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jeudi 5 juillet 2012

YITZHAK SHAMIR Par Gérard AKOUN



YITZHAK SHAMIR

Par Gérard AKOUN
Judaïques fm

Yitzhak Shamir, l’un des deniers Grands d’Israël, l’un des derniers Pères fondateurs, est décédé samedi dernier. Je ne partageais pas ses idées, loin s’en faut, mais je le respectais. Ce n’était pas un arriviste de la politique. Ce fut toute sa vie un militant, un  nationaliste intraitable  au service d’une cause «Eretz Israël» qui plaçait les intérêts supérieurs d’Israël et du peuple juif, avant toute autre considération politique ou personnelle. C’était un honnête homme.


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Combattant de l’ombre

Je pouvais comprendre ses motivations. La plus grande partie de sa famille a été exterminée pendant la Shoah ; toute sa vie il se battit  pour ce qu’il considérait être bon pour Israël et le peuple juif. Combattant de l’ombre, dirigeant du groupe Stern, le «Lehi», il lutta les armes à la main contre les britanniques. Après la naissance de l’Etat d’Israël, il fit partie des services secrets israéliens, et  participa à la création du Mossad. 
Begin et Shamir

Il entama ensuite, dés les années 60, une carrière politique aux côtés de Menahem Begin, au sein du Herout qui devait devenir le Likoud.  Elu député en 1973, il présida la Knesset, après la  déroute électorale de la gauche et la victoire de la droite en 1977. A ce titre il accueillera Anouar El-Sadate lorsqu’il prononcera son discours historique devant les députés mais ne sera pas convaincu de la sincérité du président égyptien. Il s’abstiendra lors du vote sur les accords de Camp David comme sur le traité de paix ave l’Egypte.
En 1980 il est  ministre des affaires étrangères du gouvernement Begin, auquel il succède comme chef du gouvernement. En 1984, les élections ne départagent pas le Likoud et les travaillistes ; un gouvernement d’union nationale est formé avec les travaillistes dans une configuration sans doute unique au monde, la «rotatsia». Yitzhak  Samir et Shimon Peres occuperont, tour à tour, pour une durée de deux ans, le poste de premier Ministre. Cette forme nouvelle de gouvernance aurait pu être bénéfique mais les deux hommes avaient des idées politiques diamétralement opposées et pour tout dire, ils ne s’aimaient pas et ne se faisaient pas confiance. Des occasions de progresser tant sur le plan institutionnel, la fin de la proportionnelle intégrale, que sur le plan extérieur, un accord avec le Roi Hussein de Jordanie, n’aboutiront pas.
Begin, Sadate et Shamir

Premier ministre

En 1988, Yitzhak Shamir remporte les élections, il est premier ministre à part entière. Il pourra donner alors la pleine mesure de ses qualités de dirigeant, à l’occasion  de deux évènements importants survenus en 1991 : lors de la première guerre du golfe, il acceptera, en échange  de l’installation du système anti missile américain Patriot qui ne fit pas vraiment la preuve de son efficacité, de ne pas répliquer  aux missiles qui tombaient sur Tel-Aviv. Il résistera aux pressions de ceux qui, dans  son entourage, souhaitaient riposter, évitant ainsi de transformer la guerre de la grande coalition contre l’Irak en guerre israélo arabe. Mais ce fut certainement une décision difficile, qui allait à l’encontre de toute sa philosophie, de forcer, pour la première fois, Tsahal à rester l’arme au pied.
Puis il y eut la conférence internationale  de Madrid qui donna le coup d’envoi à des négociations de paix au Proche-Orient ; il s’y rendit, sous la pression des américains, parce qu’il y avait en balance, une caution américaine pour dix milliards de dollars nécessaires à l’intégration des  juifs en provenance de l’ex Union soviétique et d’Ethiopie. Mais il était bien décidé à ne rien céder à ceux qu’il appelait les arabes de Palestine. Il était prêt à négocier, mais il était opposé à toutes concessions territoriales, que se soit en Cisjordanie, à Gaza ou à Jérusalem est.

Fin de vie politique

Battu en 1992, il abandonnera la présidence du Likoud puis totalement la vie politique en 1996. Il restera  opposé aux accords d’Oslo, il reprochera, toujours, à Benyamin Netanyahou de ne pas les avoir dénoncés après son élection au poste de Premier Ministre en 1996.
J’ai eu l’occasion d’interviewer, après qu’il eut quitté la vie politique, Yitzhak  Shamir à Tel-Aviv, dans le petit appartement, qu’il occupait avec son épouse Shulamit, une  militante elle aussi, décédée l’an dernier. Elle nous avait servi du thé et des tranches d’un gâteau, qu’elle avait préparé elle-même. La politique n’avait pas enrichi Yitzhak Shamir, il était resté identique à lui-même, nationaliste intraitable et d’une honnêteté au dessus de tout soupçon. Il écrivait ses mémoires. 
Toujours aussi méfiant vis-à-vis des arabes, il avait déclaré  «les arabes sont toujours les mêmes arabes et la mer est toujours la même mer» allusion aux juifs à rejeter à la mer, mais il se désolait de la perte de sens moral chez  beaucoup d’israéliens. Il m’avait dit «vous rendez-vous compte, il y a des israéliens qui fraudent l’Etat !! ».  La maladie, dont il était atteint, lui a évité  de prendre conscience, les années passant, du déclin dans la société israélienne, des valeurs qui avaient permis la construction de l’État  et c’est tant mieux.

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