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mardi 25 septembre 2012

AVEC MORSI L’EGYPTE CHANGE DE CAP Par Zvi MAZEL


AVEC MORSI L’EGYPTE CHANGE DE CAP

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps


Morsi avec des membres de son armée

C’est une nouvelle politique étrangère que le président égyptien est en train de mettre en place. Il veut enfin réaliser le rêve des Frères Musulmans et établir un puissant front islamique au Moyen-Orient.  Plus question de rester à la tête du groupe des pays arabes pragmatiques face à l’Iran ; l’Égypte discute avec l’Iran et l’Arabie Saoudite de la formation d’une entité islamique dirige par les Frères. Le problème est que la région est en pleine effervescence ce qui rend un tel projet largement utopique à l’heure actuelle.




Ordre public

En Somalie et en Irak, au Yémen et en Libye, au Soudan et en Syrie, les gouvernements centraux, confrontés à des guerres civiles ou à des révoltes tribales ne sont plus en mesure d’assurer l’ordre public. Même en Égypte, la Confrérie a besoin de temps pour consolider son emprise. Tant il est vrai que, si le «printemps arabe» si mal nommé a conduit les Frères musulmans au pouvoir dans plusieurs pays et non des moindres, il a aussi réveillé une mouvance salafiste extrémiste qui ne va pas faciliter la tâche des Frères qui voulaient imposer la charia graduellement et en douceur tout en œuvrant à l’union des pays musulmans.
Morsi sait pourtant que l’Iran chiite menace l’Arabie saoudite et les pays du Golfe et que les ayatollahs se servent de la Syrie et du Hezbollah pour fomenter des troubles au Moyen-Orient. Rester en bons termes avec Téhéran comme avec Riyad n’est pas chose facile. Pour ses deux premiers voyages à l’étranger, le président égyptien a choisi l’Arabie saoudite, où se tenait la réunion de la Conférence islamique, et Téhéran pour la réunion des Non-Alignés.  Des rencontres  pour lesquelles Moubarak ne prenait pas la peine de se déplacer, préférant envoyer son ministre des Affaires étrangères. Seulement Morsi, lui, a besoin de ces deux pays.
Morsi  et Ahmadinejad

Il ne s’est pas contenté de demander l’assistance financière de l’Arabie mais il a cherché à savoir dans quelles conditions le royaume accepterait d’entamer un dialogue avec l’Iran. Il a aussi lancé l’idée de créer une cellule de contact islamique regroupant l’Égypte, l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Turquie pour discuter de la question syrienne – démontrant ainsi que les nations islamiques pouvaient présenter un front commun malgré leurs divergences. Puis à Téhéran, à l’issue de la rencontre entre  Morsi et Ahmadinejad, les deux dirigeants ont affirmé dans  un communiqué commun  que l’Égypte et l’Iran étaient des partenaires stratégiques. Cela n’a pas empêché le président égyptien de souligner, dans son discours devant les Non-Alignés, son soutien pour la rébellion syrienne – en contradiction avec la position iranienne.

Frères musulmans et salafistes

À vrai dire il n’avait pas le choix : Frères musulmans et salafistes sont le fer de lance de cette rébellion.  Depuis, Morsi demande régulièrement à Assad de démissionner tout en répétant que l’Iran n’était pas l’ennemi de l’Égypte et qu’il serait à consulter concernant l’avenir de la Syrie. Bref, le chemin du rapprochement entre l’Égypte et l’Iran est semé d’embûches mais Morsi croit sincèrement que ce rapprochement est dans l’intérêt de l’un comme de l’autre car il résulterait en un front commun face à l’occident.
Arrivée de Morsi aux non-alignés

Une conviction enracinée dans sa foi religieuse. D’ailleurs, c’est en citant des versets du Coran que Morsi a commencé son discours devant les Non-Alignés, des pays qui pour leur grande majorité ne sont ni musulmans ni même fondés sur la religion ; il voulait ainsi montrer clairement que l’islam était au cœur de sa politique étrangère. Sur cette base, pense-t-il, l’extrémisme sunnite du Caire peut trouver un terrain d’entente avec la puissance chiite qu’est l’Iran.
 En attendant, la réunion de la «cellule de contact islamique» au Caire la semaine dernière s’est soldée par un échec, provisoire ? l’Arabie saoudite n’ayant pas envoyé de délégué. Officiellement le ministre des Affaires étrangères, qui se remet d’une opération, ne pouvait venir ; pourtant une autre personnalité aurait pu représenter le royaume. En fait les saoudiens ne sont pas très chauds pour s’asseoir à la même table que les iraniens et ils voudraient des garanties. Il ne faut pas non plus oublier que les saoudiens restent méfiants vis-à-vis des Frères musulmans, qui ont provoqué une crise grave entre le royaume et l’Occident. Lorsque les frères égyptiens, fuyant les persécutions de Nasser qui avait fait exécuter leurs chefs et jeter en prison les militants par dizaines de milliers, sont venus chercher refuge en Arabie Saoudite, ils ont été reçus à bras ouverts.

