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vendredi 7 septembre 2012

LES ISRAÉLIENS ENVISAGENT UNE REPRISE DES RELATIONS AVEC LA TURQUIE



LES ISRAÉLIENS ENVISAGENT UNE REPRISE DES RELATIONS AVEC LA TURQUIE

Par  Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Tayyip Erdogan et Shimon Pérès


L’article du 14 septembre 2011 publié sur Slate avait laissé sceptiques beaucoup de lecteurs incrédules qui qualifiaient ces phrases de naïves ou d’incantatoires : «La brouille entre Israël et la Turquie semble avoir atteint un point de non retour. Pour autant, le conflit entre les deux pays ne devrait pas s’éterniser. Les intérêts communs stratégiques et économiques sont trop grands. Au-delà des invectives, des menaces populistes et des mouvements d’humeur, les protagonistes reviendront à de meilleurs sentiments, poussés en cela par leurs armées respectives. Israël et la Turquie ont besoin l’un de l’autre et ils n’ont pas de politique de rechange à court terme.»



Fin de la rupture

Flottille de Gaza en 2010

Il semble que les deux pays estiment qu’ils doivent reconsidérer leur rupture à la suite des bouleversements intervenus dans la région. Les diplomates sont à la recherche d’un texte pouvant satisfaire la susceptibilité de chacune des parties. Israël n’a pas apprécié que son allié organise une flottille armée pour violer le blocus de Gaza en mai 2010 tandis que la Turquie exige des excuses pour les neuf morts qui se sont opposés à Tsahal. Aujourd’hui la situation politique et économique a évolué et impose un revirement politique.
Erdogan et Assad
Le premier ministre Tayyip Erdogan estimait en 2010 qu’il avait un boulevard devant lui pour obtenir le leadership du monde musulman et arabe. C’était sans compter sur l’opposition farouche de l’Arabie saoudite qui ne tenait pas à ce que ce pays, qui s’était compromis avec l’Otan, vienne occuper ses terres. Il avait compris que cette conquête passait par une rupture d’alliance avec Israël pour un rapprochement opportuniste avec la Syrie. Mais les relations avec Bassar Al-Assad se sont complètement dégradées et une guerre, au moins frontalière, n’est pas exclue. Il avait même tenté, en vain, une réactivation politique avec l’Iran qui ne lui pardonne pas aujourd’hui d’apporter son aide aux rebelles syriens.

L’Égypte en première ligne

Morsi et Erdogan

Un nouveau venu sur la scène politique lui fait à présent de l’ombre. Mohamed Morsi, le président de l’Égypte, que l’on avait qualifié de second couteau des Frères musulmans et candidat de substitution, s’est avéré être un diplomate de talent et un négociateur hors-pair puisqu’il arrive à ménager ses relations avec les États-Unis tout en ouvrant d’autres avec la Chine et l’Iran. Il a été la vedette du sommet des non-alignés à Téhéran. Son pragmatisme lui donne des ailes pour reprendre le flambeau du leadership arabe historiquement détenu par l’Égypte. Erdogan en a donc tiré les conséquences.
Haniyeh et Morsi
Le Hamas était isolé à Gaza du temps de l’ère Moubarak mais l’arrivée au pouvoir en Égypte des Frères musulmans, dont il partage la même idéologie, lui ouvre des horizons politiques et économiques qui mettent au second plan l’aide que voulait lui apporter la Turquie. Mohamed Morsi a bien précisé à son allié Ismaël Haniyeh qu’il tenait au calme aux frontières avec Israël et qu’il devait plutôt s’orienter vers une stratégie économique plutôt que guerrière.  Une nouvelle flottille pour Gaza serait donc malvenue tandis que l’influence turque est en baisse auprès du Hamas.

Pressions économiques

Offensive de l'armée turque contre le PKK

La rupture des relations avec Israël a donné des ailes aux militants kurdes du PKK qui avaient été longtemps bridés par les israéliens  et qui se trouvent libérés de toute astreinte. Le réchauffement du front kurde a coûté beaucoup de morts dans l’armée turque, à fortiori depuis la révolution syrienne qui a vu Bassar Al-Assad s’allier avec le PKK pour contrer les velléités turques de lancer une attaque conjointe avec l’occident.  
Les militaires turcs expliquent leurs échecs par une absence de matériel sophistiqué livré par les industries militaires israéliennes. L’embargo imposé par Benjamin Netanyahou a coûté à Israël la place de cinquième pays exportateur d’armes alors que la Turquie a du mal à trouver une alternative efficace pour équiper son armée habituée depuis plusieurs années aux armes américano-israéliennes. D’ailleurs Barack Obama n’a jamais accepté de se substituer aux israéliens car il espérait ainsi faire pression pour une reprise des relations entre les deux seuls pays qui entrent dans la stratégie américaine au Proche-Orient.
Electroménager turc
L’aspect économique n’est pas négligeable pour justifier une solution à la brouille de 2010. Les israéliens ont limité l’importation de produits manufacturés turcs qui inondaient le marché israélien comme les machines à laver et réfrigérateurs ainsi que les produits alimentaires comme les pâtes et l’eau. Bien sûr les industries israéliennes ont aussi souffert et des commandes de drones ont été sinon annulées, au moins gelées. 
Par nationalisme et par fierté, les milliers de vacanciers ont déserté la Turquie qui était leur destination privilégiée. Les israéliens qui se sentent à l’étroit dans leur petit pays ont besoin d’espace et de dépaysement. Alors, ils ont remplacé la Turquie par la Crête, Rhodes, Chypre, les iles grecques et les pays de l’Est. Une délégation d’hôteliers et de centres de vacances turcs se sont déplacés en Israël pour convaincre les israéliens de revenir chez eux. Il leur a été précisé que, pour des raisons de sécurité, ils ne reviendront en Turquie que le jour où un ambassadeur israélien sera à nouveau en poste à Istanbul.

