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dimanche 30 septembre 2012

MALHEUR À CELUI PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE Par Pr Hagay SOBOL


MALHEUR À CELUI PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE

Par Pr Hagay SOBOL
copyright © Temps et Contretemps

L'innocence des musulmans


Quand les images et les mots peuvent tuer : «Tu choisiras la vie» 

«Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. » (Albert Einstein)

En cette période troublée, la violence tient souvent lieu d'argument. La liberté d’expression, si durement acquise dans les démocraties et quasiment absente dans le reste du monde, court aujourd’hui le risque d’être confisquée par l’intolérance d’une minorité agissante. L’appel aux consciences lancé en son temps par Albert Einstein, reste malheureusement d’une actualité brûlante.




La liberté d’expression : «C’est la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre.» (Georges Orwell)

Liberté d’expression pour tous ? La publication sur You Tube d’extraits d’un film islamophobe et de caricatures à thèmes religieux par le journal satirique «Charlie Hebdo» semble avoir mis le feu aux poudres dans le monde entier. On ne peut, en effet, qu’être saisi par les déferlements de haine qui ont suivi et par l’apparente impréparation des dirigeants face à tant de fureur. Il faut rajouter à cela certains propos «relativistes» ayant tenté de mettre tous les protagonistes au même niveau de responsabilité dans la dégradation d’un équilibre déjà fort précaire. A l’opposé, les prises de position courageuses appelant à la raison, ont eu bien du mal à émerger de ce vacarme assourdissant, une fois la machine infernale lancée.

«Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde » (Albert Camus)

La version officielle ? Le détonateur aurait été le film «L’innocence des musulmans» dont la presse internationale s’est faite largement l’écho en précisant que le responsable de ce «navet de série Z», Sam Bacile, était un promoteur immobilier «américano-israélien-juif résidant à Los Angeles». En réaction, un peu partout sur la planète, des foules musulmanes, blessées dans ce qu’elles avaient de plus cher, ont «spontanément» laissé libre cours à leur colère. Les représentations diplomatiques et les intérêts occidentaux ont été immédiatement pris à partie avec, en point d’orgue, l’assassinat de l’ambassadeur américain Christopher Stevens à Bengazi.
Une autre réalité ? Alors que la colère ne cesse de gronder, peu à peu une toute autre réalité se fait jour et l’on est en droit de s’interroger sur la genèse de ces évènements tragiques et de leur caractère improvisé. Tout d’abord, étant donné la masse incroyable de données transitant par le web, où l’on trouve le meilleur comme le pire (il n’y a qu’à visiter les sites islamistes et djihadistes), comment ce film a-t-il pu émerger et connaître si rapidement une telle popularité ? Ensuite, comment ces foules innombrables ont-elles pu en prendre connaissance en si peu de temps ?
Plus le mensonge est gros, plus il passe. Revenons-en au cœur du «délit» : le film islamophobe. En fait, il n’en existe aucune trace et personne ne semble l’avoir jamais vu. Tout, même le réalisateur, est une imposture. Ce dernier serait, pour l’heure, Nakoula Basseley Nakoula un «extrémiste copte égyptien» impliqué dans de nombreuses escroqueries et qui vient d’être rattrapé par la justice américaine. Pourtant, on aurait pu se douter de la supercherie, tant l’amalgame «américano-israélien-juif» faisait «too much» !
Mais visiblement cela n’a pas troublé les médias qui en ont fait leurs gros titres, sans même entreprendre les vérifications d’usage. Le mal était fait ; plus besoin de voir le film ; les quelques extraits disponibles avec une médiatisation bien orchestrée dans un monde globalisé ont fait le reste. Mais, les yeux se décillent vraiment, lorsque l’on prend conscience que l’assassinat de l’ambassadeur américain a eu lieu dans la soirée du 11 septembre 2012 et que, dans l’attaque du consulat américain, il n’y a rien d’improvisé. Il s’agit en fait d’un attentat soigneusement planifié qui exige une préparation méticuleuse et la logistique d’un réseau organisé, tel Al Qaeda, étant donné les forces en présence et l’armement utilisé (des roquettes notamment).
Complot un jour, complot toujours. Sans être un adepte de la théorie du complot, cela fait bien trop de coïncidences pour que l’on ne voie pas derrière cette série d’évènements, un plan coordonné s’inscrivant dans une stratégie de conquête. Pour un nombre croissant de commentateurs, une volonté sous-jacente serait à l’œuvre. Le film ne serait qu’un paravent pour détourner l’attention, afin de réaliser un nouvel attentat spectaculaire et faire reculer les démocraties en instrumentalisant les réactions de violence.

