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samedi 11 août 2012

ÉGYPTE : APRÈS LE CHOC, LA COLÈRE Par Zvi MAZEL


ÉGYPTE : APRÈS LE CHOC, LA COLÈRE


Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps


Tank israélien à Kerem Shalom

L’onde de choc provoquée par le massacre, de sang froid, des seize soldats égyptiens à Kerem Shalom n’en finit pas de se faire sentir. Certes, il y avait eu d’autres attentats par le passé, de l’assassinat de Sadate aux tentatives manquées d’éliminer Moubarak, en passant par le terrorisme qui a fait, des années 70 à nos jours, des centaines de victimes, égyptiennes et touristes, à l’intérieur du pays.


 

Changement

Seulement «alors» le peuple ne se sentait pas vraiment concerné : beaucoup voyaient là un conflit entre des extrémistes et un régime dictatorial corrompu. Cette fois-ci c’est différent car il y a eu une révolution. Des élections démocratiques  ont porté au pouvoir un nouveau président à qui l’on demande désormais des comptes sur ce qui est perçu comme un échec colossal. C’est un phénomène nouveau,  peut-être l’amorce d’un changement. Les égyptiens ne sont pas contents et ils le font savoir.
Egyptiens en opération contre les terroristes au Sinaï
L’armée, consciente de l’étendue de sa responsabilité, a lancé une vaste opération de représailles au Sinaï, qui aurait fait dans un premier temps «quelques dizaines» de morts parmi les terroristes. Ce qui appelle deux remarques. La première : il n’y a eu aucune confirmation de source indépendante de ce chiffre qui a  peut-être été «arrondi» pour satisfaire l’opinion publique. En seconde remarque, l’armée n’a apparemment pas eu de mal à localiser les terroristes et à les frapper. Ce qui est tout de même curieux. Si l’armée était si bien renseignée, pourquoi n’a t-elle pas agi au cours des dix-huit derniers mois, alors que les groupements terroristes islamistes développaient leurs réseaux et les pistes par lesquelles transitaient armes et munitions venant de Libye et du Soudan ?

Vindicte populaire

Un groupe salafiste a été jusqu’à proclamer «l’émirat islamique» de Sheikh Zued dans le nord de la péninsule. La junte avait alors demandé, et obtenu, l’accord d’Israël pour l’introduction, temporaire à titre exceptionnel, de sept bataillons dans la partie de la péninsule, démilitarisée suite au traité de paix. Pourquoi alors n’avoir rien fait et avoir laissé la situation pourrir tandis que les attaques contre les postes de police et les bâtiments officiels se multipliaient ?
Les généraux étaient-ils trop occupés à tenter de maîtriser la situation de crise dans laquelle se trouvait le pays sur le plan politique, économique et social ? Pensaient-ils que ce qui se passait si loin du Caire menaçait essentiellement Israël ? Hésitaient-ils à déclencher une crise avec le Hamas de Gaza ? Les événements de la semaine dernière ont mis en lumière les conséquences de leur aveuglement. Armée et services de renseignement ont été pris de cours, et l’indignation populaire a englobé le président, responsable suprême du pays. 
Morsi avec l'armée à El-Arish le 6 août
On a vu le spectacle incroyable d’un président, craignant d’assister à l’hommage solennel rendu aux victimes, se faire représenter par un premier ministre qui vient à peine de prendre ses fonctions. Hué, visé par des lancers de chaussures, Kandil a dû prendre la fuite.  Morsi comprit alors qu’il y avait urgence d’agir. 
Mourad Mowafy limogé
   Il s’empressa de  limoger un certain nombre de personnalités issues de l’ancien régime – la plupart ayant le grade de général – notamment le gouverneur du Sinaï du nord et le chef des services de renseignement, Mourad Mowafy. Ce dernier, qui avait succédé à Omar Souleiman, était l’une des pierres angulaires du dispositif égyptien. Avec lui s’engageait le dialogue avec Israël sur le plan du renseignement et de la sécurité. Il ne fait pas de doute qu’il porte une lourde responsabilité dans ce qui est arrivé. En effet, il a reconnu publiquement qu’il avait été prévenu de l’opération, mais n’y avait pas accordé de l’importance, avançant pour sa défense l’argument qu’il n’avait pas pu croire «que des musulmans tueraient des soldats égyptiens». Pour sa part le gouverneur avait trop souvent répété : «que tout allait bien et qu’il avait la situation bien en main» après chaque attentat.

Prestige de l’armée atteint

Le prestige de l’armée a été durement touché par cet épisode, mettant les généraux en position de faiblesse. Ils n’ont donc pas pu s’opposer à l’épuration imposée par Morsi qui a dicté la nomination des remplaçants des officiers limogés. Il va sans dire qu’il a «recommandé» des sympathisants à son mouvement. Il s’agit là de la première phase de son programme à long terme : se débarrasser progressivement des généraux de la junte pour mettre à leur place des hommes acquis aux valeurs de la Confrérie des Frères musulmans.
Morsi entouré de ses amis islamistes
Seulement les Frères ne sortent pas indemnes non plus. Le président, issu de leurs rangs, ne peut nier sa responsabilité dans les événements de la semaine dernière. Les forces politiques laïques, rejetées au second plan après les élections qui avaient envoyé au parlement 47% de députés du parti «Liberté et Justice» des Frères et 25% de salafistes, relèvent maintenant la tête. Ils protestent contre la mainmise des Frères sur tous les rouages de l’État. La démonstration violente contre le premier ministre lors des funérailles a été leur première manifestation. A la même heure des coups de feu étaient tirés sur le quartier général de la Confrérie au Caire, laquelle s’est empressée de réclamer une protection renforcée de ses institutions à travers le pays.

