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lundi 7 mai 2012

LA STRATÉGIE QUI A FAIT PERDRE LA DROITE


LA STRATÉGIE QUI A FAIT PERDRE LA DROITE

Par Jacques BENILLOUCHE
                

       Nicolas Sarkozy avait choisi une équipe de campagne resserrée sur les conseils du chef d’orchestre Patrick Buisson. Dès le départ, la stratégie de la campagne consistait à chasser sur les terres du F.N et rien ne devait choquer les électeurs de ce camp. Ainsi, un détail qui ne trompe pas, le comité de campagne ne comportait aucun juif, ce qui fut une première dans l’histoire des élections françaises. Pourtant, les juifs ne manquaient pas autour du président lui et en particulier la candidate Valérie Hoffenberg qui aurait pu ainsi avoir un coup de pouce pour sa propre élection. Le président, qui dispose d’une officine privée de sondages, savait que l’élection se disputerait à l’extrême-droite.

Le gourou Patrick Buisson
Patrick Buisson et Nicolas Sarkozy


Il a donc confié à l’un de ses conseillers élyséens, Patrick Buisson, qui officiait à l’ombre à l’Élysée en tant que maitre des sondages et expert en médias, parce qu’il avait un passé revendiqué dans l’extrême-droite. Il était aidé par Pierre Giacometti, ex-patron d’Ipsos, le «Monsieur sondages» du président qui en bon politologue décrypte les enquêtes d’opinion commandées par l’Élysée. Contre l’avis des principaux chefs de l’UMP, dont certains avaient officiellement critiqué le choix du virage extrémiste, Patrick Buisson avait imposé la droitisation du programme du candidat qui a recherché ouvertement les voix de Front national, après avoir pillé certains de ses thèmes porteurs.
Patrick Buisson, journaliste, avait rejoint en 1981 l'hebdomadaire d'extrême-droite «Minute», pour se spécialiser dans les articles contre les «socialo-communistes». Il en a profité pour décrire l’ascension politique de Jean-Marie Le Pen avec beaucoup d’indulgence, pour ne pas dire de lyrisme.
Il avait produit en 1984 avec Alain Renault, ancien secrétaire national du Front national, François Brigneau et Roland Gaucher «l’Album Le Pen» qui magnifie la personnalité et les projets du président du FN.
 
L’homme de l’extrême-droite

Patrick Buisson n’avait pas caché ses sympathies pour l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète) qui s’était opposée à l’indépendance de l’Algérie par des actions terroristes en France et en Algérie. Il ira jusqu’à rédiger avec Pascal Gauchon un ouvrage à la gloire de cette organisation. Pascal Gauchon, membre d'Ordre nouveau, s'associa en juin 1974 à la création du PFN (parti des forces nouvelles) avec François Brigneau, Jean-François Galvaire, Roland Gaucher, Jack Marchal et Alain Robert. Il devint secrétaire général du PFN, mouvement d'extrême droite, de 1974 à 1981.
De 1976 à 1978, Patrick Buisson a collaboré à la revue « Item » qui «se veut un instrument de réflexion pour lutter contre le terrorisme intellectuel de la gauche». La revue donne la parole aux anciens collabos, aux membres du FN et aux amis politiques de Jean-Marie Le Pen. Il développe les thèmes traditionnels de l’extrême-droite et des pétainistes : l’ordre, la morale, la tradition. Il y écrit notamment : « Le seul Ordre qui vaille et qui dure implique un retour à la valeur qui met l'inégalité au service de l'unité et à laquelle les hommes s'épurent et se mesurent. Une société saine assoit sa hiérarchie sur des inégalités fonctionnelles résultant de différences naturelles. Purifier l'ordre social par les forces qui lui sont extérieures, c'est-à-dire reconstruire une société où les rapports et les hiérarchies s'enracinent dans la nature et s'élèvent jusqu'à Dieu. »

Message clair de Sarkozy

Le message de Nicolas Sarkozy avait été clair. En plaçant au sommet de son équipe de campagne un expert qui avait flirté avec des militants et des organisations antisémites, il acceptait d’user de tous les moyens pour garantir sa réélection et confirmait l’orientation qu’il comptait donner à sa campagne. Tout était bon pour attirer à lui les voix de Marine le Pen, quitte à s’entourer de tous les gourous qui ont fait les beaux jours de son père Jean-Marie.
Sarkozy et Fillon
Cette stratégie avait indisposé l’entourage direct de Nicolas Sarkozy dont certains fervents ont été écartés pour avoir fait preuve de beaucoup de réticence et d’une incroyable discrétion. Le premier ministre a pratiqué alors  le «service minimum» vis-à-vis de son président. L’élève de Philippe Seguin, gaulliste de gauche pur et dur, pouvait difficilement se compromettre dans une démarche qu’il n’approuvait pas. Mais il n’a pas été jusqu’à s’opposer de front au président. Il a instillé quelques manifestations de mauvaise humeur que n’aurait désavouées aucun socialiste.

Éléments de langage

La question se pose aujourd’hui du comportement de l’UMP dans les élections législatives des 10 et 17 juin. Les premiers «éléments de langage» de l’UMP tendent à mettre en garde les électeurs sur le risque d’un État P.S si le parti socialiste obtenait la majorité à l’Assemblée nationale. Mais refuser au président une majorité c’est rendre le pays ingouvernable avec toutes les conséquences d’instabilité qui en découleraient. La question ouverte est de savoir si l’UMP va renouveler sa stratégie du «à droite toute» pour susciter le chaos et empêcher la gauche d'appliquer son programme.
Alain Juppé
La tentation serait de s’allier ouvertement à certains candidats du front national, débaptisé pour la circonstance, afin de battre absolument le candidat du président. Cette stratégie supprimerait de ce fait la règle du désistement républicain en faveur du premier parti arrivé en tête et permettrait au FN d’entrer au parlement par la petite porte. Certaines personnalités de l’UMP sont en désaccord avec cette stratégie. L’homme d’État Alain Juppé par exemple, qui aurait besoin des voix FN pour être réélu à Bordeaux, a préféré renoncer à sa candidature pour ne pas cautionner une dérive droitière. Mais combien seraient prêts à tous les compromis pour garder leur siège ? Le combat contre l'islamisme n'autorise pas toutes les compromissions.
Gérard Longuet porte-parole du groupe occident

Le lapsus du ministre de la défense Gérard Longuet, "nous au FN", démontre que les tentations d'extrême-droite persistent toujours chez les nostalgiques de la droite dure. 
Après avoir choisi une stratégie perdante pour l’élection présidentielle, l’UMP risque de renouveler une option qui la ferait imploser si elle cherchait coûte que coûte la voie de l’aventure extrême-droitière dans les élections législatives. Mais les vrais gaullistes et les vrais républicains n'accepteront pas d'apporter leur caution à un suicide politique, à leur tête François Fillon. Les déçus de l'élection de François Hollande devraient être très vigilants.



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