«Laissez la tyrannie régner sur un mètre carré, elle gagnera bientôt la surface de la terre» (François Mitterrand)

Quelle ont été les premières réactions des démocraties ? Aux USA, avec le précédant du 11 septembre 2001, on aurait imaginé une toute autre réponse que celle d’Hilary Clinton, visant à minimiser la portée de l’assassinat d’un ambassadeur en Libye, et à le circonscrire à un «petit groupe de gens insensés». Que dire de Barack Obama lui-même, président de la première puissance mondiale qui s’est dit «effaré par tous ces cris de mort à l’Amérique». Réactions inappropriées, le mot est faible !
En France, comme dans d’autres pays européens, le gouvernement a condamné le film que personne n’a jamais vu, et les manifestations qui ont importé sur notre sol une violence inaccoutumée. Des renforts de police nombreux ont été dépêchés pour encadrer 250 islamistes fanatisés, et des recommandations ont été délivrées à toutes les représentions diplomatiques et les écoles à l’étranger. Si le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a eu des mots très durs, «je n'hésiterai pas à faire expulser ceux qui se réclament de l'islam et représentent une menace grave pour l'ordre public et qui, étrangers dans notre pays, ne respectent pas nos lois et nos valeurs», l’impression générale qui prévaut est l’absence de politique précise et d’anticipation. Tout se passe comme si l’on venait de découvrir l’ampleur du phénomène.
Quel est le contexte ? L’intolérance religieuse n’est pas un phénomène récent. Elle ne fait que progresser avec la guerre que se livrent les extrémistes chiites et sunnites, les assassinats de coptes en Égypte et l’exode forcé des chrétiens d’Orient. Le tout amplifié par l’incertitude politique qui règne dans les pays des «printemps arabes». Tous les jours, ces guerres de religion nous livrent leur lot de désolation. Elles n’ont besoin d’aucun film comme détonateur. Les premières victimes en sont les modérés qui attendent des démocraties un soutien et une attitude exemplaire dans la lutte contre la tyrannie. Si en France, l’on ne défend pas les valeurs républicaines, cela ne peut qu’encourager à plus de violence et de revendications, faisant reculer la laïcité dans le pays qui l’a vu naître, et dans le reste du monde.

«Soutenons la liberté de la presse, c’est la base de toutes les autres libertés, c’est par là qu’on s’éclaire mutuellement» (Voltaire)

Le bon moment pour les caricatures ? La réponse est simple, ce n’est jamais le bon moment pour les critiques ! Charlie Hebdo n’a pas suscité la violence, elle préexistait. En faisant son travail, le journal satirique, par un électrochoc salutaire, a défendu la liberté d’expression contre l’obscurantisme qui veut imposer le retour de la pénalisation du blasphème. Plus que le sujet des dessins, ce qui importe c’est le contexte dans lequel ils s’expriment. Ils ont agi alors que les institutions de la République ont hésité. C’est un acte citoyen, provocateur certes, mais tout à fait dans la lignée des pamphlets de l’ancien régime. Alors, aussi imparfaite que soit la presse, comme on l’a vu précédemment à propos du film, elle reste un outil d’information incomparable, et un barrage puissant contre la tyrannie.

«Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie» (André Malraux)

Que des musulmans aient pu être choqués par ce qu’on leur a raconté d’un film qu’ils n’ont jamais vu et qu’ils ne verront jamais, ou par les caricatures de Charlie Hebdo, je veux bien le croire et même le comprendre. Mais tuer au nom de cela ou au nom de Dieu, c’est sans aucun doute un beaucoup plus grand blasphème. Si nous voulons un avenir, il serait temps que les démocraties défendent leurs valeurs avec beaucoup plus de conviction. C’est non seulement primordial pour ceux qui vivent selon ces principes, mais c’est aussi une garantie pour les modérés qui essayent de combattre les fanatiques voulant imposer au reste du monde ce qu’eux seuls croient être la vérité.
Malgré les turbulences actuelles, à l’image de l’attitude courageuse de la rédaction de Charlie Hebdo, nous pouvons raisonnablement garder confiance car «plus on prendra de soin pour ravir aux hommes la liberté de la parole, plus obstinément ils résisteront. (Baruch Spinoza).

2 commentaires:

odile Haettich a dit…

j'adhère à cet article car toute cette violence devient insoutenable. Un film qui a disparu et des caricatures un peu provoquantes créent un pretexte de plus à ces fanatiques. Et nous, de voir ces"films" de massacres à chaque journal télévisé, cette haine à notre endroit,est ce que cela nous rend heureux? Je suis pour la fermeté des gouvernants car il est temps de nettoyer l'espace.C'est salutaire de recaler tous ces gens et leur montrer les limites.sans doute, le monde manque de cohérence pour cadrer les fanatiques...et eux s'engouffrent dans toutes les brêches, étant à l'affût, de la moindre...Manuel Walls fait un excellent travail, soutenons le dans sa mission...

Jean Smia a dit…

@Odile Haettich, ce ne sont pas CE film et CES dessins qui créent un prétexte aux fanatiques. Il y a eu, sur le Net et ailleurs, beaucoup d'autres parutions bien plus vexantes et plus insultantes.
Il fallait un prétexte pour célébrer ce 11 Septembre, et ces parutions sont parues à la date qui convenait aux fanatiques pour ordonner aux imams de chauffer les simples fidèles à la prière du Vendredi. On sait qu'il ne leur en faut pas beaucoup pour se chauffer, ces fidèles. Quelques activistes dans la salle, et le mouvement de masse « spontané » est créé.
Mais, comme à leur habitude, nos journalistes, fonçant tète baissée sur la cape du toréador, pérorent sur la liberté de parole, comme si elle était responsable des événements.
L'ennui, c'est que, dans une arène, le taureau ne sait pas qu'il s'agit d'une cape, alors que nos journalistes sont payés pour se renseigner avant de commenter.
A moins qu'ils ne soient payés pour ne pas se renseigner.
Car, plus on verse de l'huile sur le feu, plus ils auront de belles images à vendre. Qui ça : on ?