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vendredi 13 avril 2012

RAYMOND AUBRAC : L'HOMME DE GAUCHE


RAYMOND AUBRAC : L'HOMME DE GAUCHE

Par Jacques BENILLOUCHE

Raymond Aubrac

Les gaullistes historiques se sont tous retrouvés autour de Jacques Chirac mais ils ont banni Nicolas Sarkozy de leur cercle le jour où son soutien à Balladur en 1995 fut interprété comme une  trahison vis-à-vis de leur leader spirituel. Depuis ils vouent à son égard, sinon de la haine, au moins de la rancune. 


Héros de l’ombre

En tant que président de la république, Nicolas Sarkozy s’est trouvé contraint de faire l’éloge funèbre d’un gaulliste historique, Raymond Aubrac, né Raymond Samuel, grand résistant juif, ami de Jean Moulin et figure héroïque de la résistance contre les nazis. Le président a dû glorifier «l’un des héros de l’ombre qui ont sauvé l’honneur de la France, à un moment où elle semblait perdue». Mais il n’avait pas cherché à savoir si ce héros était de son bord, ni même soulever le fait que Raymond Aubrac se classait parmi ses adversaires irréductibles, au point de soutenir ouvertement François Hollande.
Le résistant n’avait jamais caché ses accointances socialistes. Il avait même été, un certain temps, un compagnon de route du parti communiste français. Il a milité jusqu’à la dernière minute de sa vie et, malgré son âge, il allait au devant des jeunes pour défendre les idéaux gaullistes et pour les mettre en garde contre toute dérive raciste. Une année auparavant, à 96 ans, le 4 juillet 2011, il s’était rendu à une manifestation à la Bastille avec une centaine de militants des droits de l’homme pour protester contre la politique sécuritaire du gouvernement français. Il s’était fait entendre à la tribune en lisant un manifeste qui était un véritable brûlot contre le président qui gouverne dans «la haine et le rejet de l'autre», et un plaidoyer pour le respect des principes fondamentaux de la République. Les termes étaient éloquents et les mots libres de toute interprétation mais il s'agissait d'un véritable règlement de compte.
Un brûlot contre Sarkozy

«Depuis bientôt un an, les plus hautes autorités de l’État s’acharnent à dresser les citoyens les uns contre les autres. Elles ont successivement jeté à la vindicte publique les Roms et les gens du voyage, les français d’origine étrangère, les habitants des quartiers populaires, les chômeurs et précaires qualifiés d’assistés…. Parce que nous sommes attachés aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, nous ne supportons plus que la République soit ainsi défigurée, la laïcité instrumentalisée au service de la stigmatisation de millions de nos concitoyens, la xénophobie banalisée dans les propos de ministres et de députés qui prétendent parler en notre nom à tous. Nous refusons que la peur soit utilisée pour faire reculer nos libertés, que les inégalités soient encouragées par l’injustice fiscale, le recul des droits sociaux et la démolition des services publics…. Deux cent vingt-deuxième anniversaire de la prise de la Bastille, ce 14 Juillet est le dernier avant l’échéance présidentielle de 2012. Sachons nous en saisir, nous rassembler pour fêter la République de la meilleure manière qui soit : en appelant nos concitoyennes et concitoyens à faire respecter ses valeurs, aujourd’hui et demain. »

Lucie et Raymond Aubrac en 2006 à Mont-de-Marsan au mémorial aux enfants juifs

 Il en coûte à Nicolas Sarkozy de mettre en avant un illustre soutien de François Hollande. Il est probable qu'il se serait contenté d’un service minimum s’il avait eu en mémoire cette attaque sans concession contre son action à la tête de l’État. A moins qu’il n’ait été tenté, pour fédérer les gaullistes, de réveiller l’esprit national en surfant sur la mémoire du résistant Raymond Aubrac ou, pour lancer un clin d'oeil à une communauté meurtrie ces derniers jours, de se réconcilier avec le juif Raymond Samuel. La campagne électorale fait oublier tous les paradoxes.

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