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dimanche 17 juin 2012

ENTRE MEMOIRE ET TENTATION D’OUBLI… par Sarah OLING

ENTRE MEMOIRE ET TENTATION D’OUBLI…
PRENDRE LE PARTI DE LA VIE

Par Sarah OLING

Reste du mur du ghetto de Varsovie


          Qu'est-ce qu'un écrivain? Un passeur? Un raconteur?  Un veilleur? Un humain, en somme... Cette nuit, alors que je cherchais en vain à communier avec les mots, je les ai ressentis. Ils étaient tous là, tous, invités une fois encore à sortir de leur assourdissante absence par ma  détermination à ne pas les laisser oublier. Eux, ces ombres surgies d’un passé qui, comme la tache sur la clé de Barbe Bleue, ne peut, ne doit s’effacer, malgré la volonté de certains, de la mémoire de l’Humanité. Ils furent, nos chers absents. Certains d’entre nous sont devenus les garants de leur existence d’alors.


 

          Encore et toujours revenir sur ces traces anciennes que jamais rien n’efface. Inlassablement se poser la question de l’utilité de cette volonté mémorielle. Plonger dans l’oubli fut, je l’avoue, une tentation cent fois effleurée, cent fois repoussée. Je me souviens… Je, est dans ce cas précis un Autre, englobant tous ces chers autres, en leur nom. Mes propres souvenirs s’arrêtent à la frontière du silence de mes parents, gardiens inconsolables de l’au-delà de cette frontière. Alors, pèlerin d’un impossible voyage, je suis partie un jour en Pologne.

          J’ai cherché, de Cracovie à Lublin, de Wlodawa à Belzec, le temps d’avant, mythifié, forcément mythifié. J’ai désespérément tenté d’imaginer, dans cette Pologne d’aujourd’hui, ma mère, petite fille du ghetto, préparant les halot de Shabbat avec sa propre mère. Je n’ai entendu que le cri des corbeaux moqueurs.

Halot de shabbat


          Puis je me suis frayée un chemin, mon stylo en guise de canne, vers la parole oubliée de dizaines de survivants. Persuadée d’accomplir un devoir, j’ai continué obstinément, au fil des années, en hésitant parfois, en me répétant souvent, de tenter de dire l’innommable, l’indicible. J’ai essayé de donner des contours à cette catastrophe qui bouleversa l’ordre du monde et le nôtre, à jamais.

          J’en ai oublié l’essentiel… Le message que venaient me souffler ces ombres si chèrement présentes, au cœur de la nuit : «N’oublie pas de Vivre !»  Ainsi je vous transmets le message, quoi qu'il se passe, quels que soient les bouleversements de nos existences, politiques, sociétaux, familiaux, tentons d'être présents dans cette existence-là, d'en être des acteurs, autant que faire se peut.

1 commentaire:

airdularge a dit…

"N'oublie pas de vivre"

Le temps passe, inéxorablement.
Et déjà la réalité de l'oubli se constate à l'échelle planétaire alors que certains luttent encore pour ne pas ceder à la tentation.

Et, même à ceux là, la réalité de l'oubli peut apparaitre comme préférable à la révision, à la négation...

En cette période d'épreuve philosophique du baccalauréat, il serait interessant de poser aux candidats la question suivante :

Un homme ordinairen, né après la seconde guerre mondiale à laquelle rien ne le relie, peut-il éprouver, ressentir, être marqué encore aujourd'hui par cette déchirure de l'humanité vécue par la génération des années30/40 ?

N'oublie pas de vivre : existe-t-il, pour un Juif digne de ce nom, une alternative sinon celle qu'a choisi Primo Lévy ?

Existe-t-il d'autres raisons de vivre ?

Oui ; la première parceque nous le devons à qui ne sont plus.
la deuxième pour empecher que se referme l'oublie sur eux
la troisième pour tenir tête aux révisionistes, négationistes
la quatrième, pour faire en sorte que notre propre religion n'élude pas l'interrogation essentielle que pose cette singulière expérience.
la cinquième pour que le sens du mot "vivre" soit, pour les Juifs qui font ce choix, l'hommage le plus beau que l'on puisse faire à cette génération sacrifiée qui, avant nous, a proclamé avec sollenité :

LEHAÏM

JC COHEN