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mardi 31 juillet 2012

PALESTINE : ENTRE ILLUSION ET INTRANSIGEANCE


PALESTINE : ENTRE ILLUSION ET INTRANSIGEANCE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Salam Fayyed et Mahmoud Abbas

        Les révolutions arabes et surtout la guerre civile en Syrie ont marginalisé  le conflit israélo-palestinien. D’ailleurs le 28 juillet 2012, le premier ministre palestinien, Salam Fayyed a accusé la communauté internationale d'avoir mis de côté le dossier palestinien. Il s'est également dit préoccupé du fait que l'Autorité palestinienne risque de perdre la confiance de la population palestinienne car elle n'arrive pas à «mettre fin à l'occupation, qui s'affermit de jour en jour ».



De refus en refus

Les israéliens ont assimilé la stratégie palestinienne qui consiste à refuser d’engager, sous différents prétextes, des négociations de paix parce qu’en réalité le Fatah et le Hamas n’ont pas de position commune. Ils évitent le piège tendu par les palestiniens donnant l’impression, vis-à-vis de l’opinion internationale, de vouloir négocier alors qu’en fait ils préfèrent le statu quo qui consolide leurs intérêts. 
D’ailleurs les parties peuvent difficilement expliciter le contenu de la théorie : «deux États pour deux peuples». Au sein même de la coalition israélienne, deux courants antagonistes s’opposent sans pouvoir faire rejaillir un consensus. Les partisans et adversaires du Grand Israël  admettent aujourd’hui que l’évacuation d’une partie des territoires devient inéluctable parce que le statu quo les oriente vers un État binational qui perdrait sa spécificité juive en raison d'un taux de natalité élevé chez les arabes.
        Les nationalistes israéliens ont enterré leur projet d’annexion pure et simple de la Cisjordanie parce qu’ils n’ont pas encore trouvé de solution réaliste applicable aux arabes du Grand Israël. D’ailleurs le gouvernement n’a toujours pas légiféré comme il l’avait fait pour Jérusalem et le Golan. Le pragmatisme consiste à s’inquiéter des conséquences de la présence d’une minorité arabe agissante dans un pays condamné à rester sur ses gardes. Réouven Rivlin, président de la Knesset, est l’un des rares à avoir évoqué à demi-mot une solution qui ne pourra que faire grincer les dents : « il est préférable d'octroyer la citoyenneté israélienne aux arabes de Judée et de Samarie que de devoir couper en deux le pays. »

Refus du gel des constructions
Constructions en Cisjordanie

        Mahmoud Abbas n’est pas pressé de s’asseoir à la table des négociations alors que Benjamin Netanyahou s’est engagé à débattre de tous les dossiers, y compris les plus sensibles. Le premier ministre israélien pensait avoir fait un acte novateur le 23 avril 2010 en proposant la création d’un État palestinien dans des frontières provisoires, en échange d’un report du débat sur Jérusalem. Il savait que la question taboue de la Capitale restait le point d’achoppement des discussions et qu’il fallait l’évacuer à la fin des négociations. Il comptait sur le génie des négociateurs pour tisser la trame d’un accord progressif, à base de concessions mutuelles. Mais les palestiniens persistent dans leur refus de dialogue après avoir entendu les déclarations de Netanyahou à la télévision: « Il n’y aura pas de gel de la construction à Jérusalem-Est. Le processus de paix ne dépend que d’une chose : que l’on cesse de poser des conditions préalables aux négociations ».
         Le président de l’Autorité palestinienne, qui est dans l’incapacité politique de négocier des solutions temporaires, n’a pas le charisme pour les faire accepter par son peuple. Alors il persiste dans l’impasse : «Notre position est très claire. Il n'y aura aucune reprise des négociations sans gel des constructions, non seulement en Cisjordanie mais aussi à Jérusalem-Est.»

Nouveau geste symbolique
Maison d'Orient à Jérusalem

        Netanyahou cherche à innover en compensant le gel des constructions par une levée de barrages en Cisjordanie, une libération de prisonniers, un retrait de l’armée de nouvelles villes et par un allègement du blocus de Gaza. Il aurait même accepté de ferrailler avec l’aile droite de sa coalition en rouvrant certaines institutions palestiniennes à Jérusalem-Est, en particulier la Maison d’Orient, sorte d’Ambassade de l’Autorité palestinienne, sachant pourtant que ce geste symbolique pouvait être interprété comme un droit implicite donné aux arabes sur une partie de Jérusalem.
        Le statu quo intéresse aussi les israéliens puisqu’il n’y a eu aucune offre nouvelle depuis les avancées notables du discours de juin 2009 à l’Université de Bar Ilan, marquant ainsi l’absence d’originalité des négociateurs. Mais l'intransigeance palestinienne de se joindre, sans conditions, aux discussions est tenace et s’explique. Le premier ministre israélien refuse de donner au nouvel État palestinien éventuel les attributs d’un pays indépendant. Netanyahou accepterait seulement un «territoire alloué aux palestiniens sans armée, sans contrôle de l’espace aérien, sans monnaie, sans entrée d’armes et sans possibilité de nouer des alliances avec l’Iran ou le Hezbollah». Mais cette base de discussion n’est pas jugée à la hauteur des prétentions des palestiniens.

