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dimanche 15 avril 2012

IRAN-OBAMA : DIPLOMATIE DE LA DERNIERE CHANCE


IRAN-OBAMA : DIPLOMATIE DE LA DERNIERE CHANCE

Par Jacques BENILLOUCHE

         
Netanyahou et Obama au salon ovale

         Le président Obama veut encore miser sur une solution diplomatique avec l’Iran et il aborde la dernière ligne droite en mettant tous les atouts de son côté. Il sait que l’approche des élections américaines pourrait donner des velléités à Benjamin Netanyahou, poussé par certains membres de sa coalition à intervenir contre l’Iran avant le mois de novembre sachant que le peuple américain sera, quoiqu’il arrive derrière Israël. Mais comme l'Iran refuse un dialogue direct avec les Etats-Unis, en marge des réunions internationales, Barack Obama est contraint d'utiliser un intermédiaire fiable.



Un émissaire multi-cartes

Erdogan et Ahmadinejad

        Alors plutôt que d’envoyer ses diplomates sur le terrain, le président américain a choisi un émissaire, Tayyip Erdogan, qui avait déjà fait ses preuves. Le premier ministre turc avait l’avantage d’avoir affirmé son opposition à Israël, d’avoir marqué sa volonté de se rapprocher des pays arabes avec l’idée d’en prendre un jour le leadership et d’avoir maintenu des relations étroites avec Ahmadinejad. On le dit pourtant malade et fatigué après son opération du colon en novembre et sa deuxième intervention en février pour éliminer des polypes tandis que les rumeurs de cancer ne cessent de courir.
La Turquie entre, avec Israël, dans la stratégie américaine au Moyen-Orient. En confirmant Erdogan dans son rôle d’intermédiaire, les américains cherchent à lui ériger une stature internationale lui permettant de renouer dignement avec Israël, dans une position de force. Erdogan a adopté une attitude clairement pro-occidentale  dans le dossier syrien au point où son opposant turc Mustapha Kamalak, a estimé qu’il agissait «au détriment de l’intérêt national turc» en mettant en œuvre le plan américain contre la Syrie, en autorisant le déploiement de radars de l’OTAN sur le territoire turc et en créant une «zone sécuritaire» imposée par les occidentaux à la frontière syrienne. Il a apporté aux dissidents armés syriens un soutien pour combattre Al-Assad, suffisamment pour gagner ses galons d’ami américain.
Il était donc tout à fait désigné pour être le porte-parole des américains dans les dossiers sensibles. Il a participé au sommet sur la sécurité nucléaire en Corée du Sud, fin mars, puis s’est immédiatement envolé à Téhéran pour tenter de décrocher un accord nucléaire entre l’Iran et les cinq membres du Conseil de Sécurité de l’ONU. La Turquie accueillera d’ailleurs à Istanbul des discussions à ce sujet. Les bonnes relations turco-iraniennes datent de mai 2010 lorsqu’un accord a été signé, malgré l’opposition ferme de l’occident, pour l’envoi par l’Iran à la Turquie d’uranium faiblement enrichi en échange de combustible nucléaire pour les réacteurs nucléaires iraniens.
Risque de déflagration militaire

Cliquer sur le triangle noir pour voir la vidéo du départ des troupes américaines d'Irak

Erdogan est conscient de l’instabilité de la région qui tend à se dégrader, en Syrie certes, mais aussi en Irak où le retrait des troupes américaines risque de plonger le pays dans une nouvelle guerre de clans. Il sait que la Turquie subira de plein fouet les conséquences de ces guerres et c’est pourquoi il veut absolument empêcher une intervention militaire contre l’Iran en acceptant de jouer le rôle de médiateur. Ses bonnes relations avec Ahmadinejad et avec l’OTAN le poussent à convaincre l’Iran d’être moins intransigeant dans les discussions sur son programme nucléaire et à accepter de limiter l’enrichissement de l’uranium à seulement 20%, seuil acceptable pour les américains et les israéliens.
L’administration américaine est prête à trouver un arrangement avec l’Iran qui débloquerait les livraisons de pétrole avec, à la clef, une baisse des prix. Erdogan a donc prêché pour une suspension des nouvelles sanctions mais le résultat n’est pas évident. En revanche il aura le mérite d’avoir tenté de donner une chance à la diplomatie pour éviter une déflagration militaire au Moyen-Orient.