Islam wahhabite
Said Ramadan

L’islam wahhabite n’avait jamais cherché à convertir l’occident mais Saïd Ramadan, ancien secrétaire particulier du fondateur de la Confrérie Hassan el Banna,  a réussi à convaincre le roi Saoud de créer en 1961 la Ligue Islamique Mondiale dont la tâche était de construire mosquées et centres islamiques en Occident, jetant ainsi la base de l’expansion de l’islam dans le monde occidental et de l’apparition de mouvements extrémistes ayant recours au terrorisme.
Lorsqu’en 2001 les saoudiens découvrirent que sur les 18 terroristes ayant perpétré l’attaque du 9 septembre à Manhattan se trouvaient 16 de leurs nationaux, ce qui mettait en péril les liens solides entre Washington et Riad et menaçait la stabilité du royaume, ils ont expulsés tous les Frères. La majorité est partie s’installer au Qatar. Les saoudiens ont gardé un très mauvais souvenir de cet épisode et Morsi aura fort à faire, non seulement pour les rassurer, mais encore pour arriver à un modus vivendi entre Ryad et Téhéran. Mais il persiste…
La semaine dernière il s’est encore rapproché de Téhéran en soutenant l’initiative iranienne à la réunion de l’Agence de Sécurité nucléaire d’ordonner  à l’Agence   de s’occuper du désarmement nucléaire mondial. Toutes les grandes puissances s’opposaient à cette initiative dont le but transparent était de détourner l’Agence de son but véritable, qui est de vérifier l’application du traité de non-prolifération signé par 155 pays. D’ailleurs l’Égypte compte bien développer son propre programme nucléaire  afin de disposer de centrales capables de fournir l’électricité nécessaire aux besoins d’une population qui atteindra les cent millions en 2025.  Les grandes lignes de ce programme avaient été tracées du temps de Moubarak, mais Morsi, qui ne veut pas se laisser distancer par l’Iran, voit plus loin. D’ailleurs certains dirigeants de la Confrérie évoquent même l’arme nucléaire «pour intimider l’ennemi» comme le dit si bien leur principal penseur et mentor Yusuf Qaradawi.

Renversement d’alliances

Attaque de l'ambassade du Caire

C’est dans ce contexte de renversement des alliances qu’il faut analyser la réaction du président égyptien lors de l’attaque contre l’ambassade des États-Unis au Caire. La manifestation avait été annoncée ;  pourtant la  sécurité n’avait pas été renforcée autour du bâtiment. Les forces de police ne sont pas intervenu quand les manifestants ont escaladé le mur, ont arraché le drapeau et l’ont foulé au pied. Dans un premier temps Morsi n’a pas eu un mot pour condamner l’attaque ; il a fallu un coup de téléphone du président Obama pour qu’il prononce une condamnation du bout des lèvres.
Dans une interview accordée au New York Times à la veille de son départ pour l’Assemblée Générale des Nations Unies  à New York, le président égyptien a déclaré que si les américains voulaient apaiser le courroux des arabes, il leur faudrait changer d’attitude et respecter le monde arabe et ses valeurs, quand bien même elles seraient contraires aux valeurs chères à l’occident !!! En ce qui concerne le traité de paix avec Israël, a-t-il dit, les États-Unis nous demandent  de le respecter  mais aux américains de respecter d’abord les accords de Camp David et de résoudre le problème palestinien.  Faut-il rappeler que le traité signé par l’Égypte et Israël sous les auspices des États-Unis est parfaitement autonome et que d’ailleurs, les palestiniens avaient à l’époque refusé de venir négocier ? Depuis, les accords d’Oslo ont été signés entre israéliens et palestiniens.
Camp David 1978

Le président égyptien se conduit comme s’il ne craignait plus que les américains suspendent ou annulent leur assistance – qui se monte à un milliard et demi de dollars par an.  Il croit, semble-t-il, que les pays arabes et même l’Iran prendraient le relais. D’ailleurs il sait que l’occident a montré plus d’une fois qu’il ne voulait pas prendre le risque d’un affrontement avec l’islam. En un mot, Morsi est convaincu que l’Amérique cédera. C’est dans ce contexte qu’il faut voir la déclaration faite par un membre du Conseil Suprême des Forces Armées, au lendemain d’un nouvel attentat lancé contre les forces israéliennes à partir du Sinaï : le Caire n’hésitera pas à «couper le bras» de tout agresseur si Israël tentait la moindre opération au Sinaï….
L'armée égyptienne au Sinaï


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