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mardi 31 juillet 2012

ISRAËL-PALESTINE DEMAIN, DEUX ETATS PARTENAIRES ? Un ouvrage de Jacques BENDELAC




ISRAËL-PALESTINE DEMAIN, DEUX ETATS PARTENAIRES ?

Un ouvrage de Jacques BENDELAC
Éditions Armand Colin

Recension de Jacques BENILLOUCHE 
copyright © Temps et Contretemps




Jacques Bendelac, docteur en économie et chercheur, est un économiste reconnu en Israël et ses nombreux articles et ouvrages représentent une référence pour les journalistes.

 

Les territoires

Son dernier ouvrage aborde la théorie : «deux États pour deux peuples» que les parties israélienne et palestinienne ont du mal à expliciter, tant le sujet recouvre plusieurs domaines. Jacques Bendelac a choisi de nous intéresser à la partie historique et économique de cette théorie. L’auteur, qui ne cache pas sa sensibilité de gauche, est suffisamment honnête pour apporter une crédibilité particulière à l’ouvrage.
Jacques BENDELAC
Au départ, Jacques Bendelac n’est pas très optimiste quand il trace un portrait sans concession des territoires : «d’une logique de sécurité, la colonisation s’accéléra pour des motivations idéologiques, religieuses et nationalistes» mais il sait rester objectif : «l’occupation israélienne, à partir de juin 1967, aura pour effet de redynamiser l’économie palestinienne».

Historique impartial complet

Pour expliciter ses thèses, l’auteur balaye toute la période historique depuis la création de l’État d’Israël donnant ainsi au lecteur le moyen de revivre certains épisodes, parfois passés sous silence. Mais l’économie n’est jamais loin puisque, selon lui, elle conditionne la coexistence entre les deux peuples. Il reste sceptique sur une paix qui lui semble lointaine : «la logique de la séparation devient donc sécuritaire, soit à l’opposé de la paix complète». Il ne ménage pas non plus ses critiques à l’égard des palestiniens puisqu’il estime que «l’économie palestinienne sort déjà dévastée des quatre années d’Intifada».
Les statistiques ne manquent pas dans ce livre qui veut aborder la thèse de deux États sous l’angle de la réalité économique puisque, «après plus de quatre décennies d’occupation, l’économie palestinienne reste très dépendante d’Israël». L’État juif  trouve un intérêt à cette occupation en raison «des débouchés  pour ses marchandises  et une main d’œuvre à bon marché». Mais si le marché palestinien lui-même reste négligeable, «une situation de paix avec un État palestinien ouvrirait à Israël de nouveaux débouchés vers des pays arabes».

Deux économies imbriquées

Jacques Bendelac n’est pas avare de chiffres qu’il puise à la fois dans les statistiques israéliennes et dans les organismes internationaux pour donner plus de poids à sa démonstration. Il n’hésite pas à prouver que les palestiniens, qui traversent légalement ou illégalement la «frontière verte de 1948», sont indispensables à l’économie israélienne et aux entreprises de construction qui se développent dans les territoires et qui constituent une solution à la pénurie de logements en Israël. Il pointe pour exemple «les banlieusards de Tel-Aviv ou Jérusalem» qui vivent à Maalé Adoumim, ville située à sept kilomètres de Jérusalem avec 34.000 habitants ou à Ariel avec 20.000 habitants et une nouvelle université.
L’auteur verrait cependant d’un bon œil une indépendance palestinienne qui «permettra à Israël de faire l’économie des coûts de la guerre et d’affecter  davantage de ressources à son propre développement économique et social».
Il s’intéresse aussi à la société palestinienne, tant sur le plan économique, social que culturel et donne des pistes pour comprendre certains blocages. Peu d’auteurs se sont penchés sérieusement sur cette communauté que l’on n’observe qu’à travers ses combattants ou ses dirigeants corrompus. Jacques Bendelac aborde donc les sujets palestiniens de base comme le développement, l’eau, la pauvreté, la santé, l’éducation, le statut de la femme, et l’égalité homme-femme.
En homme de gauche, l’auteur ne cache pas son opposition à la guerre en pointant du doigt, chiffres à l’appui, son coût social ainsi que la crise économique qu’elle génère et qui lèse les classes moyennes et pauvres des deux bords : «le conflit israélo-arabe a relégué au dernier rang des préoccupations de la classe politique les autres grandes questions contemporaines, et en particulier les sujets économiques et sociaux».

Atouts d’un État palestinien

Jacques Bendelac est persuadé qu’un État palestinien disposerait de nombreux atouts pour autant que l’occident et les cinq millions de palestiniens de la Diaspora l’aident financièrement. Beaucoup de juifs occidentaux et des fonds de pensions américains participent déjà aux investissements. Le potentiel existe mais n’a pas été suffisamment exploité. Bien que «la scission entre Fatah de Cisjordanie et Hamas de Gaza continue à peser lourdement  sur la viabilité de l’économie palestinienne», il estime que l’économie de Gaza a connu un boom sans précédent. Il est en revanche sceptique sur la viabilité d’un État formé par la Cisjordanie et Gaza en raison de la fragmentation du territoire.
Le problème de Jérusalem ou plutôt du «Grand Jérusalem», voté par la Knesset en 1998, soulève les inégalités entre l’Est et l’Ouest et met en évidence son extension qui «coupe les quartiers arabes du reste de la Cisjordanie», rendant ainsi difficile la séparation de la ville en deux Capitales, but recherché par ceux qui s’opposent à toute présence palestinienne à Jérusalem.

Paix par l’économie

Jacques Bendelac ne se fait aucune illusion sur le slogan «la paix par l’économie» prônée par Benjamin Netanyahou. Ce concept n’a séduit ni les palestiniens et ni le monde arabe. Quelques mesures symboliques n’ont pas permis de contrer le scepticisme des palestiniens qui recherchaient plutôt des emplois et une liberté totale de circulation. Cependant il trouve une certaine convergence entre cette conception et la politique palestinienne de Salem Fayyed.
Les palestiniens ont entrepris dès 2009 des réformes et un plan d’indépendance politique pour jeter les bases d’un État mais les difficultés ont tempéré le projet. En se basant sur une étude chiffrée, Jacques Bendelac affirme sa conclusion étonnante : «Israël a besoin d’un État palestinien autant que la Palestine a besoin de l’État d’Israël». Il suggère la solution de deux États qui ne peuvent être que complémentaires comme l’avait exprimé à sa façon Menahem Begin, lorsqu’il avait restitué le Sinaï à l’Égypte: «Plutôt les défis de la paix que les douleurs de la guerre».

Un livre dense
              
C’est un excellent livre qui permet de ne pas voir le conflit avec des œillères, des à priori ou des fausses certitudes qui alimentent les extrémismes. Même ceux qui traitent de gauchiste tout intellectuel réaliste devraient faire une exception en se penchant sur cette prose honnête et édifiante. L’auteur nous apprend beaucoup sur l’Histoire politique d’Israël, sur les guerres, sur la politisation de Tsahal, mais aussi sur l’histoire méconnue des palestiniens ainsi que sur les différentes tentatives de paix des gouvernements israéliens, de droite ou de gauche.
Vu par le petit de la lorgnette, à base de vulgarisation économique très accessible pour le lecteur, le conflit israélo-palestinien devient limpide sans pour autant s’ouvrir sur une solution pragmatique évidente. Jacques Bendelac reste cependant optimiste et il combat certains poncifs éculés sans hésiter à pointer du doigt les responsabilités des deux parties qui se déchirent.

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