Donnant-donnant
Tayyip Erdogan et Barack Obama à Séoul


Barack Obama s’est entretenu avec Tayyip Erdogan à Séoul le 25 mars pour lui remettre un message personnel à l’ayatollah Ali Khamenei sur des points cruciaux. Il ne semble pas que le premier ministre ait réussi dans sa mission mais le dialogue a été ouvert. Cependant le Guide Suprême n’a pas apprécié que le premier ministre turc ait tourné casaque pour se ranger dans le camp occidental. La sanction est immédiatement tombée avec le refus des iraniens, à priori, de choisir la Turquie comme lieu des négociations sur le nucléaire.
Barack Obama ne veut plus de palabres stériles. Il veut que les iraniens montrent qu’ils sont prêts à des compromis. Il refuse dorénavant les négociations secrètes et préfère la diplomatie officielle qui a l’avantage de satisfaire les russes et les chinois. Il exige qu’un accord conclu avec l’Iran entraine l’arrêt de tout nouveau projet nucléaire. Il ne s’agit pas d’arrêter l’usine nucléaire de Fordo, près de Qom, mais de stopper le programme de recherche d’armes nucléaires et l’enrichissement d’uranium de 3,5% à 20%.

Tayyip Erdogan et Ali Khameini
Le président américain veut croire à la bonne volonté de l’ayatollah qui avait déclaré le 20 mars à la télévision : «Nous n'avons pas d'armes nucléaires et nous ne les construirons pas. Mais en cas d’agression de la part de nos ennemis, l’Amérique ou le régime sioniste, nous nous défendrons avec des attaques de même niveau». Il a demandé à transmettre le message que les Etats-Unis n’ont aucune intention de détruire la nation iranienne.  
Les iraniens ont fait comprendre qu’ils étaient de leur côté prêts à aider le président Obama dans sa campagne présidentielle américaine sachant bien sûr que le candidat républicain risquait d’avoir une position plus ferme vis-à-vis de l’Iran. Tayyip Erdogan a expliqué qu’une évolution du dialogue sur le nucléaire iranien aurait des répercussions positives sur le problème syrien. En particulier, il pourrait bloquer toute intervention arabe ou occidentale contre le régime de Bassar Al-Assad, l’allié de l’Iran.
Nouvelles initiatives

Il semble qu’Erdogan ait bien fait passer le message puisque le chef du Conseil iranien de sécurité nationale, Saeed Jalili, a annoncé que ses représentants étaient prêts à formuler de «nouvelles initiatives» au cours de négociations avec les six puissances mondiales à Istanbul : «Nous espérons que les puissances pourront entamer des pourparlers avec des approches constructives car le langage de la menace et la pression contre la nation iranienne n'ont conduit à des résultats.»
Des indiscrétions donnent des pistes sur ces initiatives. L’Iran accepterait d’enrichir l’uranium à 3,5% a condition qu’on n’exige pas de plafond sur les quantités. Le sujet de l’uranium enrichi à l’étranger n’est en revanche pas négociable. L’enrichissement de l’uranium à 20% pourrait s’effectuer selon une procédure déterminée et des critères précisés.
Une commission conjointe irano-occidentale statuerait sur les quantités nécessaires d’uranium à 20% pour faire tourner les réacteurs pour les besoins de recherche médicale. Tous les excédents seront exportés vers l’étranger ou retransformés en uranium à 3,5%. Enfin, en échange de la continuation de l’usine de Fordo, l’Iran pourrait signer le protocole de non-prolifération des armes nucléaires donnant le droit à des inspecteurs de l’AIEA de contrôler tous les sites nucléaires. Mais cette condition est suspensive à la signature du TNP par Israël.
Cette dernière condition, inacceptable par les israéliens, pourrait être l’alibi des iraniens pour quitter la table des négociations en reportant l’échec sur les occidentaux. Il semble donc, qu’à moins d’un miracle, la mission de Tayyip Erdogan subira un échec qui ouvrira la voie à toutes les incertitudes. L'Iran a réussi encore à gagner du temps. A la suite des discussions qui se sont tenues à Istanbul le 14 avril, les grandes puissances ont reporté au 23 mai à Bagdad les prochaines négociations sur le programme nucléaire.



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