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dimanche 29 avril 2012

LA GÉNÉRATION DE LA MÉMOIRE... ET APRÈS?


LA GÉNÉRATION DE LA MÉMOIRE... ET APRÈS?

Par Sarah OLING



Aujourd'hui, 29 avril 2012. Journée nationale de la Déportation. Un jour pour que le monde se souvienne de la détermination du Peuple juif à ne pas oublier. Ce jour-là, comme tous les autres jours depuis leur «libération», ceux  qui sont revenus de cet indicible royaume de poussière et de cendre, auront  le même regard et les mêmes questionnements...


 
Souffrance par procuration


Les enfants de déportés et, par extension, tous leurs proches, connaissent bien ce regard. Être fils ou fille  de déporté, c'est avoir appris à ressentir, à l'ombre de ce regard, une souffrance par procuration. C'est aussi avoir au cœur un sentiment diffus de culpabilité et d'impuissance. Comment rendre à ces hommes et ces femmes ce qui leur a été arraché à tout jamais?  Non pas leurs biens matériels, mais le goût du bonheur des jours d'avant, ces jours dont ils parlent si peu, de peur, peut-être, d'être envahis par un trop plein de désespoir.  
Élevés à l'aune d'une tragédie, comment faire l'apprentissage de la légèreté? Que pouvons-nous transmettre? Quel est notre rôle? Quelle part devons-nous porter de cette histoire tragique, pour que tant de souffrance n'ait pas été totalement vaine? Comment ne plus se ressentir comme des enfants de victimes, victimes nous-mêmes de notre propre sentiment d'inutilité?  
Ces questions-là, je me les suis posées mille fois. Ma mission au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon, le recueil d'une centaine de témoignages  de déportés, d'enfants cachés et de Résistants, m'avaient un temps apaisée. J'avais contribué, pour l'Histoire, à la pérennité de ces témoignages que nul ne pourrait dès lors contester. 
Paroles inouïes


Et après?  Des chercheurs, des étudiants, dans le cadre normé de ce lieu d'Histoire, allaient entendre ces paroles «inouïes», soutenir un instant ces regards rescapés d'un monde englouti... Et après? 
Cet après de la mémoire de la mémoire par les témoignages, je l'ai étudié, analysé et j'ai compris que, tant d'années après, il devait prendre une autre forme. Trop de souffrance exposée, mise en perspective, agace, dérange, ouvre le champ de la contestation et du déni parmi ceux que la Shoah n’a pas approchés au nom de leur appartenance cultuelle ou identitaire. Et il en est ainsi pour tous les génocides, ceux du Rwanda, du Cambodge et de tant d'autres. 
Le devoir de mémoire, pour être constructif, objectif, audible, ne peut se concevoir que dans une universalité de cette transmission d'une histoire «vive». Cette universalité, «au nom de tous les miens», englobe aussi bien ceux vers qui cette transmission doit se faire que ceux qui en furent les victimes.  Sans oublier  dans cette lente litanie de faits les handicapés physiques et mentaux, les tziganes, les homosexuels, les francs-maçons, entre autres, entre tant d'autres... 
Gardons-nous de tomber dans le piège d'une «ghettoïsation» de la Mémoire, de peur que les ennemis de cette même Mémoire, par nous revendiquée, ne nous la fassent exploser au visage... Nous aurions alors vidé de son sens le concept de transmission.

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