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mardi 5 juin 2012

SARKOZY VOULAIT EN FINIR AVEC ASSAD


SARKOZY VOULAIT EN FINIR AVEC ASSAD

Par Jacques BENILLOUCHE


L’élection de François Hollande semble renvoyer aux calendes grecques le plan de Nicolas Sarkozy pour résoudre le problème syrien de manière radicale. Des langues sécuritaires se délient. En s’inspirant de son action en Libye, le président français voulait faire preuve d’activisme pour rehausser son image de marque internationale.
Michel Rocard reçu en Iran



Il avait orchestré deux actions spectaculaires, arrivant à point nommé en pleine période électorale, pour lui permettre de rebondir dans les sondages. D’une part le voyage de Michel Rocard en Iran, organisé par le Quai d’Orsay, a mis du temps à se concrétiser et l’invitation est parvenue à la veille du premier tour, trop tardive pour modifier le sort de la campagne. Son deuxième projet, d’autre part, a subi le veto de Barack Obama qui a refusé l’aventure dans laquelle on voulait le mener. 

Action militaire conjointe 

Nicolas Sarkozy voulait exploiter la mauvaise humeur de l’Arabie saoudite et des Emirats, désabusés devant l’inertie américaine et inquiets des capacités de nuisance de l’Iran qui fomentait des émeutes en soulevant les communautés chiites. Ces pays tenait à détruire l’influence de l’Iran au Proche-Orient en éliminant son allié le plus sûr, la Syrie. 

Le président français avait donc mis au point avec le roi d’Arabie Saoudite une opération militaire conjointe pour éliminer Bassar Al-Assad. Il s’agissait, ni plus ni moins, d’exterminer sa famille, d’éradiquer le haut commandement militaire syrien et tous ses proches dans un raid aérien massif contre le palais présidentiel et ses dépendances.
Porte-avions Charles de Gaulle


Nicolas Sarkozy avait proposé que des chasseurs bombardiers décollent depuis le porte-avions Charles de Gaulle qui mouille au large de la Syrie tandis que des chasseurs d’Arabie Saoudite et des Émirats se joindraient pour frapper le palais situé au mont Qassioun, au nord-est de Damas. Le plan prévoyait que la chasse américaine aurait eu pour rôle de neutraliser l’aviation et la défense syrienne. Ce plan avait été présenté au président Obama par Nicolas Sarkozy lors de sa visite en mars à Washington et par le ministre de la défense d’Arabie, le prince Salman, lors de sa visite à Washington le 12 avril.
Prince Salman d'Arabie Saoudite


Le prince tenait à faire savoir que le conflit syrien risquait de se propager dans le reste du Moyen-Orient et que des mesures radicales devaient être appliquées pour frapper le régime de Damas à la tête. Le prince saoudien avait marqué son désaccord sur la politique américaine de la région en insistant pour que l'Arabie saoudite, qui est un élément de stabilité dans la région, soit mieux écoutée.

Les israéliens avaient été approchés car ils pouvaient apporter un soutien logistique de premier ordre avec leurs drones et la proximité de leurs bases. Mais Benjamin Netanyahou avait adressé une fin de non recevoir car sa préoccupation première était de savoir quel régime remplacerait Bassar Al-Assad. Il craignait l’arrivée au pouvoir des islamistes iraniens et de leurs alliés du Hezbollah.
Palais Al-Azem à Qassioum

Mais un élément n’avait pas été pris en compte. En échange de son soutien à l’ONU, Moscou avait réclamé et obtenu la réouverture d'une station d'écoutes que les soviétiques possédaient du temps de la guerre froide sur le mont Qassioun, qui domine la capitale syrienne, à quelques encablures du palais présidentiel syrien. Une telle attaque risquait d’ouvrir un front avec les russes. 

Action isolée 


Nicolas Sarkozy était convaincu de la validité de son plan qu’il a exposé avec insistance à Barack Obama. De nombreuses heures de conversations, durant les  premiers jours de mai, n’ont pas réussi à convaincre les américains de se joindre à cette action militaire parce qu’ils se doutaient que cette opération était de nature purement électorale.

Le projet ne manquait pas d’arguments stratégiques aux yeux des français qui estimaient que Bassar Al-Assad avait commis l’erreur de regrouper la totalité des chefs militaires et du renseignement autour de lui dans son palais. Le colonel Kadhafi avait évalué le danger d’une attitude statique et ne séjournait jamais plus de deux jours au même endroit. Il avait ainsi été difficile de le localiser et de le viser ce qui lui avait permis de durer très longtemps. Le raid français aurait désorganisé le commandement militaire et conduit les nouveaux chefs à communiquer de nouvelles directives aux troupes basées dans les casernes. Il était prévu qu’il soit complété par une action diplomatique que Bernard-Henri Lévy était prêt à coordonner.
BHL en Libye


La France n’était pas en mesure de mener une telle opération aérienne combinée qui ne pouvait avoir de viabilité que sous commandement américain qui dispose du matériel sophistiqué adéquat pour neutraliser les systèmes radars et les batteries de missiles anti-aériens. Les saoudiens, eux-aussi, n’ont pas réussi à convaincre les américains qu’il fallait quitter les palabres et agir. Le président Obama avait informé François Hollande du projet lors de sa visite à la Maison Blanche le 29 mai.
Hollande et Obama le 29 mai 2012

          Les deux dirigeants ont convenu qu’ils devaient rechercher un accord avec les Russes sans toutefois exclure une action militaire «avec l’approbation du Conseil de sécurité des Nations-Unis» si la diplomatie échouait. La volonté des russes et des chinois d’imposer leur droit de veto sur toute résolution stipulant une intervention militaire a confirmé Bassar Al-Assad dans son intransigeance tandis que sa réponse à l’envoyé Kofi Annan était illustrée par une intensification des assassinats et des bombardements. La France socialiste avait donc décidé d’enterrer  une opération ambitieuse qui risquait de se réaliser dans un isolement diplomatique international.  

4 commentaires:

Max SITBON a dit…

le problème syrien est complexe car il s'y ajoute l'éternel problème des minorités
les alaouites luttent pour leur survie
de plus pour le moment " printemps arabe = antisémitisme + isolement pour Israël
Je préfère un Hassad sachant jusqu' où il peut aller à un illuminé islamiste avec sa clé du paradis attaché à sa ceinture explosive

Plus d'angélisme, celui que va manifester le nouveau pouvoir socialiste est déjà très angoissant

petit cadeau le problème des minorités en Syrie vu en 1936 Fascinant et qui ouvre bien des perspectives

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1936_num_1_1_6347

Hubert NATAF a dit…

Le militantisme de Sarkozy était dangereux; à vouloir régler les problèmes du Moyen-Orient par l'intervention, pourquoi pas contre Israël apres tout. Les anti Assad ne seront-ils pas anti sionistes à la recherche d'une légitimité

andre a dit…

Intéressant mais on aimerait en savoir davantage: quelles sont les langues qui se délient ?
À vrai dire, cela parait invraisemblable que la France ,l'Arabie Saoudite et les États Unis puissent envisager une telle action.
Il s'agit d'une hypothèse ou d'un scénario et certainement pas d'un plan de destruction à mettre en œuvre pour des raisons électorales et sans aucun mandat de l'ONU!

Restons sérieux.

ANDRÉ M

David a dit…

Est ce que le clan Assad est meilleur pour Israël que les dirigeants qui pourraient lui succéder après sa chute.
Bien malin qui connaît la réponse.
Même Israël est dubitatif...