ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

lundi 6 août 2012

TÉHÉRAN VEUT COMPTER SES AMIS AU SOMMET DES NON ALIGNÉS



TÉHÉRAN VEUT COMPTER SES AMIS AU SOMMET DES NON ALIGNÉS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
 

Nasser, Nehru et Tito

Le mouvement des pays non alignés (MNA ou NAM en anglais) s'est formé à l'apogée de la guerre froide, à l'époque de la fin du système colonial et des luttes émancipatrices des peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine. Il avait été inspiré par des grands dirigeants charismatiques qui cherchaient à rallier une partie de la planète pour s’opposer à la bipolarisation avec les deux Grands qui gouvernaient alors le monde.



Monstres politiques

La Déclaration de Brioni du 19 juillet 1956, proposée par Gamal Abdel Nasser, Josip Broz Tito, Norodom Sihanouk et Jawaharlal Nehru marque l'origine du mouvement visant à se protéger à la fois de l'influence des États-Unis et de l'URSS. Le MNA compte plus de 118 pays d'Afrique, d'Asie, d’Amérique latine, des Caraïbes et d'Europe. Le 16ème sommet des pays membres aura lieu du 26 au 31 août à Téhéran, après la quinzième réunion qui s’était déroulée en juillet 2009 à  Sharm-el-Sheik, en Égypte.
Même si ce mouvement n’a plus le lustre international qu’il avait du temps où les monstres politiques Nasser, Sihanouk, Nehru et Tito, le portaient sur les fonts baptismaux, il regroupe certains poids lourds qui comptent beaucoup aujourd’hui : l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan, l’Afrique du Sud et l’Iran. Cette réunion aura lieu en pleine crise syrienne, au moment où la Russie et la Chine veulent se réinsérer au Moyen-Orient et peser de leur poids dans le concert international des nations. Le MNA tentera, à sa réunion de Téhéran, de se poser en adversaire de «l’impérialisme occidental» qui s’est exprimé en Libye et qui tente d’agir en Syrie et en Iran.
Défi iranien

Assad reçoit l'invitation du ministre iranien

Le lieu du sommet, Téhéran, est en soi un défi, à fortiori lorsque des pays contestés faisant l’actualité sont invités. En effet la présence de Bassar Al-Assad, si elle est confirmée, sera un évènement après l’invitation officielle qui lui a été remise par le ministre iranien des Télécommunications, Reza Taqi Pour.
Le gouvernement iranien était volontairement conscient du choix qu’il faisait en envoyant son invitation au président syrien plutôt qu’aux représentants de la rébellion. Il joue en effet sur le départ de l’équipe Sarkozy/Juppé et celui du président du Conseil National syrien Burhan Ghalioun, sur l’impuissance de l’OTAN, sur l’inflexibilité de la Russie et de la Chine face à l’ONU et enfin sur la prise de direction de la Ligue arabe par l’Irak. Autant de facteurs favorables à l’Iran.
Ahmadinejad et Ban Ki-Moon

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, visitera la République islamique pour participer au sommet du Mouvement des Non-alignés (MNA) prévu du 26 au 31 août. 

Campagne diplomatique

Israël a décidé de déclencher une campagne diplomatique dans les capitales du monde pour faire échouer ce sommet, sans pour autant être certain du résultat. Avigdor Lieberman, ministre des affaires étrangères, a envoyé des instructions aux missions diplomatiques israéliennes pour qu’elles découragent les États d’Europe centrale, d’Asie et d’Amérique du Sud de participer à ce prochain sommet. Selon Maariv, «Israël estime que ce sommet est une tentative iranienne de sortir de l’isolement international qui lui est imposée à cause de la poursuite de son programme nucléaire».
Israël ne se fait pas trop d'illusions sur l'issue de sa démarche car il ne pourra pas empêcher la participation des pays du mouvement dont une majorité lui est hostile. En revanche, il mesurera l'impact du sommet en fonction du niveau de représentation des délégations dirigées par des chefs d’État ou de simples ambassadeurs. 
Le MNA en Egypte en 2009

Alors que de nombreux dirigeants s'étaient déplacés à Sharm El-Sheik en 2009, il essaie de convaincre certains pays comme l’Égypte, l’Inde et la Corée du Sud, de réduire le niveau de leur représentation. En 2009 le MNA voulait exister et s'inscrire dans son époque en choisisant le thème de ses débats : la crise économique mondiale et le conflit entre l'Inde et le Pakistan. La conférence de 2012 devra trouver un sujet consensuel et abordera certainement le problème du nucléaire iranien.


Kadhafi au MNA de luillet 2009

 Des informations parvenues en Israël révèlent que l’Iran envisage de faire voter une clause dans la déclaration finale «reconnaissant la légitimité des pays en voie développement d’acquérir des capacités nucléaires et d’enrichir l’uranium». C’est un moyen de s’opposer au Traité de non-prolifération des armes nucléaires. Par ailleurs, les iraniens semblent vouloir s'attirer les bonnes grâces des palestiniens en mettant à l'ordre du jour la reconnaissance d'un Etat palestinien par un vote à l'Assemblée générale de l'ONU où Mahmoud Abbas est assuré de recueillir un soutien massif.
 Le ministre iranien des affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a  affirmé que tous les membres du mouvement avaient annoncé leur participation au sommet. Au précédent sommet de Sharm El-Sheikh, en 2009 en Égypte, une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement étaient présents.
Ali Akbar Salehi

Israël a déjà pris certaines mesures de rétorsion contre les chefs de la diplomatie de quatre pays non alignés qui n'ont pas été autorisés à se rendre en Cisjordanie pour participer à une réunion préparatoire du MNA. Il s'agit des ministres de Malaisie, d'Indonésie, du Bengladesh et de Cuba qui, d'ailleurs, n'ont pas de relations diplomatiques avec Israël. Les ministres de 13 pays membres du comité des Non-alignés sur la Palestine devaient se réunir à Ramallah pour apporter leur soutien au projet palestinien de demander un statut d'Etat non membre à l'ONU pour la Palestine. La réunion a été annulée.
Mais le mouvement créé en 1955, qui avait connu son apogée dans les années 1970, traverse aujourd’hui une crise profonde car aucune ligne commune à tous ses membres n’a été définie, tandis que les Grands hommes n’ont pas été remplacés. Le MNA souffre de leadership incontestable et l'on imagine mal Ahmadinejad ou Assad en prendre la tête.
Ce sommet constituera par ailleurs un test pour les occidentaux, et surtout pour Israël, parce qu'en fonction de la qualité des participants, ils pourront compter les amis et alliés de l’Iran.

Aucun commentaire: