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jeudi 17 mai 2012

LA DÉTRESSE DES RICHISSIMES PAYS DU GOLFE par Zvi MAZEL


LA DÉTRESSE DES RICHISSIMES PAYS DU GOLFE

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte


Le roi d'Arabie saoudite Abdallah bin Abdul Aziz (d) discute avec son homologue de Bahreïn Hamad bin Issa al-Khalifa, le 14 mai 2012 à Ryad 

Les six pays membres du Conseil de Coopération du Golfe  - l’Arabie Saoudite, Bahreïn, Oman, Qatar, Émirats Arabes Unis, Koweït -  ont tenu  à Ryad, le 14 mai,  une rencontre au sommet  «pour consultation». Il s’agissait en fait de discuter d’une «Union des Pays du Golfe» qui viendrait renforcer leur position face à la menace iranienne mais aussi aux convulsions qui secouent la région depuis le «printemps arabe».



Union des pays du Golfe

Il y a des mois que cette union est à l’ordre du jour. Le roi d’Arabie Saoudite l’avait évoquée lors du précédent sommet en décembre dernier. Selon lui, il est temps de passer de la coopération à une véritable union qui ferait des pays du Golfe une puissance avec laquelle il faut compter. Un comité préparatoire avait été alors créé, chargé de préparer un programme et de le soumettre aux chefs de gouvernements. Au terme de leurs discussions, la semaine dernière, les dirigeants ont préféré ne pas prendre de décision et ont demandé au conseil des ministres des affaires étrangères de revoir ce programme afin qu’il soit discuté à nouveau lors de la prochaine réunion du Sommet du Conseil de Coopération dont la date n’est pas encore fixée.
Une étude de l’institut saoudien pour les Études Diplomatiques, publiée la semaine dernière, fait l’analyse des menaces pesant sur les pays du Golfe, au premier rang desquelles se trouve l’Iran. Le Shah aspirait déjà  à renforcer son influence dans la région pour prendre le contrôle des gisements de pétrole et des lieux saints de l’islam. La «république islamique» fondée par Khomeiny, pour exporter la «révolution islamique» - imposer l’islam chiite aux pays du Golfe et à l’ensemble du monde arabe – s’y emploie toujours.

Danger iranien
Défilé de l'armée iranienne
 
Or l’Iran a une population de 75 millions d’habitants, une armée régulière de 500.000 hommes qui s’efforce à développer sa force de frappe  en construisant  des missiles à longue portée et en renforçant sa marine de guerre. Sans parler de l’arme atomique dont elle veut se doter et dont elle pourrait disposer dans un très proche avenir ; d’ailleurs l’Iran ne se laisse pas intimider par les lourdes sanctions économiques imposées par la communauté internationale.
Face à ce géant il faut bien reconnaitre que les pays du Golfe, avec une population de 17 millions dont 15 pour cent à peine sont des citoyens, le reste étant composé de travailleurs immigrés pour la plupart originaires d’Asie, ne font pas le poids.  L’Arabie Saoudite, elle, compte 27 millions d’habitants dont un quart d’étrangers. Les six pays réunis peuvent aligner 360.000 hommes, toutefois non seulement ils ne sont pas sous un commandement commun mais encore ils sont dépourvus d’expérience.
Premier défilé armée irakienne après départ des américains

Le retrait des troupes américaines de l’Irak a laissé un vide immense dont profite l’Iran. L’Irak est loin d’avoir retrouvé la puissance qu’elle avait du temps de Saddam Hussein. Elle est dirigée aujourd’hui par la majorité chiite – favorable à l’Iran – et persécute la minorité sunnite au pouvoir du temps du dictateur déchu. Les pays du Golfe rendent l’Amérique responsable de cette évolution catastrophique. Ils reprochent aussi à Obama l’abandon brutal de Moubarak, fidèle allié de longue date des États-Unis. La chute du rais, qui avait pris la tête du front arabe pragmatique face à l’Iran a été durement ressentie par eux. Il  y a donc une véritable crise de confiance avec Washington.