Pressions militaires
Drone israélien


Enfin Israël tient à la reprise des relations avec la Turquie pour des raisons militaires. Les exercices de l’aviation au dessus du territoire turc est un impératif de sécurité à la fois pour avoir de l’espace mais surtout pour contrôler la frontière iranienne, longtemps survolée par les pilotes israéliens. Le territoire turc reste aussi une option pour le survol d’une armada en cas de frappe militaire contres les usines nucléaires iraniennes.
Ehud Barak, le ministre israélien de la défense, qui entretient des relations exceptionnelles avec l’État-Major turc, n’a jamais fait mystère de son souhait de reprendre les relations diplomatiques même s’il fallait qu’Israël «s’excuse» pour les neuf morts. En tant qu’ancien militaire, il n’a pas la même susceptibilité que les diplomates. D’ailleurs la diplomatie israélienne s’active pour trouver une solution. Elle est appuyée par les États-Unis et l’OTAN qui considèrent que la Turquie est un élément fondamental de l’influence occidentale. Ils tentent ainsi d’intervenir en tant que médiateurs pour qu’Israël trouve des mots d’excuses appropriés plutôt que de faire acte de contrition pour les morts de la flottille.
Le ministre nationaliste des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a déclaré le 4 septembre qu’il était prêt à trouver une solution pour mettre fin à l’impasse avec les turcs. Il estime qu’il pourrait s’inspirer de la solution qu’ont trouvée les États-Unis après la mort de 24 soldats pakistanais dans un raid aérien en novembre. Hillary Clinton avait alors déclaré «que son pays était désolé pour les pertes subies par l'armée pakistanaise et que Washington s’était engagé à collaborer étroitement avec le Pakistan et l'Afghanistan pour empêcher que cela se reproduise».
Cette formulation, qui n’est pas strictement une excuse, plait aux israéliens et Lieberman espère qu’elle pourrait être acceptée par les turcs. Le ministre des affaires étrangères est l’un des partenaires importants de la coalition, habitué aux diatribes et aux slogans nationalistes anti arabes. Sa volonté de rapprochement avec les turcs peut donc être considérée  comme une option positive et un gage que tout le gouvernement israélien appuie sa démarche. De leur côté, les turcs estiment que leurs relations passées avec Israël n’exigent pas de médiateurs et qu’ils n’ont aucun problème pour discuter directement avec leur ancien allié. La reprise des relations diplomatiques est ainsi en bonne voie.

4 commentaires:

Michel LEVY a dit…

Tout ce qui rapproche me plait, j'aimerais aussi qu'enfin la Turquie reconnaisse son histoire tragique, et accepte sa diversité.

guy sitbon a dit…

Une embellie Turquie/Israël? Parfaitement plausible. Une volte-face totale d'Erdogan? Moins sûr. Son électorat en serait très, très déçu. Il laisserait le champ libre à ses extrémistes. Il se priverait d'un atout face aux occidentaux. Il perdrait beaucoup de sa personnalité. Il se banaliserait. Peut-il se permettre? En a-t-il envie?

Jean Smia a dit…

ÉPIDERMIQUEMENT : Erdogan et ses électeurs n'aiment pas Israël.
HUMAINEMENT : tous les Israéliens partis en vacances en Turquie ont noué des amitiés sur place, car avec un mode de vie similaire, des goûts alimentaires similaires, un attrait pour un même type de musique ajoutés à un humour similaire basé sur la dérision, il est facile de nouer des relations de vacances agréables. Donc on se retrouve dans une position déjà vécue : « Les Turcs n'aiment pas les Israéliens, mais presque chaque Turc a un bon copain Israélien »
ÉCONOMIQUEMENT : les pays sont complémentaires et ont, chacun, plus à perdre qu'à gagner dans la rupture économique.
Donc, si, dans toute la région, ( Égypte, Turquie, Israël, Palestine) la compétition se place sur le plan économique, il n'y aura que des profits pour tous les compétiteurs. On verra le Liban et la Jordanie frapper à la porte. Et lorsque les profits seront là, les armes ne serviront plus qu'à protéger les bénéfices des voleurs.
Le seul pays qui se trouvera sur la touche dans cette compétition, c'est l'Iran.
La question qui reste est celle-ci : L'Iran parviendra-t-il à provoquer une réaction ÉPIDERMIQUE de la Turquie ?

Takouhi DJAN a dit…

pas de bonne humeur ce matin, voilà!!!en lisant cet article, mes amis arméniens auront ENFIN compris comme moi (naïve) pquoi l'état hébreu ne reconnaitra JAMAIS le génocide des arméniens!