ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

samedi 5 mai 2012

LA DIFFICILE RECONQUÊTE DU SINAÏ Par Zvi MAZEL


LA DIFFICILE RECONQUÊTE DU SINAÏ

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs

L’annonce de l’annulation de l’accord sur la fourniture du gaz égyptien à Israël  n’a  pas fait baisser la tension au Sinaï où la situation sécuritaire reste préoccupante. On sait que depuis la chute de Moubarak plus de cinquante postes de police ont été attaqués dans la péninsule. Le gazoduc, lui, a été saboté quatorze fois –et son poste de contrôle situé au sud d’El Arish a été attaqué quelques jours seulement avant cette annonce.
Bédouins du Sinaï



Le sort des bédouins

La situation est prise très au sérieux au Caire où l’on met ces jours-ci la dernière main à un ambitieux programme destiné à améliorer le sort des bédouins qui constituent l’essentiel de la population. Seulement il va falloir trouver le financement nécessaire ; en clair, la réalisation du programme n’est pas pour demain. Ce qui fait malheureusement le jeu des organisations palestiniennes extrémistes, du  Hamas à d’autres inspirées d’Al Qaeda comme Geish al Islam (l’armée de l’islam), qui  renforcent leur pénétration dans la société bédouine ; elles encouragent la formation de cellules locales qui font passer des armes vers la bande de Gaza et s’attaquent aux forces de l’ordre. Leur but est de faire de la péninsule une base de terrorisme et  une filière de contrebande d’armes. 
Gaz en feu
La junte au pouvoir, préoccupée par les événements du Caire, n’aborde toujours pas sérieusement le problème et les forces de sécurité, comme la police,  n’arrivent pas à mettre fin à des attaques qui vont en s’intensifiant. Résultat ? La semaine dernière  une série d’incidents a souligné la gravité de la situation. Sept postes de police,  au nord et au centre de la péninsule, ont été fermés faute de pouvoir être défendus. Il ne reste plus que quatre postes de police dans cette partie du Sinaï, tous situés à El Arish.

Terroristes du Hamas
brigades Azzedine Al Qassam », bras armé du Hamas

Les  forces de sécurité ont arrêté un petit groupe de libyens dont un officier, ainsi que deux terroristes du mouvement Azzedine el Kassam – la milice du Hamas. Ils étaient venus de Gaza  par les tunnels, soit de façon parfaitement illégale. Leur interrogatoire est en cours ; ce qui est clair c’est qu’ils n’étaient pas venus pour faire du tourisme.  Enfin, toujours dans cette même semaine, deux policiers ont été tués et trois autres blessés quand leur véhicule a été pris en embuscade à l’ouest d’El Arish tandis que des individus encagoulés ont ouvert le feu sur des policiers, en tuant un et en blessant deux autres.
A Rafah le gouverneur du nord-Sinaï Abdel Wahab Mabrouk, qui venait d’annoncer la formation d’une unité spéciale pour lutter contre les bandes armées et mettre un terme au désordre, s’est trouvé bien penaud quand sa superbe voiture de fonction a été volée ; une douzaine d’autres véhicules ont d’ailleurs été pris de force à leurs propriétaires sur les routes du nord-Sinaï. L’armée et le ministère de l’intérieur auraient envoyé des renforts, selon certaines sources, mais rien n’a changé sur le terrain.
L’an dernier le gouvernement avait annoncé qu’il comptait former des unités locales de bédouins ; connaissant bien le terrain, ces derniers pourraient rétablir l’ordre ; dotés de salaires respectables, ils seraient motivés pour défendre leurs familles et leurs villages. Ce plan est resté sans suite ; le Caire hésitant à armer des bédouins sans qu’ils soient supervisés de près par l’armée. En attendant on se plaint dans la région d’El Arish que la police se contente de défendre ses propres installations et les chemins qui y conduisent, laissant aux terroristes le champ libre, partout ailleurs. 

Perte de contrôle du Sinaï
Avigdor Lieberman
Une source sécuritaire aurait avoué au quotidien al Masry al Yom que la péninsule échappait au contrôle des forces de sécurité, malgré tous leurs efforts – d’autant qu’elles sont agacées par les déclarations attribuées au ministre israélien des Affaires étrangères Lieberman, qui aurait dit que le l’Égypte représentait un plus grand danger que l’Iran pour Israël. Selon cette même source, le gouvernement central n’aurait toujours pas donné le feu vert à une campagne de grande ampleur contre les djihadistes, se contentant de demander au Hamas de mieux contrôler les tunnels !
La classe politique, elle, s’intéresse de près au problème. Une délégation de la Commission parlementaire pour la défense nationale et la sécurité s’est rendue au Sinaï du nord pour prendre la mesure de la situation, étudier la question des tunnels et de la contrebande et  évoquer les sabotages du gazoduc. Les chefs bédouins rencontrés leur auraient demandé de réviser l’accord de paix avec Israël qui, selon eux, ne permettrait  pas d’assurer la sécurité de la péninsule et de les intégrer dans le système de défense. Ils voulaient, semble-t-il, réduire la démilitarisation de la partie centrale de la péninsule et voir la création des unités de bédouins évoquées plus haut -deux mesures contraires aux dispositions du traité.
On attend encore la publication du rapport officiel de la visite ; ce qui est sûr c’est que les membres de la délégation,  pour la plupart Frères musulmans et salafistes, n’auront pas la tâche facile. Conscients de la gravité de la situation, qui menace la sécurité du pays, il leur faudra trouver un compromis entre leur haine profonde pour Israël et la nécessité de mettre fin à la contrebande d’armes et de rétablir l’ordre dans la péninsule pour en assurer le développement.