Yémen et Bahreïn

Insurgés houthistes à un barrage

L’Arabie Saoudite est également préoccupée par la situation au Yémen où le conflit entre les forces politiques en présence menace de dégénérer en guerre civile et d’entrainer la division du pays ; en effet au nord la rébellion des tribus houthistes se poursuit tandis qu’Al Qaeda renforce son emprise dans un certain nombre de régions et ne cache pas ses intentions hostiles vis-à-vis du régime de Ryad.
Par ailleurs, les pays du Golfe se sentent menacés par le Printemps Arabe dont les effets risquent de se faire sentir chez eux. Ils ont vu s’effondrer, dans plusieurs pays arabes, les régimes dictatoriaux établis au siècle dernier et comprennent que, s’ils veulent conserver encore un peu leurs privilèges, ils doivent s’unir pour créer une entité nouvelle susceptible de dissuader les ennemis de l’extérieur tout en trouvant le moyen d’affronter les problèmes de l’intérieur. Telles sont les conclusions de l’institut saoudien.
Manifestation de chiites au Bahrein
En fait Bahreïn doit  faire face à une rébellion qui a débuté au début de l’an dernier. La famille royale sunnite au pouvoir peine à en venir à bout et a dû faire appel à son voisin saoudien. Craignant les conséquences dramatiques qu’aurait la chute du régime pour toutes les monarchies du Golfe, ce dernier dépêcha 1.500  soldats  et des tanks appartenant au «Bouclier du Golfe». Il s’agit de la force spéciale créée dans les années 80 dans le cadre de l’accord de défense des six pays du Golfe dont la mission était de protéger chacun des pays membres contre une attaque venue de l’extérieur. Cette force qui compte 30 000 soldats est stationnée et s’entraîne dans le nord de l’Arabie Saoudite à proximité de la frontière   avec l’Irak et le Koweït. Il n’y avait pas d’attaque extérieure contre Bahreïn mais les saoudiens ont estimé que la situation constituait un danger véritable pour tous les pays de la région et justifiait l’intervention de la force.

Invasion saoudienne

Entrée des saoudiens au Bahreïn

L’Iran condamna en termes virulents «l’invasion saoudienne», qualifiée d’ingérence dans les affaires intérieures de Bahreïn. Les puissances occidentales condamnèrent mollement ; toutefois les États-Unis déclarèrent un embargo de la vente d’armes à Bahreïn…. Mais pas à l’Arabie Saoudite. Il y a encore des manifestations sporadiques et la force d’intervention est toujours en place. La forte majorité chiite du pays proteste contre la discrimination et l’oppression dont elle est l’objet de la part de la minorité sunnite au pouvoir. Selon Bahreïn c’est l’Iran qui fomente la sédition pour faire tomber les sunnites et «récupérer» Bahreïn qu’elle considère comme sa quatorzième province.
L’Arabie Saoudite n’est pas épargnée ; l’an dernier des émeutes ont éclaté à l’est du pays où la minorité chiite se plaint aussi de discrimination. Le gouvernement a réussi  à y mettre fin par la force – et a distribué des milliers de dollars à chaque famille. Le calme est revenu mais le feu couve sous la cendre. En dépit du silence des médias, on sait que des affrontements sporadiques ont lieu un peu partout  et sont violemment réprimés.
Les pays du Golfe sont parfaitement conscients de la menace existentielle qui pèse sur eux mais n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la façon de réagir. Ils ont beau se méfier désormais de l’Amérique, ils savent que c’est leur principal défenseur. Il s’agit d’une communauté d’intérêts. La plus grande base navale américaine, hors du territoire américain, est située à Bahreïn ; les trois bases américaines au Qatar ont grandement facilité la guerre contre l’Irak ; Koweït a été le principal point de transit des troupes américaines vers l’Irak et c’est aujourd’hui encore un point stratégique pour les États-Unis face aux événements d’Irak. Enfin et surtout, les américains ont déployé une force navale considérable dans le Golfe à proximité des détroits d’Ormuz. Les porte-avions qui patrouillent dans toute la zone constituent une force de dissuasion sérieuse face à la menace iranienne de bloquer les détroits. D’un autre côté les américains n’ont pas réussi à installer une base de missiles antiaériens dans la région parce que les six pays du Golfe n’arrivent pas à se mettre d’accord sur ce point.
Porte-avions USS Stennis au détroit d'Ormuz

