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mercredi 30 mai 2012

EGYPTE : C’EST LA LUTTE FINALE Par Zvi MAZEL



EGYPTE : C’EST LA LUTTE FINALE

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs


Mohamed Morsi et Ahmed Shafiq

Pauvres égyptiens ! Un an et demi après la révolution, c’en est fini des grandes espérances. Le second tour de la présidentielle va les forcer à un choix cornélien : Mohammed Morsi, candidat des Frères musulmans, ou Ahmed Shafiq, ancien commandant en chef de l’armée de l’air, dernier premier ministre de Moubarak, candidat «indépendant» proche de l’ancien régime et de l’armée. En tout état de cause la junte militaire s’est engagée à remettre les clés du pouvoir au président élu le 1er juillet, mais le chemin est encore semé d’embuches.


A la recherche d’un leader

La queue devant un bureau de vote

C’est en vain que les électeurs ont cherché un leader charismatique, un homme nouveau porteur d’espérance. N’en trouvant pas, ils ont voté dans le désordre. Alors le candidat des Frères a dû se contenter de 24,7% des voix et Shafiq de 23,6%. 52 % des suffrages exprimés se sont donc détournés des deux «gagnants» qui vont s’affronter au second tour.  Amr Moussa et  Abdel Foutouh ont obtenu respectivement 11% et 17%. Pourtant certains sondages les donnaient favoris….  
Abdel Foutouh était présenté comme modéré par les médias occidentaux, ce qui ne trompait pas les égyptiens qui savaient qu’il représentait un islam pur et dur. Le candidat du parti néo nassérien Karamé a créé la surprise en arrivant troisième avec 20,7%. Hamdein Sabahi, relativement jeune à 58 ans, représente l’extrême gauche et le nationalisme panarabe ; il prônait l’annulation du traité de paix avec Israël.
Avant le premier tour, Morsi déclarait haut et fort son intention d’instaurer un régime basé sur la charia puis de rétablir le califat et, accessoirement conquérir Jérusalem. Aujourd’hui, parce qu’il a besoin de ratisser large pour gagner, il change de ton. Selon al-Jazzera, la chaîne-TV qui s’est mobilisée pour soutenir la Confrérie des Frères Musulmans partout dans le Moyen Orient,  Morsi s’engage à s’entourer de vice-présidents et de conseillers représentant les jeunes de la révolution, les femmes et les coptes…. et à tenir compte de leurs avis. Il cherchera, dit-il, à former un gouvernement de large coalition et son premier ministre ne sera pas «forcément» issu de la Confrérie. Autre engagement, celui de revoir la composition de l’assemblée constituante afin que tous les courants y soient représentés.  Enfin, son parti assurera le respect des droits de l’homme, y compris en ce qui concerne les femmes, qui pourront travailler et s’habiller à leur gré, et les coptes qui seront égaux en droits aux musulmans.

Charia et islam


Le problème avec ce beau discours  est qu’il est en contradiction totale non seulement avec ce que Morsi disait avant le premier tour, mais encore et surtout avec les principes fondateurs de la Confrérie : application rigide de la Sharia et suprématie de l’islam par rapport aux autres religions, refus de la législation des hommes, tout devant venir d’Allah. Or rien, absolument rien, ne laisse supposer que la Confrérie envisage d’abandonner les convictions pour lesquelles  elle s’est battue et a été persécutée depuis 1928. Morsi s’engage, s’il est élu, à démissionner du parti «Justice et Liberté» - mais pas de la Confrérie, à laquelle il a prêté serment et à laquelle il doit toute son allégeance ; la présidence ne vient qu’en seconde place.
Lors des élections au parlement, il y a un peu plus de six mois, le taux de participation avait été de 62%. Pour le premier tour des présidentielles, il n’était plus que de 46%. Une partie du public a donc perdu confiance. Par deux fois les Frères musulmans sont revenus sur leur parole : ils s’étaient engagés à ne présenter des candidats que pour 30% des sièges, et ils en ont présenté pour la totalité. Ils avaient aussi juré de ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle. C’est ce qui explique leur échec : aux législatives ils avaient obtenu 47% des voix, au premier tour des présidentielles 24,7%, soit la moitié seulement.

Perte d’influence

Plus grave encore, Alexandrie, leur fief traditionnel est revenu à Sabahi et, au Caire, Morsi n’est arrivé qu’en troisième position. En fait, leur véritable force se situe,  sans doute, entre un quart et un tiers de la population et leur succès aux législatives traduisait plutôt un rejet de l’ancien régime. Beaucoup de ceux qui avaient voté pour eux alors ont pris peur devant leurs efforts pour s’emparer de tous les rouages du pouvoir.
Conscients du danger, les Frères ne ménagent pas leurs efforts pour récupérer les voix qui s’étaient dirigées sur Abdel Foutouh, Sabahi et Moussa. Ils affichent des positions libérales qui n’ont rien à voir avec l’idéologie islamiste pure et dure de leurs fondateurs, une idéologie pour laquelle ils se sont battus et au nom de laquelle ils se sont présentés aux élections. Cherchant à vaincre à tout prix, ils perdent un peu plus de leur crédibilité.
Ahmed Shafiq, homme d’expérience, a fait toute sa campagne sur le retour à la normale, la sécurité dans les rues et les réformes économiques indispensables pour sauver une Egypte au bord du gouffre. Il n’a obtenu que 23,6% des voix car, pour beaucoup, il est l’homme de l’ancien régime. L’obstacle est de taille. Les égyptiens sont-ils prêts à voir à leur tête celui qui fut le dernier premier ministre de Moubarak et qui porte sa part de responsabilité dans la répression qui a fait des centaines de victimes parmi les révolutionnaires ?

