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mardi 12 juin 2012

ÉGYPTE : FIN DE SEMAINE DE TOUS LES DANGERS par Zvi MAZEL



ÉGYPTE : FIN DE SEMAINE DE TOUS LES DANGERS
Par Zvi MAZEL

Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs

Le second tour des présidentielles en Egypte est prévu pour les  dimanche 16 et lundi 17 prochains.  Le 1er juillet, soit peu après la proclamation des résultats, le Conseil Suprême des Forces Armées doit remettre le pouvoir au président élu. Ce beau programme va-t-il se réaliser ?  
Conseil suprême forces armées






Imbroglio 

Certains en doutent compte tenu de l’imbroglio politico-juridique actuel qui pourrait plonger l’Egypte dans un désordre tel que l’armée se verrait «contrainte» de repousser les élections et de rester au pouvoir pour une durée indéterminée. Il s’agit en effet de deux questions vitales : 1) va-t-on vers une annulation des résultats du premier tour des présidentielles et 2) les élections législatives tenues fin 2011 vont-elles être annulées et le parlement dissous. A cela s’ajoute le fait que la junte  militaire envisage de promulguer une «déclaration constitutionnelle transitoire» définissant les prérogatives du président  et du parlement  jusqu’à ce qu’une nouvelle constitution soit enfin rédigée et acceptée par referendum. Les Frères musulmans s’y opposent avec énergie.
Morsi et Shafiq
La Cour constitutionnelle égyptienne doit rendre son arrêt sur les deux questions ci-dessus le jeudi 14 juin, moins de 48 heures avant le second tour. Le fera-t-elle ou reportera-t-elle sa décision après l’élection ? Les avis sont partagés. Pourtant la première question traite justement du candidat Ahmed Shafik qui affronte au second tour le candidat des Frères Musulmans Mohammed Morsi. On se souvient que, dans un effort désespéré pour reprendre les choses en main au début de la révolution, Moubarak avait nommé Shafik premier ministre, poste qu’il occupa un mois.  Le parlement a voté une loi interdisant aux anciens premiers ministres et vice-présidents du président déchu de présenter leur candidature à des fonctions publiques. 
La loi a été ratifiée comme il se doit par la junte avant d’être transmise à la commission électorale qui s’apprêtait à rejeter la candidature de Shafik  mais ce dernier a fait appel et l’appel a été soumis à la Cour constitutionnelle. L’argument de Shafik, soutenu en cela par d’éminents juristes, est qu’on ne peut priver de ses droits  un citoyen qui n’a été ni poursuivi, ni jugé ni condamné. Il est bien évident que la loi a été votée par un parlement à majorité islamiste dans le but d’évincer tous les candidats sérieux contre «leur» candidat.  Si la Cour décide que la loi est contraire à la constitution et que Shafik peut se présenter il faut s’attendre à des manifestations de protestation de la part de ceux qui le considèrent comme le suppôt de l’ancien régime, revenu en force malgré la révolution et ses victimes. 
Tantawi rencontre la Cour Constitutionnelle
Risque d’annulation 

Si la loi est déclarée conforme, ce sont les résultats du premier tour qui vont se trouver annulés ainsi bien entendu que le second tour.  On voit déjà la pagaille qui suivrait et dont le premier résultat serait de laisser la junte en place pour une période indéterminée.
Le second problème sur lequel se penche la Cour concerne les élections législatives. Un recours a été introduit contre leurs résultats, au motif que la loi électorale était discriminatoire  pour les candidats indépendants. Cette loi prévoyait que deux tiers des candidats seraient présentés par des partis, le tiers restant étant réservé aux indépendants. Or cette loi n’empêchait pas les partis de présenter un certain nombre de leurs membres sous l’étiquette «indépendant», les heureux élus rejoignant ensuite leur parti.
Ces pseudos indépendants bénéficiaient de l’aide matérielle de la machine du parti alors que les «vrais» ne pouvaient compter que sur leurs propres ressources et le soutien de leurs partisans.  Si la loi électorale est invalidée, les élus sous l’étiquette indépendant le serons aussi et il faudra procéder à de nouvelles élections où les islamistes – Frères Musulmans et Salafistes -  seraient bien en peine de renouveler leur exploit et devraient se contenter d’un nombre fortement réduit de représentants. Là encore, une décision d’invalidation entrainerait de violentes manifestations. 
Salafiste égyptien
Fuites 

