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lundi 27 août 2012

LA CONFUSION PALESTINIENNE


LA CONFUSION PALESTINIENNE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
             
Abbas, Mechaal et Haniyeh

         Depuis quelques mois, le silence palestinien ne cesse d’étonner. Silence devant la révolution et les massacres syriens. Mahmoud Abbas a refusé de se positionner sur la question de savoir si Bassar Al-Assad doit partir : «Nous avons une position palestinienne. Nous sommes pour le choix du peuple pour obtenir la démocratie. Ce qui se passe est affligeant car il y a beaucoup de sang versé. Nous espérons que les choses seront résolues par le dialogue.»



Gérer les affaires courantes

Abbas soucieux

  Silence devant l’arrivée des islamistes au pouvoir en Égypte. Et pourtant il s’agit de deux pays, la Syrie et l’Égypte, qui ont beaucoup compté dans l’histoire des palestiniens. Ce silence donne l’impression que les palestiniens ne sont préoccupés que par leur survie politique. Mahmoud Abbas est tiraillé entre sa volonté de ne pas trop déplaire aux États-Unis et la nécessité de s’imposer comme leader de son peuple. Alors il se complait dans un verbiage creux et une absence de propositions tangibles qui pourraient ramener à la vie le processus de paix moribond.
        Il est vrai qu’il donne l’impression de gérer uniquement les affaires courantes avec une économie à forte croissance mais, paradoxalement, avec des caisses vides qui rendent suspects tous les dirigeants.  L’autorité palestinienne avance à petits pas, un en avant et deux en arrière, pour n’indisposer personne. Son chef n’a plus d’autorité et il veut redorer son blason en organisant des élections municipales en octobre dans le petit bout de Palestine qui lui est alloué alors qu’il sait que le Hamas ne veut pas en entendre parler.  
Haniyeh, Abbas et Dahlan
        Mahmoud Abbas a tout tenté pour s’imposer ; il a même renié ses amis et ceux qui l’ont fait ou protégé. Ainsi il a sacrifié son homme fort sécuritaire, Mohamed Dahlan, et est prêt à en faire de même avec son premier ministre, Salem Fayyed, sur l’autel de la réconciliation avec le Hamas de Gaza qui l’accuse d’exister uniquement pour servir les intérêts sécuritaires d’Israël. Alors que l’OLP avait un programme et une charte, l’Autorité n’a rédigé aucun projet concret à opposer aux dirigeants israéliens pour les forcer à se prononcer sur l’avenir de la Palestine.

Le leurre des élections

     Même l’éventualité d’élections est un leurre parce qu’elles sont impossibles à organiser à Gaza qui ne reconnait aucune instance liée au Fatah. Alors Mahmoud Abbas prend prétexte de l’occupation israélienne pour justifier son échec de mobiliser son peuple lassé des querelles intestines. Pourtant le peuple palestinien, qui a été un exemple de démocratie pour de nombreux résistants arabes dans le monde, ne semble plus capable de garantir que toutes les factions et tous les clans auront droit à la parole dans un scrutin libre. 
La répression du Hamas par la police palestinienne
    En effet, les islamistes du Hamas sont poursuivis en Cisjordanie, souvent emprisonnés et parfois dénoncés auprès des services sécuritaires israéliens. Mahmoud Abbas n’a jamais levé le petit doigt pour exiger la libération de la vingtaine de députés islamistes emprisonnés, depuis 2006, au lendemain du kidnapping du soldat Guilad Shalit, libéré depuis. Pour lui, c’est autant d’opposants qui ne le gêneront pas. 
Abbas et Mechaal au Qatar
     Il avait l’opportunité d’exploiter la faiblesse de Khaled Mechaal qui avait tout misé sur la Syrie qui l’hébergeait, le finançait et l’armait. Éloigné du théâtre des opérations, au Qatar, le leader du Hamas aurait pu être supplanté mais Mahmoud Abbas n’avait plus de troupes. Il est resté toujours suspect de collaboration avec les autorités israéliennes avec lesquelles il a des relations de travail et sécuritaires.
    Ismaël Haniyeh veut se distinguer de son concurrent du Fatah et il avance l’argument qu’il dirige seul Gaza, sans l’aide de l’armée israélienne et sans aucune collaboration avec le pouvoir politique israélien. Il prétend que lui n’a jamais limité les libertés comme l’Autorité en Cisjordanie. Le Hamas accuse le Fatah d’agir contre ses partisans en les menaçant, les enfermant, les torturant  et, si besoin, en les assassinant.

