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mardi 26 juin 2012

ISRAËL FACE À LA CONTESTATION SOCIALE



ISRAËL FACE À LA CONTESTATION SOCIALE

Par Jacques BENILLOUCHE

Cher policier, ne gêne pas le citoyen qui remplit son rôle

          Et si  le boulevard Rothschild devenait la place Tahrir de Tel-Aviv ? C’est certainement exagéré car, à la différence des révolutions arabes, il existe une vraie démocratie en Israël.





Manifestations violentes

          Cependant, ce samedi 23 juin, les manifestations réunissant des milliers de personnes ont été violentes à Tel-Aviv, créant une certaine panique au sein des forces de police non préparées à ces confrontations. Plus de 85 personnes ont été arrêtées. Mais, fait inhabituel, la ville a découvert pour la première fois ses casseurs qui ont fracassé les vitrines d’agences bancaires  et qui ont affronté violemment les forces de police. Jusqu’alors, les manifestations étaient pacifiques, bon enfant, comme en 2011 au boulevard de Rothschild, où les tentes avaient envahi les allées des promeneurs.


Mais la contestation sociale ne s'est pas appaisée car peu de mesures économiques concrètes ont été prises depuis lors. La violence a répondu à la violence. Daphné Lif, une figure gauchiste de la contestation, a été blessée tandis que plusieurs manifestants ont été arrêtés. Le problème a été pris à la légère par les dirigeants israéliens qui ne contrôlent plus la hausse inconsidérée des produits alimentaires et la flambée des prix de l’immobilier alors que les salaires stagnent. Les jeunes sont les principales victimes de l’évolution d’un pays trop libéral.

Excès du libéralisme

L’envers du décor d’un pays trop libéral est planté parce que la gauche est laminée et que l’opposition est inexistante depuis l’intégration du parti du centre, Kadima, à la coalition gouvernementale. Les jeunes loups politiques sont devenus inaudibles. Les espoirs d’une population excédée se sont envolés en même temps que les promesses d’obtenir rapidement de nouvelles mesures sociales. Les israéliens paient les conséquences de l’exercice solitaire du pouvoir par un gouvernement omnipuissant qui a effacé toute opposition sérieuse.
Les manifestants étaient jusqu’alors pacifiques et disciplinés. Mais la passivité du gouvernement à leur intention change la donne. Le pouvoir ne mesure pas encore l’inquiétude qui envahit les éléments actifs de la population, en particulier les jeunes qui sont le socle et l’avenir du pays mais qui se sentent abandonnés dans la nouvelle jungle économique.
Manifestation panthères noires en 1970
Il faut se reporter aux manifestations de 1971 des Panthères noires pour retrouver la même atmosphère de contestation pacifique qui avait cependant dégénéré en émeute à l'époque. La jeunesse d’aujourd’hui se révolte moins contre le gouvernement que contre les monopoles financiers et industriels. Pour l’instant, il n’y a pas de contamination avec la révolte des pays arabes mais les mouvements sociaux, liés à l’augmentation des prix alimentaires, pourraient constituer l’étincelle qui risque de mettre le feu politique dans le pays.

Hausse générale des prix
Ofer Eini chef de la Histadrout

La centrale syndicale israélienne Histadrout se bat pour obtenir un frein aux hausses des produits de base. Tout a augmenté, le pain de 10%, l’essence de 13%, l’eau de 134%, les logements, les transports et les impôts indirects tandis que le Trésor a du mal à augmenter le salaire minimum. Le secrétaire général de la Centrale syndicale, Ofer Eini avait montré sa mauvaise humeur : «Une grande partie de l'opinion israélienne estime que la coupe est pleine, et le Premier ministre doit donc corriger le tir». Il a été rejoint par le patron des patrons, Shraga Brosh, qui a critiqué le gouvernement : «au lieu de baisser le poids de la fiscalité, les taxes indirectes ont été alourdies, ce qui handicape le secteur privé notamment au moment où la crise mondiale va entraîner des augmentations de prix et rogner la compétitivité des entreprises».
Certes le chômage est minimisé en Israël au prix de rémunérations très basses et d’allocations limitées dans le temps. Les écarts de salaires sont tels que la classe moyenne se rétrécit et que la pauvreté touche de plus en plus de secteurs de la population et non plus uniquement les religieux orthodoxes et les arabes israéliens. Les jeunes ont rejoint cette catégorie car ils n’ont plus les moyens de se loger. Les monopoles agro-alimentaires font la loi et les jeunes et les bas-salaires en souffrent. 
Les prix des logements ont atteint des sommets justifiés par l’excédent de la demande. L’afflux des investisseurs étrangers, forts de leur euro et qui sentent l’aubaine d’une plus-value, crée une surchauffe dans le secteur. Un appartement de 100m2 à Tel-Aviv dépasse aujourd’hui le million d’euros. L’immobilier ne flambe pas uniquement parce que certaines populations juives de l’étranger, inquiètes de la montée de l’islamisme, préparent un éventuel abandon de leur pays en investissant en Israël dans l’immobilier. Il y a certes une nouvelle caste de riches israéliens.