Dilemme

Morsi épié par le Hamas, le Hezbollah et l'Iran

Il faut bien voir que le massacre de Kerem Shalom illustre le dilemme de Morsi. Les terroristes islamistes qui ont attaqué les soldats sont les adeptes des théories islamistes fanatiques des Frères musulmans. Ils sont venus tuer au nom de l’islam pour promouvoir «l’avènement de l’islam véritable». Comme Morsi, leur but est d’instaurer la domination de l’islam sur tout le Moyen-Orient d’abord, puis sur le monde. On ne le répétera jamais assez : ce sont les Frères musulmans qui ont jeté les bases de l’islam militant et du terrorisme islamiste que nous voyons aujourd’hui.
D’Al-Qaeda à la Djamma al-Islamiya, en passant par les autres organisations terroristes islamistes, tous les mouvements se sont inspirés de la Confrérie pour construire les fondements de leur plateforme idéologique. Certes, ces mouvements emploient la terreur alors que, dans la phase actuelle, les Frères cherchent à réaliser leurs objectifs  par la voie politique. Mais par le passé, les Frères ont eu recours à la violence et au meurtre, comme  la charia leur en donne le droit au nom de l’islam.

Problèmes du moment
Les Frères musulmans


    Morsi et son mouvement sont aujourd’hui tiraillés entre la nécessité de gouverner le pays et leur volonté d’imposer leur islamisme radical. Arrivés au pouvoir après 80 ans de lutte, les Frères ne veulent, ni ne peuvent, abandonner leur objectif pour se conduire d’une façon pragmatique – et laïque! – indispensable à la bonne administration d’un pays moderne.  Nécessité, dit-on, ne fait pas loi et il leur faudra faire un minimum de concessions.
Au cours des prochains mois, Morsi va sans doute prendre en charge les grands problèmes de l’heure tout en faisant avancer graduellement son agenda.  Il a gagné des points dans sa lutte contre la junte, mais rien n’est encore joué : la Haute Cour doit statuer en septembre sur des recours qui pourraient remettre en cause la légitimité du président et de son parti. Et surtout, l’opposition laïque, sortie de sa torpeur, va tout faire pour devenir une alternative crédible aux islamistes.

Israël bouc émissaire

Une chose est sûre : Morsi ne va pas chercher à renforcer les liens avec Israël. Son ministre de l’information, Frère musulman comme lui, l’a bien montré cette semaine en ordonnant l’ouverture d’une enquête contre la chaine de télévision  El-Nil «coupable» d’avoir donné la parole à un commentateur israélien. En ce qui concerne la terreur au Sinaï, rien ne dit que l’armée est prête à l’opération de longue haleine nécessaire pour nettoyer le terrain, d’autant que des voix s’élèvent pour dire qu’elle ne profite qu’à Israël.
Tank égyptien à la frontière israélienne
Et puis il y a le Hamas, fils spirituel des Frères musulmans et pourtant complice de l’attaque contre les soldats égyptiens. Morsi se garde pourtant de l’accuser ; il cherchera sans doute un accord en sous-main pour éviter de nouveaux incidents. Pour le reste, il ne fait pas de doute que l’Égypte va demander une révision des accords de paix présentés aujourd’hui comme portant atteinte à la souveraineté égyptienne au Sinaï.
Les terroristes de Kerem Shalom ont échoué dans leur projet d’attentat de grande envergure contre Israël. Ils ont pourtant provoqué un choc d’une telle amplitude que nul ne peut encore prévoir les résultats  dans l’Égypte post révolutionnaire.

1 commentaire:

Jean Smia a dit…

Il y a quelque chose d'incongru et de très nébuleux dans cette histoire. En effet, une action de ce genre a bien dû être programmée, imaginée et projetée par des responsables.
À lire les commentateurs, on croirait que c'est une petit bande qui soudainement a proposé, au cours du repas ramadanesque : « et si on allait tuer 15 soldats égyptiens, leurs prendre leurs armes et leurs blindés puis aller attaquer Israël ? »
L'attaque contre Israël a échoué, mais si elle avait réussi à faire des victimes Israéliennes, qui aurait tiré gloire et bénéfice de l'assassinat d'Égyptiens et d’Israéliens à la fois ?
Les réactions de Morsi reflètent la perplexité des frères musulmans devant cette sorte de nouvelle donne dans laquelle un ennemi indéterminé se permet d'assassiner leurs citoyens dans l'unique but d'aller au suicide en tentant de faire un maximum de victimes Israéliennes en préalable.
Ne serait-ce pas leur culte du martyr qui se retournerait contre eux ?
Un retour à l'envoyeur en quelque sorte.
Ou bien alors, le régime de Damas en train de disparaître donnerait-il à Al Quaïda des envies d’exercer une influence sur le comportement des gens de Gaza ?
Spéculons, spéculons, il faudra bien trouver une logique un jour........