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jeudi 12 juillet 2012

LIBERTÉ DE LA PRESSE OU LIBERTÉ DE PARESSE Par Pr Hagay SOBOL



LIBERTÉ DE LA PRESSE OU LIBERTÉ DE PARESSE

Par Pr Hagay SOBOL


        Peut-on tout dire au prétexte d’informer, ou existe-t-il des limites à ne pas franchir ?
En m’abreuvant à des sources variées, il m’arrive régulièrement d’être interpelé par le contenu de ce que je lis, entends ou regarde. Mais j’essaye dans la mesure du possible, en me confrontant à des opinions différentes de la mienne, de développer une argumentation au regard des critiques formulées. Ces dernières peuvent-être salutaires et riches d’enseignement dans la mesure où elles sont constructives et font progresser la problématique concernée. Mais pour autant, peut-on tout dire au prétexte d’informer, ou existe-t-il des limites à ne pas franchir ? 


La réponse à cette question lancinante n’est pas simple et, si l’on n’y prête garde, on peut vite basculer vers la censure ou à l’opposé, vers un angélisme tout aussi nocif qui consisterait à tout autoriser au nom de la liberté d’expression. Dans cette perspective, la «Une» du Monde du mardi 10 juillet pose un très sérieux problème éthique. Jugez-en vous-même.

Les nouvelles du jour

       A quoi se résument les principales nouvelles du jour, ou plutôt de la veille, pour ce grand quotidien français ?
     Lorsque l’on parcourt la première page, deux choses attirent immédiatement l’attention. Tout d’abord, en haut à gauche, le regard est happé par un tire trompeur et racoleur en gros caractères : «Tueries de Toulouse : le récit de Merah». Comme si ce djihadiste, tueur d’enfants, revenait d’outre-tombe pour porter témoignage sur des faits cachés et de la plus haute importance. Or, c’est tout le contraire. Dans le court texte introductif qui suit, ne mentionnant même pas les victimes, il n’y a rien. Il s’agit juste d’une mise en scène d’un vide abyssale, mais ayant irrémédiablement pour conséquence de jeter le trouble chez le lecteur et ainsi d’alimenter la théorie du complot. Si le but des rédacteurs de l’article, développé en page 10, était de victimiser Mohamed Merah et de lui donner la tribune qu’il n’a pas eu de son vivant, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Mais le pire est à venir. 

En bas de page, il y a «le regard de Plantu» sur l’actualité, intitulé : «Israël : les ultra-orthodoxes ne sont plus dispensés de service militaire». Ce dessin représente un juif religieux, ne pleurant que d’un œil, et dont les papillotes se transforment en fils de fer barbelés (de triste mémoire) avec en arrière plan, le fameux «mur de séparation» entre israéliens et palestiniens, prenant ici l’aspect d’une prison ou d’un véritable camp retranché. Ce dessin sert d’illustration à un article en page 4 ayant pour titre : «Israël s’oriente vers une conscription étendue aux ultraorthodoxes et arabes israéliens». Il s’agit d’un sujet complexe et passionnel faisant largement débat dans la classe politique comme dans la population de l’état hébreu.
La première chose que l’on peut constater, c’est la discordance entre le texte et l’image. Que l’on soit d’accord ou pas avec les positions du journaliste, son article a au moins la vertu de montrer l’intégralité de la problématique : il s’agit en fait d’étendre la conscription à l’ensemble de la population sans aucune distinction d’origine ou de pratique religieuse afin de répartir équitablement la charge que fait peser la défense du pays sur tous les citoyens.
Dans le dessin en revanche, on ne voit qu’un juif religieux ayant une attitude ambiguë, voire discriminatoire. Ne versant des larmes que d’un seul côté, on l’imagine attristé par son incorporation «forcée», mais ce faisant, également rassuré par sa contribution au «Grand Israël». Ce parti pris qui nous amène assez loin du sujet initial, revient à occulter la majorité des citoyens israéliens et parmi eux les juifs laïcs, les arabes musulmans ou chrétiens et les druzes. Les premiers et les derniers étant déjà intégrés dans l’armée. Ce dessin n’est donc pas à l’évidence une transposition artistique de la réalité. Alors pourquoi Plantu a-t-il fait ce choix, et en a-t-il bien mesuré toutes les conséquences ?