Politique volontaire

Constructions dans les implantations


Certains se demandent s’il ne s’agit pas d’une politique du logement, délibérée et sournoise, d’un gouvernement qui veut pousser les israéliens à s’installer dans les territoires pour consolider les implantations, à des prix représentant parfois le dixième du prix dans une ville israélienne. De nombreux appartements y sont en effet disponibles qui ne trouvent pas preneurs.
Alors, les manifestants commencent à user d’un mot nouveau, révolution, puisqu’ils écrivent ce slogan sur leurs panneaux : « heureuse révolution ».  Le mot révolution a ainsi fait des émules et il a été lancé par des manifestants qui veulent s’inspirer des mouvements européens.
Il est de bon ton d’affirmer que l’économie israélienne va bien et qu’elle a été épargnée par la crise mondiale. Effectivement elle a affiché une sortie de crise remarquable. Les prévisions de la Banque d’Israël ont été dépassées avec 3,1% de croissance en 2012 tandis qu’elle est prévue à 3,5% en 2013. L’inflation reste jugulée à 2,6% pour l’année. Les chiffres du chômage, qui ont connu une légère remontée de 5,4% à 5,9%, restent en dessous de la moyenne des principaux pays de l’OCDE. Cependant la thèse qu'Israël a été épargné de la crise mondiale ne tient plus.

Économie touchée


Ramat-Gan quartier du hightech et du diamant
En effet, certaines décisions sonnent comme un signal d’alerte pour les observateurs financiers. Les banques ont décidé de resserrer le crédit d’affaires qui a chuté de 1% au premier trimestre parce qu’elles ont été incitées par la Banque d’Israël à augmenter leurs ratios de fonds propres et à les renforcer en réduisant les fonds qu'elles mettent à la disposition du public.
Le ministre du logement, Ariel Attias, s’inquiète de la baisse des mises en chantier des constructions de logements qui ont toujours été en croissance ces dernières années. La construction a toujours été le moteur de l’économie israélienne et l’un des secteurs où l’investissement en provenance de l’étranger est grand. Elle est aussi un argument politique vis-à-vis des palestiniens puisqu'elle se développe dans les implantations et à Jérusalem-Est. La baisse de la mise en chantier des constructions risque d’aggraver la pénurie de logements, à l'intérieur de la ligne verte, qui a été le déclencheur des manifestions. La pénurie de travail et l’augmentation des prix qui en découlent risquent de plomber une économie qui a toujours été en croissance.
Les trois principales banques ont annoncé une baisse de 21% à 26% de leur bénéfice net. La Bank Léumi est la plus exposée aux difficultés des pays européens en crise : la Grèce, l’Italie, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, avec une créance de 190 millions d’euros.
La baisse des bénéfices des banques et la restriction des crédits risquent d’entrainer une stagnation de l’économie israélienne qui a toujours besoin de croissance pour absorber chaque année les quelques 20.000 immigrants et surtout pour répondre aux besoins d’équipements de Tsahal. Les jeunes restent les victimes d’un crédit rare dans une situation financière pourtant maitrisée et c’est pourquoi ils marquent leur mauvaise humeur en se lançant dans des manifestations qui prennent une autre forme que celles des tentes de 2011.  
L’économie israélienne montre à nouveau des signes de faiblesse dus à l'impact de la crise mondiale. Longtemps, Israël donnait l’impression d’être immunisé contre les troubles qui agitaient l’Europe mais, dans une économie mondialisée, il était difficile de ne pas subir les contrecoups des dérives économiques européennes. Une deuxième alerte sonne aujourd'hui comme une mise en garde au gouvernement.

Depuis douze ans, la balance commerciale était positive : on exportait plus qu’on importait mais au premier trimestre 2012, Israël a accusé un déficit extérieur de 1,7 milliard de dollars au premier trimestre 2012 alors que durant la même période de 2011, l’excédent était de 1 milliards de dollars et de 2,5 milliards de dollars en 2010. Ces chiffres inquiétants ont été communiqués par le Bureau Central des statistiques.
Ce déficit est le plus élevé depuis l'année 2000 alors qu’Israël combattait la seconde Intifada. Ce solde négatif implique que les devises rentrent moins bien dans le pays. Pauvre, pour l'instant, en ressources naturelles, Israël dépend des importations de pétrole, de charbon, de produits alimentaires, de diamants bruts, de matières premières de production et de matériel militaire. Il exporte des  machines, des matériels, des logiciels, des diamants taillés, des produits agricoles, des produits chimiques, des textiles et des vêtements. Ses principaux partenaires commerciaux sont les États-Unis, l'Union européenne et le Japon.
Longtemps immunisé, Israël est touché par la maladie économique internationale contagieuse.








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