Le plan Fayyed
Centre commercial Ramallah

        Le premier ministre palestinien Salam Fayyed poursuit son objectif tendant à consolider d’abord l’économie palestinienne, seule condition pour acquérir son indépendance vis-à-vis d’Israël. Il a intégré l’idée de ne pas s’opposer de front aux américains, en rangeant au placard des oubliettes sa volonté de déclaration unilatérale d’indépendance : «Nous ne renonçons pas à des négociations comme moyen pour créer un État mais, si nous n’y arrivons pas, nous nous réservons la deuxième possibilité de transformer notre rêve en réalité.»
Salam Fayyed
 
        Mais l’idée du premier ministre palestinien, conscient de ce blocage, consiste à passer en force pour obliger les américains à s’impliquer de manière plus active. Contrairement aux autres dirigeants palestiniens, il se comporte, non pas en chef militaire, mais en leader politique capable de modeler un État grâce à des actes concrets économiques et politiques. Il se dessine alors une image de révolutionnaire pacifique qui a réussi à réformer l’économie palestinienne en lui donnant une croissance à deux chiffres et qui est parvenu à éradiquer la bureaucratie et la corruption.
Il a par ailleurs convaincu les arabes israéliens de traverser la «ligne verte» pour se fournir dans ses propres centres commerciaux afin de favoriser la consommation et de gonfler les réserves financières de l’Autorité palestinienne. Le Trésor israélien fait d’ailleurs preuve d’une certaine générosité en n’exigeant pas le versement de la TVA, plus de 280 millions de dollars, afférente à ces achats «étrangers», sachant évidemment que toutes les marchandises sont fournies par des sociétés industrielles et des chaines israéliennes.  

Réunification du peuple palestinien

Abbas, Mechaal et Haniyeh

        Salam Fayyed veut s’appuyer sur sa réussite économique pour gagner ses galons d’homme d’État capable de décisions dramatiques tendant à restaurer son autorité à Gaza. Il peut choisir la méthode démocratique d’élections qui n’auraient pas les faveurs des dirigeants du Hamas parce qu’ils ne sont pas prêts à se défaire d’un territoire géré avec une poigne de fer. Le choix de la méthode forte comporterait plus de risque mais aurait l’avantage, en cas de réussite, de crever l’abcès du conflit Fatah-Hamas tout en réunifiant le peuple palestinien.
        Mahmoud Abbas est contraint de refuser les propositions israéliennes, minimalistes selon lui, parce qu’elles sont inacceptables par l’ensemble des clans palestiniens. Il préfère donc que les américains lui imposent leur propre plan de paix pour donner à son peuple l’impression qu’il subit des pressions américaines fortes auxquelles il ne peut résister.
        A moins d’une révision déchirante des deux protagonistes, les négociations ne font qu’illusion. Aucun accord ne pourra être trouvé parce que le statu quo est une situation qui fait la grande joie des palestiniens et des partisans du Grand Israël. Barack Obama est quant à lui trop empêtré dans ses théâtres extérieurs pour imposer sa pax americana, à fortiori à la veille des élections présidentielles.
Le pessimisme règne donc parmi les intellectuels israéliens, sceptiques sur la volonté des palestiniens de parvenir à un accord définitif. Ils ont donc conclu que la séparation devient inévitable dans l’intérêt de l’État juif. Ils souhaitent que le gouvernement israélien utilise la clôture de sécurité comme frontière provisoire pour la création unilatérale d’un Etat palestinien après évacuation de certaines implantations non sécuritaires.
        Cette séparation pourrait être aussi l’occasion à des villes arabes israéliennes, limitrophes de Cisjordanie, d’être intégrées à la Palestine ainsi créée. Les jeunes arabes israéliens de ces villes ont d’ailleurs souvent manifesté ce choix après avoir arboré à plusieurs reprises, en toute liberté, le portrait d’Hassan Nasrallah affublé des drapeaux du Hamas et du Hezbollah. Ils confirment ainsi que leur rupture avec Israël est totalement consommée mais leurs ainés ne semblent pas l’entendre de cette oreille. 
Mitt Romney au Kotel

Les hommes politiques, non dupes, jouent la partition d’une illusion de dialogue entre israéliens et palestiniens. Mais la seule illusion est celle du candidat Mitt Romney qui s’affiche en soutien d’Israël en promettant tout. D’autres candidats élus avaient fait la même démarche mais ont été frappés d’amnésie au lendemain des élections. Nous nous souvenons de celui qui avait assuré, s'il était élu, le transfert de l’Ambassade des États-Unis à Jérusalem alors qu’elle continue à encombrer le quartier des hôtels et des cabarets de Tel-Aviv. Dans le pays des miracles, les israéliens préfèrent les choses concrètes. Comme par hasard, c'est toujours à la veille des élections que les candidats américains se disputent les faveurs d'Israël.        

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