Promesses
Amr Moussa

 Plusieurs candidats aux élections présidentielles se sont aussi rendus dans la région, notamment Amr Moussa et Mohamed Morsi, (le candidat des Frères musulmans) qui ont promis l’un et l’autre  d’améliorer la situation économique. Morsi a profité de l’occasion pour proclamer que l’Égypte, sous la direction des Frères, s’emploierait à la conquête de Jérusalem (euphémisme pour la destruction d’Israël). Hamdein Sabahi, candidat du parti néo-nassériste, partisan de la dénonciation des accords de paix avec Israël, qui avait déclaré son intention de venir au Sinaï, avait reçu des menaces de mort ; ne se laissant pas intimider, il arriva au nord Sinaï ; devant l’ampleur des manifestations contre lui il dut rebrousser chemin. Il faut dire que Sabahi s’oppose avec véhémence à l’emprise de l’islam sur l’Égypte et que c’est cela, et non son hostilité envers Israël, qui a sans doute déclenché les manifestations ! 
Kamal Ganzouri
Le 15 avril dernier, le premier ministre Kamal Ganzouri a tenu une réunion au plus haut niveau pour débattre des projets de développement du Sinaï ; il y avait là les ministres de la planification, de la construction et des transports ainsi que les gouverneurs du Sinaï du nord et du sud. Lors de la conférence de presse qui suivit, la ministre de la planification énuméra les plans d’envergure – mais à long terme – élaborés pour améliorer le sort des habitants de la péninsule. Remise de la moitié des dettes des paysans, création d’une autorité pour le  développement du Sinaï, attribution de terres aux fermiers, bonification de ces terres et raccordement aux réseaux d’approvisionnement en eau, création d’une zone industrielle, développement du port maritime et de l’aéroport d’El Arish,  élargissement  du port de plaisance de Taba,  construction de voies ferrées, création d’une université dans le nord Sinaï, augmentation des quantités d’électricité fournies…Toutes choses que les bédouins réclamaient en vain depuis des dizaines d’années. 

Mesures économiques
Tunnel Port-Saïd

Quelques jours plus tard le ministre des transports ajoutait que, devant l’importance stratégique de la région, le gouvernement avait décidé de créer deux nouveaux points de passage entre la péninsule et la vallée du Nil, un tunnel pour voitures au sud de Port Saïd et un tunnel ferroviaire sous le canal de Suez. Selon le ministre, ces mesures  nécessiteront des investissements  de l’ordre de cinq milliards de dollars ; il espère pourvoir compter sur l’assistance financière  d’organisations internationales et arabes. L’Égypte aujourd’hui est bien incapable de financer elle-même ces ambitieux projets où il faut peut-être voir davantage un vœu pieux pour faire patienter les bédouins qu’un programme réaliste.
L’armée égyptienne, qui est à la tête d’un énorme empire économique , a promis le  25 avril, jour anniversaire du retour du Sinaï à l’Égypte dans le cadre des accords de paix, une contribution de  400 millions de livres égyptiennes – soit 56 millions de dollars au cours actuel – à la réalisation de certains des projets, soulignant ainsi l’importance qu’elle accorde au Sinaï et à ses problèmes. Par ailleurs les bédouins ont été assurés que dans le cadre de la réforme du droit foncier au Sinaï, ils pourraient inscrire une partie de leurs terres à leur nom, à condition de s’engager à ne pas les vendre à des étrangers. (Il s’agit ici des israéliens, que les égyptiens soupçonnent toujours de vouloir faire mainmise sur la péninsule). Autre engagement, celui de remettre en liberté  les prisonniers impliqués dans les opérations terroristes à Taba et à Sharm Al Sheikh, ayant  accompli la moitié de leur peine, et d’accorder un nouveau procès pour les condamnés à mort ou a perpétuité.


Ce sont de beaux projets qui transformeraient la péninsule et combleraient les bédouins. Seulement, personne ne se fait des illusions : tout cela n’est pas pour demain. En attendant il est  urgent de rétablir stabilité et sécurité au Sinaï. Malheureusement l’armée en est pour le moment incapable. Il va falloir attendre la nouvelle constitution, l’élection du président et le retour des généraux dans les casernes. On verra alors comment les nouvelles institutions  s’attaqueront au problème. Israël, qui appelle de ses vœux un développement économique qui calmerait le jeu au Sinaï, reste  sur le qui vive.

Aucun commentaire: