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jeudi 5 avril 2012

LES DÉFIS DE SHAOUL MOFAZ, NOUVEAU CHEF DE L’OPPOSITION


LES DÉFIS DE SHAOUL MOFAZ, NOUVEAU CHEF DE L’OPPOSITION

Par Jacques BENILLOUCHE

                 
Shaoul Mofaz

          Shaoul Mofaz est devenu le chef de l’opposition en remplacement de Tsipi Livni, battue aux primaires du parti Kadima. La cérémonie d’investiture s’est déroulée le 2 avril à la Knesset. Le chef de l’opposition dispose dans le pays d’un statut officiel avec avantages et rang protocolaire. Il bénéficie de la part du gouvernement de certaines informations sécuritaires et participe, comme observateur, à certaines délibérations du gouvernement lorsque la situation sécuritaire du pays l’exige.

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Cheval de Troie



        Accusé d’être un cheval de Troie du Likoud au sein de son parti, il a tenu à préciser ses marques à l’occasion de son premier discours basé essentiellement sur le volet social, là où il pouvait se distinguer du parti de droite. Il a en particulier attaqué le gouvernement Netanyahou jugé, selon lui, responsable de l’augmentation du coût de la vie : «Le gouvernement parle beaucoup et fait peu, et il paiera ses promesses non tenues lors des prochaines élections». Il semble que Shaoul Mofaz tente de récupérer les électeurs de gauche, qui ont quitté le parti pour rejoindre les travaillistes, en axant son programme sur plusieurs textes de lois sociales, empiétant ainsi sur le traditionnel programme du parti travailliste. Le Likoud l’accuse d’être brouillon et de n’avoir : «aucune ligne politique claire et définie».
En effet, la carrière du nouveau chef de l’opposition n’est pas caractérisée par une constante dans ses prises de position et dans ses déclarations souvent contradictoires donnant l’impression qu’elles étaient guidées par le sens du vent. Il avait fait une incursion parmi les francophones  en voulant être leur représentant alors qu’il ne parle pas un mot de français. Il croyait pouvoir exploiter à son profit les luttes intestines qui déchirent cette communauté divisée. Il a dû se rendre à l’évidence que sa démarche était déplacée. Il vient d’ailleurs de prendre position officiellement dans l’élection du député français de la 8ème circonscription des français de l’étranger en affichant, dans une vidéo, son soutien au candidat Gil Taïeb.

Inconstance

Son inconstance s’était encore révélée en 2005 à la création du parti Kadima. Membre du Likoud, il avait écrit aux 3.000 membres du Comité Central pour les adjurer de «ne pas quitter la maison» mais il n’hésita pas, par opportunisme quelques jours plus tard, à rallier le dissident Ariel Sharon qui lui avait promis un poste ministériel. Dans sa nouvelle fonction de chef de l'opposition, il devra donc se modeler une image de dirigeant conduisant une politique stable. 
Ariel Sharon

Un important défi l’attend. Il doit freiner la perte de vitesse de son parti Kadima qui, selon un sondage du 29 mars, est crédité de 12 sièges contre 28 après les élections de février 2009 ; le parti travailliste obtiendrait de son côté 18 mandats sur 120 à la Knesset ce qui ferait perdre à Mofaz sa place de chef de l'opposition. En fait il se trouve coincé entre le parti travailliste à gauche, qui s’est refait une santé avec son nouveau leader, Shelly Yachimovich, et le nouveau parti centriste laïc de l’ancien journaliste de télévision Yaïr Lapid qui suit les traces de son père en recréant l’équivalent du Chinouï.  Pour les élections de 2013, il devra donc définir une stratégie et un programme originaux avec le risque de devoir affronter un scrutin anticipé en automne car Benjamin Netanyahou veut surfer sur la vague qui le désigne par avance victorieux avec 32 députés.
Shaoul Mofaz et Tsipi Livni

La défaite de Tsipi Livni laisse un goût amer à nombre de ses partisans qui risquent d’être tentés de quitter le parti. C'est un euphémisme de dire qu'ils se détestaient mutuellement et cet antagonisme a conduit le parti dans sa chute. Une vidéo du journal télévisé démontre l'état exécrable de leurs relations. Assis côte à côte, Shaoul Mofaz cherche le regard de Tsipi Livni qui ne l'écoute presque pas, se contentant de ponctuer l'intervention de son second par quelques "nifla" (parfait, formidable, merveilleux). Il devra inventer les moyens de la retenir pour éviter l’implosion de son parti. Il ne fait aucun doute que la guerre d’egos, qui s’est accentuée durant les débats des primaires de Kadima, a laissé des traces qui auront du mal à se cicatriser. Mofaz n'a rien fait pour aider Tsipi Livni et a préféré torpiller son parti pour en récupérer les miettes.