Concurrence Hamas-Fatah

Azzal al-Ahmad du Fatah et Moussa Abou Marzouk du Hamas ont signé l'accord du 27 avril 2011
    De nouveaux accords d’unification du mouvement palestinien ne serviront à rien puisque les précédents n’ont pas été respectés. En vertu de l'accord de réconciliation nationale signé le 27 avril 2011 entre le Fatah et le Hamas, les deux gouvernements palestiniens, en Cisjordanie et à Gaza, devaient céder la place à un exécutif transitoire, non partisan, chargé d'organiser des élections générales dans un délai d'un an, mais les principales clauses sont restées lettre morte et les échéances constamment repoussées. Il n’y a donc aucune raison pour que des élections aient lieu en octobre 2012.
Morsi et Abbas
          La concurrence est rude entre les clans et les leaders palestiniens. Les pays arabes n’arrivent d’ailleurs pas à trancher le leadership entre les trois représentants du peuple palestinien. Le nouveau président égyptien n’a pas choisi puisqu’il a reçu alternativement chacun d’entre eux pour évoquer la question palestinienne.  
Morsi et Haniyeh

         Dans son discours d'investiture de juin 2012, le président Morsi avait réaffirmé son engagement à mettre fin à la fracture politique palestinienne tout en tenant compte de l’analyse de Mahmoud Abbas qui lui avait déclaré que «les portes étaient fermées à un processus politique avec Israël et qu'il n'y avait aucune communication bilatérale». Le président de l’Autorité sait qu’il souffre à priori d’un handicap car Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, entretient des liens historiques avec le mouvement islamiste palestinien Hamas qui applique la même idéologie.
Morsi et Mechaal

Menaces voilées


     Et pourtant le ministre israélien des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a choisi le moment où Mahmoud Abbas est totalement inexistant sur la scène internationale et neutralisé pour tirer sur l’ambulance afin d’achever complètement le président de l’autorité. 
Avigdor Lieberman

    Il a exhorté le Quartette pour le Proche-Orient à intervenir pour que les palestiniens tiennent de nouvelles élections pour écarter le président Mahmoud Abbas sous prétexte que «le président de l'Autorité palestinienne semble indifférent ou incapable de parvenir à un accord qui permettrait de mettre fin au conflit israélo-palestinien».
    En fait le ministre cherche à crever l’abcès entre le Hamas et le Fatah pour susciter l’émergence d’une nouvelle direction plus «réaliste et plus légitime». Il a été certes désavoué publiquement par Benjamin Netanyahou mais il est fort probable qu’il s’agisse d’une opinion partagée par l’ensemble du gouvernement. Les dirigeants israéliens pensent que le moment est venu d’agir puisque les regards sont dirigés ailleurs, vers le Liban et la Syrie. 
     La déclaration du ministre pourrait sous entendre une menace tendant à forcer l’entourage de Mahmoud Abbas de faire pression sur leur chef mais son porte-parole, Nabil Abou Roudeina, a fustigé des déclarations «incendiaires qui ont pour but de créer la violence et l'instabilité».
     La charge de Lieberman contre Abbas n’est pas fortuite. Elle intervient au moment où des conseillers du premier ministre israélien le mettent en garde contre une troisième Intifada que souhaiterait susciter Mahmoud Abbas pour sortir de l’impasse dans laquelle il se trouve. 
Mahmoud Abbas à l'ONU
     Par ailleurs, l’Autorité palestinienne n’a pas renoncé à son projet de demander à l'Assemblée générale de l'ONU d'élever la Palestine au rang d'État non membre, dès lors où la candidature en tant qu'État membre, déposée le 23 septembre 2011, se heurte à l'absence de majorité requise au Conseil de sécurité. Ainsi, le 19 août après la prière de l'Aïd al Fitr dans une mosquée de Ramallah, Mahmoud Abbas a relancé le sujet en souhaitant pour 2013 l'établissement d'un État palestinien indépendant ayant Jérusalem pour capitale. «Nous souhaitons que l'année prochaine soit celle de l'indépendance palestinienne».
Ahmadinejad et le ministre des affaires étrangères Salehi