Dissuasion

L’Arabie Saoudite et ses alliés du Golfe doivent impérativement créer un système de dissuasion, si insuffisant soit-il : telle est la conviction de Ryad. Il y a plusieurs années déjà, la monarchie saoudienne avait déclaré que si l’Iran se dotait de l’arme nucléaire, elle n’hésiterait pas à s’engager aussi dans la course à l’arme atomique.  Une déclaration que l’Iran a traitée par le mépris. Vers la fin de l’année dernière les saoudiens ont invité le Maroc et la Jordanie à faire partie du Conseil de coopération du Golfe, dans le but de  former un bloc conservateur pour se défendre des ennemis de l’extérieur et de l’intérieur. On ne voit pas très bien comment ce bloc aurait changé le rapport de forces vis-à-vis de l’Iran ; quoi qu’il en soit l’initiative a été abandonnée, l’Arabie Saoudite ayant compris qu’il lui faudrait contribuer des sommes considérables pour aider les économies de ces pays très pauvres. De plus, la Jordanie se refuse à s’aligner sur la position  de Ryad  qui soutient activement les révolutionnaires syriens et fournit des armes à l’armée syrienne libre. Pourtant l’assistance de la Jordanie, qui dispose d’une longue frontière avec la Syrie, aurait été précieuse. Les saoudiens ne cachent pas leur volonté de faire tomber le régime d’Assad, ce qui aurait pour conséquence d’affaiblir l’Iran qui est le principal allié de ce régime.
Armée jordanienne
Créer une union des pays du Golfe comme le propose le souverain saoudien apparaît donc comme une tentative désespérée pour réunir tous ces pays sous son autorité, établir un commandement militaire commun, coordonner les achats d’armes aux États-Unis et entraîner les troupes de façon à en faire une force aussi performante et dissuasive que possible. La tâche n’est pas facile et la plupart des commentateurs ne lui donnent aucune chance.
On sait, de ce qui a filtré avant le sommet, qu’il est question de procéder graduellement. Dans un premier temps Bahreïn, où la situation est la plus critique, se joindrait à l’Arabie ; les autres pays suivraient. Seulement ces pays craignent légitimement d’être «avalés» par leur puissant voisin et de perdre leur indépendance. Ils se demandent aussi dans quelle mesure une union renforcerait leur position vis-à-vis de l’Iran et les aiderait à résoudre leurs problèmes internes. Le grand rêve saoudien, une véritable union de toute la péninsule arabe – Yémen excepté – recouvrant 2.8 millions de kilomètres carrés, paraît irréalisable. Qatar et Oman, qui ont de bonnes relations avec l’Iran, ne veulent pas fâcher ce pays ; ils sont prêts à accepter une union économique limitée, sans plus. Les Émirats Arabes Unis n’ont toujours pas réglé leur vieux différend territorial avec l’Arabie Saoudite ; de plus des questions économiques les opposent. Le Koweït ne s’est toujours pas prononcé, sa forte minorité chiite s’opposant toute union avec l’Arabie Saoudite «défendeur des sunnites» ; il agit donc avec la plus grande prudence. Bahreïn est donc seul à soutenir ouvertement le projet, bien que là encore, il lui faudra tenir compte de sa propre minorité chiite  qui a déjà proclamé son opposition à l’union.

 Report projet union

Le projet d’union a donc été renvoyé à un sommet ultérieur. Ses chances sont minces. En tout état de cause, il ne s’agirait pas d’une véritable union effaçant les frontières entre les pays qui ne seraient plus membres des Nations Unies, mais plutôt de quelque chose de semblable à l’Union européenne. Faut-il rappeler que malgré tous leurs efforts les pays du Golfe n’ont toujours pas réussi à créer un marché commun ou une monnaie unique ? L’Arabie Saoudite va devoir se pencher sur le côté économique du projet, bien que ce qui l’intéresse, c’est d’unifier défense et politique étrangère sous sa direction.
De toute façon, cela ne changerait guère la situation face à la menace iranienne bien que Téhéran ait fait savoir combien le projet l’irritait. Son parlement a accusé les saoudiens de vouloir «annexer Bahreïn», ajoutant une menace à peine voilée : une telle mesure plongerait la région dans le chaos et les saoudiens se retrouveraient avec les problèmes de Bahreïn. Larijani, le président du parlement a dit que Bahreïn serait un morceau difficile à digérer pour l’Arabie saoudite. Un autre parlementaire a même demandé l’annexion immédiate de Bahreïn. Ce à quoi le ministre saoudien des affaires étrangères a répliqué que l’Iran n’avait pas à s’immiscer dans les relations entre les deux pays.
Larijani
Les pays du Golfe – et l’Arabie en premier lieu – sont profondément inquiets mais n’arrivent pas à élaborer ensemble une solution politique, militaire ou économique  susceptible de changer les données du problème. Ils sont incapables de représenter une force de dissuasion, incapables aussi d’empêcher la progression des idées révolutionnaires, nées du printemps arabe, qui demandent la fin des dictatures et de profondes réformes. Même en Arabie Saoudite des voix se font entendre pour réclamer l’instauration d’une monarchie constitutionnelle semblable à celles de l’Europe, où le parlement élu gouverne et le monarque n’est plus que le symbole de l’unité de la nation. Rien n’indique que la famille royale soit prête à envisager un changement aussi radical.
Les américains continueront donc à être le seul rempart véritable contre les convoitises iraniennes. Washington ne ménage pas ses efforts pour renforcer ses alliés, tant en achetant leur pétrole qu’en effectuant des transferts de technologie et en vendant d’énormes quantités d’armes sophistiquées à l’Arabie Saoudite et aux Émirats. Les ventes d’armes au Bahreïn ont repris. Le problème est que l’Amérique et ses alliés européens se montrent incapables d’arrêter l’Iran dans sa course à l’arme atomique. Si l’Iran réussit dans cette course, la situation dans la région serait radicalement changée. Alors, au fond d’eux-mêmes, plus d’un pays du Golfe rêve d’une attaque israélienne sur les sites nucléaires iraniens qui les délivrerait - fut-ce pour un temps – de la menace. D’un autre côté, on ne voit pas très bien  ce qui pourrait sauver les pays du Golfe et surtout l’Arabie saoudite d’un soulèvement.


1 commentaire:

Hubert NATAF a dit…

Les ennemis de nos ennemis sont nos amis; les pays pétroliers font tellement d'argent et déséqilibrent le système financier mondial, cela ne va pas durer