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Netanyahou en embuscade

Benjamin Netanyahou compte sur cette scission pour affaiblir Shaoul Mofaz et sur son inconstance pour l’amener dans son gouvernement de coalition. Shaoul Mofaz est un faucon qui reste très imprégné par les idées de droite et il est plus adapté dans un parti de droite qu’au centre où il doit taire certaines de ses convictions extrémistes. Son passage au parti centriste Kadima n’avait été qu’une décision opportuniste. D’ailleurs Tsipi Livni avait prévenu les militants que «sous sa direction, Kadima deviendra un Likoud bis». Mais les militants ont voté contre elle plutôt que pour l’ancien général parachutiste. Elle n’avait pas réussi à s’imposer au sein d’un parti qui la trouvait soudainement hautaine, prétentieuse et sans charisme alors qu’il l’avait été portée aux nues durant les élections de 2009. Mais la greffe n’avait pas marché parce qu’elle n’avait pas été à la hauteur des espérances qu’elle avait suscitées.
Le premier ministre a besoin de s’entourer d’officiers galonnés pour l’aider à prendre des décisions au sujet de l’Iran. Le fait que Shaoul Mofaz soit d’origine iranienne pourrait être un facteur symbolique et décisif d’autant plus que ses faits d’armes attestent de sa valeur militaire. Il est probable qu’il fera tout pour le convaincre à rejoindre la coalition. Héros de la Guerre de Six-Jours de 1967, il a ensuite pris le commandement de la brigade parachutiste pour devenir successivement commandant des régions militaires centre et sud d'Israël. 
Il a été naturellement, en 1998, nommé aux fonctions de chef d'État-major durant lesquelles il s’est distingué en étant le maitre d’œuvre de l’écrasement de la seconde intifada (2000-2005). En quittant l’armée, il a vite trouvé au sein du Likoud un poste politique qui le conduira au ministère de la Défense de 2002-2006. Bien qu'ayant quitté le ministère de la défense le 4 mai 2006, il traine avec lui la casserole de la guerre du Liban de juillet 2006 qui, selon certains, a été un succès mitigé parce que l'armée était mal préparée sous son ministère. Les gens du Likoud verrait d'autre part son retour au parti avec beaucoup de réserve car ils l’accusent de trahison en lui reprochant d’avoir soutenu et organisé le retrait de la bande de Gaza en tant que ministre de la défense.

Idéologie politique


Il devra surmonter sa discrétion là où Tsipi Livni n’avait pas réussi à occuper les médias et à convaincre les pays occidentaux. Mais il ne manque pas d’obstination car il aime le pouvoir sans pour autant se départir de pragmatisme. Ses adversaires ont toujours estimé qu’il n’avait aucune idéologie politique sauf celle de servir ses ambitions personnelles. Il n’a pas l’étiquette d’un homme de paix mais plutôt celle d’un guerrier. Il devra donc faire oublier son combat contre le processus de paix avec les palestiniens puisqu’il s’est opposé publiquement aux accords d'Oslo de 1993 sur l'autonomie palestinienne en les qualifiant de «pire erreur jamais commise par Israël».
Shaoul Mofaz n’est pas clair sur sa position vis-à-vis des palestiniens. Il avait montré, contrairement à Tsipi Livni, son opposition à la reconnaissance d'un État de Palestine à l'ONU. Mais ses partisans affirment qu’il peaufine son propre plan de paix qui préconise la création d’un État palestinien doté de frontières provisoires, suivie ensuite par des discussions sur le statut final de l’État avec solution pour les réfugiés et le statut de Jérusalem. 
Il doit relever le défi de donner une existence forte à une opposition jusqu’alors discrète, pour ne pas dire inefficace. Israël a besoin d’une opposition forte pour prendre les décisions qui s’imposent face à un processus de paix moribond et aux éventuelles concessions à faire. Le silence de Kadima a permis à Benjamin Netanyahou de choisir de ne rien faire. Shaoul Mofaz devra démontrer qu’il n’est pas la voix de son maître dans son parti. Sa tache sera difficile et les probabilités de son échec sont grandes. Il pourra alors réintégrer son parti d'origine pour laisser la nouvelle vague apporter un souffle nouveau à la politique centriste israélienne.

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