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dimanche 1 juillet 2012

YITZHAK SHAMIR FACE AUX ÉTATS-UNIS


YITZHAK SHAMIR FACE AUX ÉTATS-UNIS

Par Jacques BENILLOUCHE
       


          Tout le monde a en mémoire l’histoire de ce héros d’Israël, et surtout héros du Mossad, Yitzhak Shamir, qui a été l’un des géants de la création de l’État juif. C’était un homme entier qui ne transigeait pas quand son pays était menacé et qui n’avait accepté aucune compromission quand l’intérêt supérieur de l’État était en jeu. Il s’était distingué parce qu’il avait tenu tête aux États-Unis et à George Bush père qui voulait lui dicter ses conditions.


Affrontement politique
George Bush père
        À son départ pour Washington pour rencontrer le président des États-Unis, le 11 décembre 1990, il avait prévenu les membres de son gouvernement qu’il était prêt à affronter le chef de la plus grande puissance du monde et alliée de l’État juif. Les dirigeants israéliens avaient toujours fait jusqu’alors allégeance au grand frère qui injectait les dollars nécessaires à la survie économique d’Israël. Georges Bush, qui avait été informé des intentions du premier ministre israélien, avait alors lambiné pour le recevoir à la Maison Blanche. Sans la pression des dirigeants juifs américains, il l’aurait laissé poireauter dans son antichambre jusqu’à son bon vouloir.
        Le secrétaire d’État adjoint, John Kelly, a transcris le compte rendu de cet entretien qui a duré un record de deux heures mais qui a esquivé les questions qui fâchent entre les deux pays. Les membres de la délégation israélienne savaient que les problèmes étaient trop ardus pour aboutir à un consensus et avaient manifesté ouvertement leur méfiance à l’égard d’une administration américaine qui n’avait pas l’intention de faire bouger les lignes.
James Baker

        Le gouvernement israélien avait déjà été prévenu par le secrétaire d’État James Baker dès 1989 que les États-Unis avaient décidé de mettre au pas le bouillant Shamir. Dans un discours face au lobby juif AIPAC, il avait exhorté les soutiens américains d’Israël de persuader Yitzhak Shamir «d'abandonner le rêve du grand Israël». Puis il avait, en juin 1990, fait preuve d’insolence vis-à-vis de quelques membres du Congrès venu défendre la position d’Israël : «Israël connait le numéro de téléphone à appeler quand il sera sérieux au sujet de la paix».
Refus d’une caution économique

        Shamir avait fait pression sur les États-Unis pour augmenter en 1991 la subvention déjà approuvée de 1,8 milliards de dollars pour l’aide militaire et de 1,2 milliards pour l’aide économique malgré les compressions globales des dépenses américaines. Bush avait seulement  accepté une aide supplémentaire de 700 millions de dollars en matériel prélevé sur les stocks de l’armée en Europe. Mais il esquiva la requête d’une caution de garantie en couverture d’un prêt de 400 millions de dollars nécessaires pour la construction de logements pour les 150.000 immigrants soviétiques qui affluaient après l’ouverture des frontières. Les israéliens n’avaient pas demandé de dons mais simplement la signature d’une caution auprès des banques pour obtenir les crédits nécessaires à l’absorption des russes.
        L’administration américaine imposa ses conditions, non négociables, à l’octroi de cette garantie de prêt : les immigrants ne devaient pas s’installer en Cisjordanie, ni à Gaza et ni à Jérusalem-Est. Cette installation risquait, selon eux, de freiner les perspectives d’un accord avec les palestiniens. Shamir refusa de donner cette assurance mais les américains le contournèrent en courtisant le ministre des affaires étrangères, David Levy, qui signa une lettre dans le sens des objections des États-Unis. Shamir, à son retour en Israël, dénonça cette lettre ce qui entraina le gel de fait des relations israélo-américaines. En revanche il fit appel aux instances juives internationales pour constituer un fond d’aide de 40 milliards de dollars sur plusieurs années et donna l’exemple en augmentant les taxes en Israël. Il voulait contrecarrer le diktat américain pour garder sa liberté d’action.
Guérilla américano-israélienne

        Cette froideur dans les relations coïncida avec la mort de 18 palestiniens sur le Mont du Temple à Jérusalem à l’occasion de manifestations sur l’esplanade, le 8 octobre 1990. Devant le refus de Bush d’aider financièrement Israël, Shamir décida d’interdire aux envoyés de l’ONU de réaliser un rapport sur cet incident. Bush a alors menacé Israël de modifier son vote à l’ONU pour les résolutions anti israéliennes et de faciliter la fourniture d’armes à l’Arabie Saoudite.  Il mit en application ses menaces en laissant voter, le 12 octobre 1990, la résolution 692 du Conseil de sécurité, qui condamna «les actes de violence commis par les forces de sécurité israéliennes à Al-Haram Al-Charif et dans d’autres lieux saints de Jérusalem» et demanda à Israël de «s’acquitter scrupuleusement des obligations juridiques et des responsabilités qui lui incombent» vis-à-vis des civils des territoires.

        Shamir, en bon diplomate, suivait de près l’invasion du Koweït par les forces irakiennes et savait que George Bush était trop préoccupé par l’évolution de la situation au Moyen-Orient pour se permettre d’ouvrir un nouveau front avec les israéliens.La guerre du Golfe se profilait à l'horizon. Il estima alors que le moment était venu d’une confrontation directe qui couvait depuis longtemps avec l’administration Bush. Il expliqua à ses conseillers pourquoi il avait décidé de s’opposer à la mission des enquêteurs de l’Onu proposé par les États-Unis. À l’époque, le problème des implantations n’était pas aussi aigu qu’aujourd’hui mais Shamir décida de sensibiliser la communauté juive américaine en plaçant sa confrontation avec Bush sur le plan de la souveraineté d’Israël sur Jérusalem plutôt que sur la Cisjordanie.
Max Fisher
          Les partisans américains de la ligne dure du Likoud soutinrent Shamir et de grands collecteurs de fonds, comme Max Fisher de Détroit et George Klein de New-York, lancèrent leur collecte de fonds et bouclèrent le montant demandé par Israël en quelques jours. De son côté, le comité de l'AIPAC a maintenu la pression sur Bush en annonçant qu'il s'opposerait au Congrès à toute livraison d’armes à l’Arabie Saoudite qui entrait dans la stratégie du «Bouclier du Désert» de Bush.
Shamir, premier ministre d’un petit pays, avait tenu tête à la plus grande démocratie du monde. Sauf à transformer la confrontation en rupture totale, il n’avait pas pu s’opposer à la tenue de la conférence de la paix de Madrid d’octobre 1991, imposée par les américains. Il s’y rendit, contraint et forcé, accompagné d’un jeune diplomate, Benjamin Netanyahou, qui se trouva placé à côté du jeune égyptien Amr Moussa, ministre des Affaires étrangères de 1991 à 2001, puis secrétaire général de la Ligue arabe de 2001 à 2011.
Conférence de Madrid Netanyahou près de Moussa
Les observateurs politiques estiment que Benjamin Netanyahou est le fils spirituel d’Yitzhak Shamir dont on reconnait d’ailleurs la patte  dans le comportement actuel vis-à-vis d’Obama. Il y a plus d’une ressemblance dans les politiques suivies à l’égard des palestiniens et des américains. Le premier ministre israélien est aujourd’hui orphelin de son père politique.

Shamir Netanyahou

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