    Enfin l’iranien Ahmadinejad, qui cherche un consensus entre tous les membres des délégations à la conférence des non-alignés des 30 et 31 août à Téhéran, a l’intention de mettre le problème palestinien à l’ordre du jour des débats. Il a invité les trois protagonistes palestiniens, Abbas, Mechaal et Haniyeh pour éviter de choisir entre ces dirigeants ou pour les réconcilier ce qui confortera son sacre international.  
   Mais il semble qu'il y ait de l'eau dans le gaz entre Abbas et Haniyeh puisque Riyad Al-Malki, ministre des Affaires étrangères à Ramallah, a déclaré que:«Le président Abbas ne participera pas au sommet des Non-Alignés si Haniyeh y assiste, quelle que soit la forme de sa présence».
   Cependant le porte-parole du sommet, Mohamed Rez Forgami a annoncé que «jusqu'à présent, aucune invitation officielle de la République islamique n'a été envoyée au premier ministre du Hamas». Encore une crise de susceptibilité en vue.
     La réconciliation entre palestiniens n'est pas encore pour demain. Mais la déclaration du ministre israélien sonne comme une mise en garde aux palestiniens contre toute velléité d’internationaliser le conflit israélo-palestinien. Mahmoud Abbas aurait-il entendu ce message pour avoir trouvé un alibi à ne pas être photographié avec Ahmadinejad ?



1 commentaire:

Jean Smia a dit…

Cet article, bien documenté, passe très vite devant ce qu'il m’apparaît comme étant la raison essentielle de l'attentisme palestinien : « une forte croissance économique durable »
La raison de cette croissance économique provient de diverses circonstances et événements extérieurs à leur volonté, et, étant donné qu'ils ne l'ont pas fait exprès, ils n'ont pas intérêt à modifier quoi que ce soit à cet état de fait.
Et lorsque, dans le tourbillon de toutes ces lames de fond et autres tumultes des supposés « printemps » des pays de la régions, on leur demande de prendre parti, ça ne les arrange pas du tout.
Car, eux, ils ont une bonne croissance économique alors que tous ces pays qui se « libèrent » auront à faire face à de terribles problèmes économiques dans le semestre qui vient.
Il n'est pas besoin d’être un grand économiste pour affirmer que, en plus de leurs caisses vides et d'une économie moribonde de lendemain de guerre, viendra se rajouter la très forte augmentation des produits alimentaires de base à importer, et donc que le nombre de gens qui se sont révoltés par la faim va très sensiblement augmenter.
Tous ces mouvements de « libération » se sont appuyés sur la misère du peuple, quel que soit leur « ISTE » ( islamISTE, salafISTE, sunnitISTE, démocratISTE, théocratISTE, socialISTE etc), et quel que soit le vainqueur, il n'aura aucun moyen concret de répondre immédiatement aux aspirations de ceux qui ont pris leur fusil pour améliorer leur sort.
Il est plus que certain que les canons des fusils de ceux qui ont faim n'auront pas le temps de refroidir.
Les palestiniens, ayant pris l'habitude d’être soutenu par tous les « ISTES » ci-dessus cités, ne peuvent donner de soutien à personne, ils préfèrent de loin la position de la main tendue vers l’aumône et se maintenir dans leur statut de prétexte pan-arabe.