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dimanche 1 juillet 2012

FRÈRES VICTORIEUX, ÉGYPTE INCERTAINE par Zvi MAZEL


FRÈRES VICTORIEUX, ÉGYPTE INCERTAINE
Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
Mohamed Morsi
Il ne faut pas s’y méprendre : la victoire de Mohamed Morsi, Frère Musulman devenu président de l’Égypte, dépasse les frontières de son pays. C’est la victoire de l’islam politique qui ne connait pas la séparation de la religion et de l’État et aspire à imposer la charia islamique comme règle de vie. Paradoxalement, tandis que les pays arabes s’inquiètent, dans les médias en occident c’est à qui fera preuve de plus d’optimisme. La presse occidentale salue «la démocratie égyptienne» et va parfois jusqu’à qualifier la Confrérie des Frères Musulmans de «mouvement démocratique modéré».



Courte victoire
Morsi et Shafiq

Il faut d’abord souligner la courte, très courte victoire du candidat islamiste. Ce n’est pas seulement le faible écart de voix : 51,7%  pour Morsi contre 48,3% à Shafiq.  Beaucoup ont voté «contre» l’ancien régime représenté par Shafiq en préférant à contrecœur  un opposant qui ne leur plaisait guère. D’autres ont choisi l’abstention : le taux de participation a atteint à peine 50%. 
Morsi est donc élu avec les voix d’un quart seulement du corps électoral. Certes, telles sont les règles de la démocratie à ceci près que la régularité de l’élection n’a pas été démontrée. D’ailleurs dans ce pays, berceau des théories de conspiration, nombreux sont ceux qui croient encore que Shafiq était le véritable vainqueur mais que la junte  a préféré donner la victoire aux Frères par crainte d’affrontements qu’aurait suscités l’élection de l’ancien premier ministre de Moubarak. La répression  sanglante qui s’en serait suivie aurait risqué d’envoyer les généraux devant le tribunal pénal international pour crimes contre l’humanité.
La révolution n’a pas trouvé l’homme nouveau, le dirigeant charismatique, qui aurait pu en prendre la tête. En dernière analyse, le face à face a été entre le représentant de l’ancien régime et celui  de la Confrérie, la seule force politique réelle depuis la  prise de pouvoir par les Officiers Libres en 1952. Pendant soixante ans aucun mouvement libéral  n’a réussi à s’implanter.  De Nasser à  Moubarak, en passant par Sadate, le pays des pharaons a vécu une dictature militaire sous couvert d’un parti unique aux ordres.
Une lutte ancienne
Hassan Al-Banna

Les Frères, eux, avaient commencé leur lutte pour le pouvoir bien avant. Les services secrets du roi Farouk ont assassiné le fondateur du mouvement, Hassan El-Banna, qui avait aussi créé une formation clandestine cherchant à renverser le régime par la violence.  Les Frères ont poursuivi leur combat et, malgré une succession de revers, ont réussi à créer une infrastructure sociale, économique et politique.  Devant une dictature militaire, la corruption et l’usage de la torture, de plus en plus d’égyptiens ont voulu croire que les Frères, porteurs du message de l’islam  apporteraient avec cet islam la solution de tous les problèmes.  D’ailleurs ils n’avaient aucun concurrent dans l’arène intérieure sur le plan religieux ou politique.
Depuis leur création en 1928, les Frères n’ont jamais dévié de leur objectif : prendre le pouvoir et faire de l’Égypte un pays islamique régi par la charia. Ils avaient pour ennemi la démocratie, la liberté d’expression, l’égalité des droits pour les femmes et pour les minorités. Leur extrémisme religieux s’accompagnait d’un antisémitisme virulent avant la création de l’État d’Israël et, plus tard, de la haine viscérale de ce pays.  Faut-il rappeler que tous les mouvements extrémistes islamistes – le Jihad, la  Djamaa al-Islamiya, Al Qaeda et autres – sont nés sur la base du message extrémiste diffusé et propagé par les Frères ?  Ces derniers ont joué un grand rôle dans le renforcement de l’extrémisme religieux en Égypte et dans l’hostilité contre Israël.
Parti du centre
On nous dit aujourd’hui que tout cela appartient au passé et que les Frères sont maintenant un parti du centre prêt à œuvrer démocratiquement au développement du pays. Pourtant, pendant sa campagne, Morsi ne s’est pas gêné pour dire à ses partisans qu’il imposerait la charia et qu’il ferait la conquête de Jérusalem. Les journalistes occidentaux ont préféré retenir d’autres déclarations selon lesquelles il respecterait les engagements internationaux de l’Égypte et qu’il créerait un État «civil», terme opaque qui ne veut rien dire.
Mohamed Badie