Les média égyptiens font état de fuites selon lesquelles la commission consultative de la Cour constitutionnelle aurait proposé 1) d’invalider la loi privant Shafik du droit de se présenter 2) de dissoudre le parlement. Il reste que ce ne sont que des fuites et que par ailleurs la cour n’est pas tenue d’accepter les recommandations de sa commission.
Jamais deux sans trois, dit-on. Ces jours-ci se décide le sort de l’assemblée constituante ; cette assemblée qui aurait dû être créée il y a de longs mois et aurait dû déjà rédiger la nouvelle constitution qui aurait été ratifiée par référendum avant l’élection présidentielle. Le parlement avait bien choisi les cent membres devant la composer, seulement, comme elle comptait plus de 75% d’islamistes, le tribunal administratif l’a dissoute. Depuis une vive confrontation oppose islamistes et forces laïques qui sont incapables de trouver un compromis.
La junte est intervenue la semaine dernière et a déclaré que si un accord n’était pas intervenu sous 48 heures elle promulguerait une constitution temporaire. La menace a fait son effet ; les parties sont tombées d’accord sur des critères mutuellement acceptables qui ont été entérinés par une loi. Seulement une fois encore les islamistes ont «triché» : non seulement ils ont choisi 50% d’islamistes mais encore, ils ont nommé à titre «d’indépendants» des représentants de l’université Al-Azhar et d’autres organisations islamistes.
Les représentants laïcs – à l’exception des membres du Wafd -  ont alors décidé de se retirer au profit de représentants des femmes et des coptes. La composition définitive devrait être annoncée dans les heures qui viennent – si tout va bien. En tout état de cause la junte devra quand même promulguer une déclaration constitutionnelle temporaire définissant les fonctions du président et du parlement pour permettre au nouveau président de prendre ses fonctions. Les Frères musulmans s’y opposent déjà avec véhémence car ils soupçonnent, avec raison sans doute, que la junte donnera au président le pouvoir de nommer le gouvernement et de dissoudre le parlement – ce qui neutraliserait leur position dominante actuelle. 

Le sort de Moubarak 
Moubarak malade à son procès

Ce qui est grave c’est qu’en fait il n’y a de consensus sur aucune des questions essentielles auxquelles l’Egypte est confrontée aujourd’hui. La rue est au bord de  l’explosion. 18 mois après la révolution et la chute de Moubarak, les égyptiens se voient contraints de choisir entre  les Frères Musulmans, qui affirment leur volonté d’instaurer un régime reposant sur la Charia et le représentant de l’ancien régime, symbole de tout ce dont ils ne voulaient plus. Cela alors que le tribunal a condamné le président déchu à la prison à vie – mais a déclaré que, comme ses deux fils, il était innocent des crimes de corruption dont il était accusé.
Un verdict qui là encore divise profondément l’opinion. Et puis Hosni Moubarak peut encore surprendre. S’il venait à mourir maintenant, lui accorderait-on les funérailles nationales, lui qui  s’est battu pour sa patrie et l’a dirigée trente ans ? Devra-t-il se contenter d’un enterrement à la sauvette ?  Beaucoup, beaucoup en Egypte et dans le monde supportent mal les images de ce vieil homme sur lequel on semble s’acharner avec une vindicte qui ne fait pas honneur au pays des Pharaons. Bref, les journées à venir seront décisives, même s’il n’est pas sûr qu’elles apportent des réponses à toutes les questions. Une nouvelle flambée de violence peut intervenir à tout moment.


2 commentaires:

odile Haettich a dit…

c'est désolant pour la jeunesse égyptienne qui veut sortir de ces jougs, armée toute puissante et islamisme . Pendant ce temps, les gens de la rue meurent de faim à petit feu.
Pourquoi les électeurs ont fait ces choix cornéliens? Si le nassériste était passé, la révolution égyptienne aurait eu un sens, dommage.

Lisa a dit…

intéressante analyse
lorsque vous dites "il n'y a consensus sur aucune questions essentielles pour l'Egypte"
je souris et je me dis qu'il y a consensus sur quelques questions ...
l'abaissement de l'âge du mariage des fillettes, les rapports charnels avec les époux décédés et la crainte de l'étranger dans les spots publicitaires ... mais c'est vrai : c'est du mauvais esprit !