Entre diabolisation et angélisme

          Le pourquoi, seul l’auteur pourrait y répondre. En revanche, voici au moins une des conséquences que l’on peut anticiper. Puisque c’est un juif et non un soldat de Tsahal, l’armée de défense d’Israël qui symbolise l’Etat hébreu, il s’opère immanquablement chez le lecteur un amalgame entre juif et israélien, prenant dans ce contexte un visage profondément négatif. Cette caricature contribue ainsi subjectivement à désigner les juifs comme responsables de la situation supposée d’apartheid des palestiniens. Comment éviter dès lors que cette vision partisane ne se traduise par l’équivalence : Israël = juif = colon = racisme ? 
        Ensuite, quand on voit la place accordée à ces deux sujets, leur positionnement stratégique sur cette première page, et surtout la façon dont ils ont été traités, cela crée indiscutablement un lien organique entre les deux affaires. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que ce sont des articles ou des dessins comme ceux là qui conditionnent les esprits et favorisent le passage à l’acte des Mohamed Merah et consorts. Car ils alimentent un contexte déjà fécond d’antisionisme flirtant de plus en plus ouvertement avec l’antisémitisme.
Les esprits bien pensant ne manqueront pas de rétorquer que les islamistes ou les jeunes des banlieues ne lisent pas «Le Monde». C’est possible. En revanche, ils passent devant les kiosques à journaux et voient les dessins suffisamment explicites pour être intégrés au premier regard. Mais surtout, ces mêmes images sont reproduites à foison sur les sites islamistes et fanatisent les personnes fragiles ou en quête d’identité.


Indignation sélective : posture ou imposture ?

Israël est un pays démocratique et comme dans toute démocratie, ce principe inclue le fait qu’il puisse être critiqué. Dans le cas présent, cela n’a rien d’une critique constructive mais tout d’un réquisitoire à charge contre Israël et ses représentants désignés : les juifs. C’est non seulement de la désinformation, mais c’est de l’incitation à la haine. 
Et de ce fait, Plantu et les journalistes du Monde portent une part de responsabilité dans la recrudescence des actes antisémites violents comme ceux de Toulouse et de Villeurbanne. Une responsabilité qu’ils partagent avec leurs collègues, du fait de leurs dérapages répétés. Ils utilisent une loupe grossissante et déformante pour rapporter les évènements. Par leur positionnement, on en vient à croire que la plus grande menace pour la planète, c’est le conflit israélo-palestinien et non la crise économique mondiale, «l’hiver islamique faisant suite aux printemps arabes», la course effrénée de l’Iran vers la bombe atomique, la Corée du Nord et sa dictature, la Syrie et ses bains de sang, la faim dans le monde, les épidémies, la raréfaction des ressources…
Cette indignation sélective est tout à la fois une posture et une imposture. Car dans le cas présent, l’information n’est qu’un prétexte pour déployer un positionnement idéologique. Alors il n’est qu’une réponse à l’interrogation initiale : Oui, il existe des limites à ne pas franchir lorsque les mots et les images sont équivalents à des armes et qu’ils servent à favoriser l’exportation en France d’un conflit étranger.

1 commentaire:

Sylvain a dit…

On peut effectivement critiquer ce dessin, certaines mises en page du Monde et leur nocivité. Mais c'est faire un mauvais procès au Monde et à Plantu que de les accuser d'être obsédés par le conflit Israélo palestinien. Pour être un lecteur régulier du journal, je peux affirmer que les autres sujets, en particulier,la situation économique et les massacres en Syrie, occupent une place en rapport avec leur importance.