Accusation de corruption

Cela n’est d’ailleurs pas son seul problème. Les Frères ont porté plainte contre lui pour des faits de corruption ; le parlement a passé une loi interdisant aux anciens premiers ministres et vice-présidents de se porter candidats à de hautes fonctions publiques. La constitutionnalité de cette loi est douteuse et le conseil constitutionnel doit statuer à une date non précisée. Si la loi était acceptée, les élections seraient annulées et il faudrait reprendre tout le processus ; ce serait peut-être alors Sabahi qui serait élu.
Graffitis sur les murs du Caire : "A bas le régime des militaires. Non aux procès militaires contre les civils"
En attendant la junte militaire a les rênes bien en main ; beaucoup pensent qu’elle fera tout  pour empêcher les Frères de remporter l’élection, craignant qu’en cas de victoire ils ne s’empressent de démettre les généraux de l’ère Moubarak et d’accélérer l’avancement des officiers qui leur sont fidèles. Il a été question aussi que les Frères forment leur propre milice pour l’opposer à l’armée. La junte n’a probablement pas dit son dernier mot et ne se laissera pas faire sans se battre. D’ailleurs il n’est pas sûr que les lois d’urgence, censées prendre fin le 31 mai, ne soient pas une nouvelle fois prolongées. Selon un ancien procureur général de l’armée, si des violences devaient se produire, la junte en discuterait avec le parlement.
Ahmed Shafiq jouit du soutien de l’armée et des partisans de l’ancien régime, qui ont conservé leurs postes dans tous les ministères, les conseils régionaux, les conseils municipaux et les conseils de villages. Il n’a pourtant recueilli que 23,6% des voix. Il bénéficiera sans doute au second tour des voix des élites et de la grande bourgeoisie qui aspirent au retour au calme, et de celles des coptes qui craignent à juste titre la mainmise des Frères musulmans sur le  pays.

Les Frères en embuscade

Selon diverses estimations, cent mille coptes auraient quitté l’Egypte depuis la révolution qui a provoqué une recrudescence des attaques contre leurs églises et leur communauté. Une victoire des Frères accélérerait le processus tout en radicalisant les jeunes coptes qui s’organisent et ne veulent plus être des citoyens de seconde zone dans leur propre pays.
Si Shafiq est élu, il lui faudra composer avec un parlement islamiste, mais il sera en mesure d’influencer le choix des membres de la constituante de façon à ce que la constitution ne soit pas islamiste. Il pourra peut-être faire dissoudre le parlement, le conseil constitutionnel examinant actuellement un recours contre les élections législatives au motif que les candidats indépendants auraient été injustement discriminés par rapport aux candidats présentés par des partis. Le jugement devrait être rendu dans les prochaines semaines et le président élu pourra user de son influence….
En cas de nouvelles élections les Frères auront du mal à renouveler leur exploit et à obtenir 47% des sièges. Ce qui est une nouvelle raison pour eux de se battre de toutes leurs forces et d’utiliser tous les moyens pour faire élire Morsi : mensonges et calomnies mais aussi fatwas, décrets religieux, interdisant de voter Shafiq. C’est une violation flagrante du règlement électoral mais ils s’étaient ainsi conduits sans impunité pour le premier tour, la junte préférant ne pas intervenir à ce stade pour ne pas enflammer davantage encore les esprits.

Manifestation contre Shafiq
Dans cette campagne décisive, chacun tente de convaincre mais le recours à la violence n’est jamais loin. Les bureaux de Shafiq ont été incendiés. Le fait est qu’il s’agit ici d’un combat à la vie ou à la mort. Les candidats sont prêts à offrir à Sabahi et à Moussa un poste de vice-président ; Morsi cherche aussi à recruter Abdel Foutouh. Tous deux promettent aussi monts et merveilles aux partisans de ces trois leaders.  Pour le moment, seul  Abdel Foutouh a appelé ses électeurs à voter pour Morsi. 
Sur le papier, ils ont ensemble 44% ce qui est insuffisant, d’autant que les musulmans modérés ralliés à Abdel Foutouh hésiteront à voter pour Morsi qui est considéré comme l’un des plus extrémistes du mouvement des Frères.  Sabahi et Moussa hésitent. Le premier est profondément antireligieux et voudra sans doute conserver son indépendance et laisser ses électeurs libres de faire leur choix. Moussa n’est guère plus religieux mais songerait à se rallier aux Frères ; il ne s’est pas encore prononcé. Shafiq proclame à qui veut l’entendre qu’il sera fidèle à la révolution et que jamais, au grand jamais, il ne reviendra à l’ancien régime.
Le changement en Egypte par PESSIN de Slate
Et n’oublions pas que depuis la révolution nous allons de surprise en surprise.

1 commentaire:

Hubert NATAF a dit…

Le peuple n'est pas fou, maintenant tous les coups sont permis