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jeudi 2 août 2012

LA POTION LIBÉRALE DE NETANYAHOU


LA POTION LIBÉRALE DE NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Stanley Fischer, Benjamin Netanyahou et Youval Steinitz

Le gouvernement israélien a approuvé les mesures de rigueur devant réduire le déficit budgétaire et protéger Israël de la crise économique mondiale. Selon le bureau du premier ministre : «c’est une décision responsable qui va préserver l'économie d'Israël et les emplois de ses citoyens».



Réduire le déficit

L’État dépense plus qu’il ne reçoit de ses citoyens et il doit donc réduire son déficit budgétaire. Il a besoin de 14 milliards de shekels (environ 2,9 milliards d’euros) pour équilibrer son budget. Il avait plusieurs solutions à proposer à la Knesset et en particulier taxer les riches et supprimer les nombreuses niches fiscales qui permettent à certains fortunés de ne pas payer d’impôts ou d’en payer moins. 
La queue des pauvres pour des dons
Mais il a choisi la solution de facilité consistant à augmenter les impôts indirects en taxant tout le monde plutôt que les impôts directs, sur les revenus personnels. L’impôt sur le revenu des personnes physiques est généralement progressif, alors que les impôts sur la consommation absorbent souvent une part plus importante des revenus courants des plus démunis.
L’augmentation décidée de 1% de la Tva touchera tous les ménages qui paieront cette taxe quelque soit le montant de leur revenu. Les prix de l’alimentation augmenteront autant que le prix des voitures. Mais les classes défavorisées en pâtiront plus que les autres car elles sont consommatrices de produits alimentaires de base. Ainsi, leur pouvoir d’achat diminuera alors que certains sont déjà en grande difficulté.

Revenus du travail taxés

L’impôt sur le revenu des particuliers touchant entre 8.881 et 41.830 shekels par mois subira une hausse de 1% tandis que les revenus des salaires supérieurs à 67.000 shekels seront soumis à une taxe spéciale de 2%. En plus de ces augmentations, les crédits de certains ministères subiront une coupe de 750 millions de shekels sauf la Défense, l’Éducation, les Affaires sociales et les nouveaux immigrants.
Israël n’est pas le seul pays occidental à recourir à des mesures de rigueur pour équilibrer son budget mais le gouvernement vise en particulier les classes défavorisées et moyennes. En France, de telles méthodes ont été sanctionnées par un vote sans appel des électeurs. Benjamin Netanyahou n’a pas touché aux niches fiscales qui exonèrent une classe privilégiée, ni modifié le taux d’impôt sur les sociétés maintenu à 25% alors qu’en France il est de 33%. En fait il a préféré imposer les revenus du travail plutôt que ceux du capital. 
Le premier ministre poursuit la même voie depuis de nombreuses années, déjà du temps où il était ministre des finances en 1998, un choix dogmatique, idéologique et très inégalitaire. En taxant davantage la consommation plutôt que les revenus du travail, il pense améliorer l’incitation à travailler, à épargner et à investir mais il renforce en fait les inégalités. 

Le premier ministre, dans son exercice solitaire du pouvoir, n’a aucune opposition crédible face à lui. Ce qui est étonnant, et décevant à la fois, vient du parti ultra-orthodoxe Shass, créé au départ pour venir en aide aux défavorisés sépharades. Il a voté contre son propre électorat, en faveur des mesures d'austérité proposées par le gouvernement à la commission des Finances de la Knesset. Il a été suivi par le parti Atsmaout, d'Ehoud Barak, issu pourtant des rangs travaillistes. La peur de perdre un portefeuille ministériel mène à toutes les compromissions. L'électeur s'en souviendra.
Un SDF religieux

Arguments fallacieux

 Il est fallacieux d’imputer à la crise mondiale le déficit constaté en Israël. Il résulte en fait d’une baisse constante de la fiscalité sur une catégorie de privilégiés qui a minimisé les recettes du gouvernement. Son explication est tronquée quand il prétend  qu’il dispose d’une marge de manœuvre limitée pour réduire la dépense car il ne peut pas toucher aux dépenses de la Défense qui sont d’ailleurs  en constante augmentation. Il exploite l’impératif de défense et de participation de Tsahal à la protection du pays, pour justifier les besoins de budget et donc les hausses des taxes alors qu'il a d'autres choix.
Stanley Fischer directeur de la Banque d'Israël

La crise économique israélienne est un leurre car l’économie israélienne dispose d’atouts exceptionnels et en particulier de très grosses réserves de devises, plus de 70 milliards de dollars. Le directeur de la banque d’Israël a gonflé ses avoirs grâce à des opérations de changes, presque spéculatives. Pour soutenir le dollar qui s’écroulait, il avait ordonné depuis 2008 des achats massifs de 100 millions de dollars par jour, lorsque le dollar cotait alors entre 3,4 à 3,7 shekels. Or le taux du dollar avoisine aujourd’hui les 4 shekels ce qui implique une plus-value énorme pour les seuls profits de la Banque d’Israël. 
Par ailleurs la caractéristique du système bancaire israélien, solide et stable, donne suffisamment de garanties au monde de la finance internationale. Les statistiques sont toutes aussi éloquentes.
La croissance du produit intérieur brut (PIB) sera de 4% en 2012 tandis que le déficit public sera ramené à 2% du PIB. L’inflation sera globalement, au maximum, de 3%. Le taux de chômage devrait diminuer de 6,6% à 6,4% en 2012. Ces chiffres tirés des statistiques officielles sont très encourageants, loin d’être aussi inquiets que ceux de certains pays européens.

Les privilégiés protégés
Le gouvernement, les citoyens et les banques

      Le salaire moyen de 8.880 shekels est perçu par 60% de la classe israélienne. Cette catégorie de la population subira à la fois les effets de l’augmentation de 1% de l’impôt sur le revenu et de 1% de la tva. Elle sera aussi pénalisée par la réduction du budget de certains ministères, santé et transports publics par exemple, dont elle use en majorité les services publics.
Or les riches seront peu touchés par les nouvelles mesures gouvernementales puisqu’ils gardent leurs privilèges intacts. Les intérêts provenant de produits financiers et les dividendes sont imposés entre  15% et 20%, très loin derrière les taux français qui subissent en plus une taxation de 11% de CSG.
Les plus-values réalisées sur les valeurs mobilières (Bourse et actions) sont imposées au taux uniforme de 15% à 20%. Les revenus perçus sur la location résidentielle sont soumis à un taux de 10% au delà d’un certain seuil alors qu’en France ils sont intégrés aux revenus salariaux.
Enfin, en Israël, il n'y a pas d'impôt sur les successions, ni d'impôt sur les donations sauf celles réalisées à un résident étranger. Il n'y a pas non plus d'impôt sur la fortune (ISF).
Les tentes en 2011

La potion libérale de Netanyahou risque d'être sévère en particulier pour ceux qui ont fait la "révolution des tentes" en 2011 et qui n'ont rien obtenu, sauf pour être honnête, la gratuité de l'école pour tous les enfants à partir de 3 ans. 
D'ailleurs les sondages ont été immédiats pour réagir. Les mesures d'austérité ont fait plonger les côtes de popularité du premier ministre à des niveaux jamais atteints : 60% des israéliens sont mécontents alors que 31% lui restent fidèles.

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