Croit-on sérieusement que son élection a éteint sa flamme religieuse? Qu’avec son mentor Mohamed Badi’e, Guide Suprême de la Confrérie, il s’est converti à la démocratie ? Que les Frères vont dorénavant traiter leurs femmes avec respect ? Qu’ils cesseront leurs attaques contre la minorité copte dans le sud du pays ?  Pétris de culture et de tradition islamiques et aspirant à imposer l’islam au monde entier, les Frères auraient-ils soudain perdu de vue leur objectif AU MOMENT où ils prennent le pouvoir ? Ce sont là des questions que les média occidentaux ne semblent pas prêts à se poser.
Inquiétudes arabes
Les pays arabes ne cachent pas leur inquiétude car, pour eux, les Frères sont un danger bien réel. L’Arabie Saoudite et les pays du Golfe suivent la situation de près et se refusent pour le moment à mettre la main à la poche pour aider au sauvetage de l’économie égyptienne en chute libre. On l’a bien vu la semaine dernière lorsque l’influent chef de la police de Dubaï a déclaré qu’un président égyptien appartenant à la Confrérie ne serait pas le bienvenu; son élection étant de mauvais augure tant pour l’Égypte que pour toute la région. 
Feu l’émir Nayef Ben Abdel Aziz
Il y a quelques semaines il avait déjà menacé d’arrestation Yusuf Quardawi, le théoricien des Frères, accusé d’incitation contre les Émirats Arabes Unis.  Feu le prince héritier d’Arabie Saoudite, l’émir Nayef Ben Abdel Aziz, décédé il y a quelques jours était pour les Frères un ennemi acharné – d’ailleurs ils se sont réjouis ouvertement de sa mort – les considérant comme la racine de tous les maux de la région et la source du terrorisme politique. L’Arabie Saoudite n’est pas prête d’oublier le 9 septembre 2001, lorsqu’il s’est avéré que, sur les 18 terroristes qui ont abattu les tours jumelles de Manhattan, il y avait 16 citoyens saoudiens adeptes de la Confrérie et membres d’Al Qaeda. Ryad avait alors immédiatement expulsé tous les militants de la Confrérie vivant dans le royaume.
Nouveau régime en place

Après avoir prêté serment devant la Cour constitutionnelle, Morsi est entré en fonction, devenant ainsi le chef suprême et démocratiquement élu du peuple égyptien. La junte lui a immédiatement transmis ses pouvoirs – exécutifs et législatifs puisque le parlement est dissous. Toutefois la déclaration constitutionnelle, publiée quelques jours avant le vote, limite les pouvoirs du président en matière de défense. En ce qui concerne l’armée, il ne peut déclarer la guerre, fixer le budget de l’armée et nommer les officiers supérieurs.  Cette déclaration, où certains voient un combat d’arrière-garde  des généraux, soucieux de préserver quelques-uns de leurs privilèges avant de retourner dans leurs casernes, risque d’être rapidement remise en question.
Disposant du pouvoir exécutif et législatif, le nouveau président peut en effet trouver une formule légale pour annuler la dissolution du parlement ou faire procéder à des élections partielles et une nouvelle victoire pour les Frères. Il va pouvoir superviser la rédaction de la nouvelle constitution et y introduire les articles qui  imposeront la charia.  Il n’est donc pas impossible qu’en quelques mois, voire quelques semaines, les  Frères auront parachevé leur mainmise totale sur l’Égypte : présidence, parlement et constitution. Ils auront alors tout le loisir de pousser à la retraite les généraux du Conseil Suprême des Forces Armées. Que pourra faire l’armée ? Un coup d’état militaire ? Peu probable.  L’Égypte deviendrait alors un État régi par l’islam et cherchant à  exporter la révolution islamique vers d’autres pays du Moyen Orient.
Omar Abdel Rahman

Cette vision est jugée apocalyptique par les commentateurs occidentaux selon lesquels le pragmatisme et la nécessité de s’occuper d’abord de la crise économique sans précédent vont l’emporter sur la passion doctrinaire. Plus de 80 ans de combat opiniâtre et sans merci ne feraient pas le poids devant la réalité - disent-ils. À voir. Deux déclarations du président élu méritent réflexion. Il veut un nouveau procès pour le président Moubarak récemment condamné à la prison à vie afin que «justice soit faite» ; il s’engage à œuvrer pour la remise en liberté du Sheikh aveugle Omar Abdel Rahman, responsable du premier attentat contre les tours jumelles en 1993 et emprisonné aux États-Unis pour ce crime….

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