisation les touche de manière insidieuse à travers les médias et l’école au point d’imprégner leur mode de vie. Les intégristes musulmans pensent que l’éloignement de l’islam est la cause de tous les maux de la société moderne et leur recours à la violence tend à prouver que l’islam est la seule solution rendant ainsi leur démarche violente et dangereuse pour la présence chrétienne en Orient.

Un monde en évolution

            Le Moyen-Orient a changé depuis 2009 alors que le nucléaire iranien risque de mener à une guerre dans la région. De plus en plus de démocraties islamiques émergent avec, à leur tête la Turquie, transformant les tensions politiques en tensions économiques pour les chrétiens de la région. Le Vatican est convaincu que la solution de la crise passe par la solution du problème palestinien alors que les révolutions arabes se sont abstenues de soulever ce problème. Ce différent subsiste toujours entre le Pape et Israël qui refuse d’être le bouc émissaire systématique.
     De même que Barack Obama avait tenu à s’adresser aux musulmans depuis la tribune d’Égypte en juin 2009, Benoît XVI a choisi le Liban parce que c’est le seul pays arabe où vit une communauté chrétienne puissante, disposant de droits politiques qui lui permettent d’occuper les hautes charges de l’État, en bonne entente avec les musulmans dans le cadre d’un système politique original. Le Pape peut aussi s’adresser à tout l’éventail des catholiques : maronite, melkite, arménien, chaldéen, syriaque, copte et latin mais aussi aux autres chrétiens grecs-orthodoxes ou protestants pour trouver un consensus.    
     Lors de son voyage en Israël en 2009, Benoît XVI avait été critiqué pour son absence de charisme et, face aux juifs, pour la pauvreté de son discours mal préparé alors qu’on attendait de lui des mots forts et une réflexion puissante. Fort de cette expérience il devra rassurer sa minorité libanaise dont la liberté religieuse est rognée et qui se déchristianise sous les coups de boutoir d’un islam conquérant. Les chrétiens attendent de lui des positions claires et courageuses, faute de quoi l’église sera décrédibilisée. La politique ne pourra pas être éludée car la peur du djihad islamique gangrène presque tous les pays de la région. 
Benoit XVI au Kotel
     Il devra aborder les questions qui fâchent avec le pays juif voisin. Son arbitrage est attendu sur l’avenir des Lieux Saints, dans une Jérusalem israélienne unifiée et il devra s’éloigner des usages du Vatican qui entoure les discussions de discrétion. Les problèmes actuels ne concernent pas les dogmes religieux mais la crise économique mondiale et le développement de la pauvreté qui sévissent aussi chez les chrétiens. Benoît XVI sait, qu’en raison des rivalités, le monde catholique est divisé et l’église maronite en est l’exemple frappant avec tous ses rites et parfois son inefficacité.

Palestine

     Mais s’il devait parler de politique, le Pape serait contraint d’aborder les révolutions arabes, avec prudence certes, parce qu’il ne peut pas ignorer l’aspiration de ces peuples qui se sont soulevés pour défendre la liberté et l’émancipation.
Grégoire III Lahham
      Le conflit israélo-palestinien ne sera pas exclu des débats puisque l’Église libanaise tient à cet agenda. Le patriarche grec-catholique Mgr Grégoire III Lahham a déjà prévu de demander au Pape la reconnaissance de l’État palestinien par le Saint-Siège car la cause palestinienne a une «très grande influence» sur l’Église dans le monde arabe. Son discours circule déjà sur différents sites catholiques dans lequel il intercède auprès de Benoit XVI pour que «le Saint-Siège reconnaisse l’État palestinien, en accord avec les résolutions et les décisions de la communauté internationale et conformément à la légitimité internationale. Cet acte courageux d’équité, de justice et de vérité permettrait au Saint-Siège de rester le pionnier de la justice mondiale et encouragerait d’autres États européens à reconnaître l’État palestinien». 
     Les israéliens critiquent la politisation de l’Église libanaise et souhaitent plutôt que le Pape mette son voyage sous le signe de la religion et de l’unité sans chercher, à nouveau comme en 2009, à attirer sur lui la colère du monde juif.
Ettore Balestrero
      Le Vatican est aussi attendu par les palestiniens qui s’inquiètent de voir le Saint-Siège reconnaître implicitement la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est. En effet la commission de travail en vue d’un accord juridico-financier entre Israël et le Vatican s’était réunie le 12 juin 2012. Un document, présenté comme un projet d'accord entre le Vatican et Israël, précisait que le Saint-Siège acceptait l'application de la législation israélienne à certaines propriétés de l'Église situées dans la partie orientale de Jérusalem, «en violation du droit international».
     Les assurances de Mgr Balestrero, sous-secrétaire pour les relations entre les États, précisant que l’accord ne concerne pas les propriétés sises à Jérusalem-Est n’ont pas dissipé les craintes. Le Pape devra donc expliciter sa position avant que l’accord ne soit signé et au moment où il a désigné un nouvel ambassadeur papal pour Israël et les territoires palestiniens, l’archevêque Giuseppe Lazzarotto.
     Le choix de ce voyage avait été décidé avant les troubles de Syrie. Son maintien est confirmé par le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi. Mais contrairement à 2009, les problèmes sont parfaitement identifiés. Selon lui «les catholiques, les chrétiens, même s'ils sont une minorité dans la région peuvent et doivent apporter un témoignage de paix et de promotion du dialogue, non seulement aux populations et multiples groupements religieux mais à la communauté internationale»
     Benoît XVI compte «lancer un cri d'espoir et de désir de paix pour l'ensemble de la région» mais il lui reste à être bien entendu. Cependant les silences du Pape auront autant d'importance que ses paroles, compte tenu de la situation exceptionnelle de la région.

2 commentaires:

Takouhi DJAN a dit…

en fait, jacques, il s'occupe surtout des cathos....et c'est souvent du bout des lèvres que le Vatican parle des "chrétiens orientaux" et encore moins des juifs!

Emile Moatti a dit…

Voir l'article de Jacques BENILLOUCHE, pour information sur le point actuel des rapports entre le Saint Siège et l'Etat d'Israël, avant la toute prochaine visite du Pape Benoît XVI au Liban . Je le trouve très objectif. Le pape doit apporter aux chrétiens de ce pays et du Moyen-Orient un message d'espoir et de désir de Paix.
Cela intéresse au premier plan tous nos amis chrétiens, notamment ceux des pays arabes en plein bouleversement où ils ont besoin d' être soutenus moralement actuellement.
Vivement une bonne diffusion, par l'exemple, de l'idéal abrahamique de fraternité universelle et solidaire, à commencer par ceux qui se disent croyants et qui se veulent fils d'Abraham. Le but est de parvenir, me semble -t-il, à vivre ensemble dans une joie partagée (grâce au dialogue voulu par Dieu , qui et le Dieu - UN de l'humanité tout entière)
Le bon chemin que nous recommandons est celui de l'hospitalité désintéressée offerte à l'étranger, au nom de Dieu.