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lundi 30 avril 2012

BALLE AU CENTRE Par Johann HABIB


BALLE AU CENTRE

Par Johann HABIB
Avocat israélien

Ainsi donc trois tendances lourdes semblent émerger du premier tour des élections présidentielles. Les français d’Israël et les juifs de France voteront en masse, à contre-courant, pour Nicolas Sarkozy. François Hollande sera largement élu président de la république. Son élection détériorera les liens entre les juifs de France et la République et, entre la France et Israël.
Sarkozy et Hollande au dîner du CRIF

Trois idées qu'il faut s'empresser de battre en brèche.



Qui vote pour qui?

Réaffirmons sans relâche qu'aucune étude digne de ce nom n'a été réalisée sur le fameux «vote juif» en France. Il sera donc impossible d'écrire de manière officielle que «les juifs votent Sarkozy». Les juifs votent sans doute comme les autres français car leurs préoccupations sont aujourd'hui les mêmes que leurs compatriotes : le pouvoir d'achat, l'emploi et l'avenir de leurs enfants. Bien sûr, une immense majorité sera plus sensible aux questions de sécurité et de politique extérieure mais il ne semble pas, dans ces domaines, y avoir de débat passionnant entre les deux finalistes.
En Israël, certes 82% des votants ont plébiscité au premier tour Nicolas Sarkozy, mais peut-on parler de représentativité lorsque seuls 15% des français inscrits aux consulats ont fait l'effort louable de se déplacer entre 8h et 18h un dimanche (jour ouvré en Israël) et d’affronter entre une demi-heure et une heure et demi d'attente avant de pouvoir voter?

Une élection se gagne au centre

Nicolas Sarkozy, dont la célérité du parcours politique est indéniable, a su, jusqu'à présent, écarter habilement tous ses concurrents. Le déclarer vaincu serait une erreur d'appréciation. Certes, sa pêche aux voix d'extrême-droite est hasardeuse, mais lors de son dernier discours à Toulouse, il s'est servi des ralliements hétéroclites de Jean Marie Bockel, Rama Yade ou Claude Allegre, pour capter les électeurs du centre.
S'il est réélu, les socialistes ne pourront pas échapper à une profonde mutation car ils n'auront pas représenté un vote majoritaire d'adhésion depuis 1988. Pour sa part, François Hollande a fait un appel du pied aux électeurs de François Bayrou notamment en invoquant à Bercy la «moralisation de la vie publique». S'il l'emporte, l'UMP éclatera sans doute faute de chef charismatique et, alors, émergeront à nouveau deux pôles comme auparavant.
Dans un cas comme dans l'autre, le centre deviendra une nouvelle force de proposition influente. Ainsi, les violentes stigmatisations à la droite de Sarkozy ou à la gauche d'Hollande devraient perdre une grande partie de leur auditoire.

Catastrophe communautaire


A la perspective d'une éventuelle élection de François Hollande les juifs de France comme les français d'Israël, nous dit-on, s'attendraient à une catastrophe. Un pouvoir gangréné par des pro-islamistes dont le seul but serait de nuire à Israël et aux juifs. La fameuse doctrine Boniface (les candidats PS se distinguent sur le Proche-Orient)  aurait pris le dessus au PS. En 2007 on avait assisté à un vote de soutien enthousiaste pour Sarkozy de la part des mêmes qui aujourd'hui nous assènent tant d'inepties.
C'était avant la pluie de roquettes sur le sud d'Israël, l'opération «plomb durci» et sa condamnation inique à l'Onu, avant le vote à l'Unesco, avant Toulouse, avant les déclarations de Henri Guaino, avant que leur champion n'interfère odieusement dans la vie politique interne d'Israël en proposant le remplacement du ministre des affaires étrangères par quelqu'un qui lui convient mieux. Dès lors, malgré ces trahisons, on serait, nous explique-t-on en présence d'un vote de rejet en faveur de Nicolas Sarkozy. Faute de mieux.
Sans perdre de vue que les alliés du PS sont particulièrement virulents contre Israël, le score élevé du FN n'inquiète pas ceux-là même qui s'expriment. Certains auraient même reconnu voter pour ce parti. Mais qui s'exprime d'abord? Hormis certains agités du réseau social, adeptes de post haineux et de slogans infantiles, les déclarations de Richard Prasquier, président d'un CRIF qui ne représente plus que lui-même, sont inadmissibles et irresponsables. Par son soutien à peine voilé à un candidat et son rejet de l'autre il franchit une ligne rouge: un dirigeant communautaire ne doit pas donner de «tendance» ou de préférence car il engage ceux qui l'entourent. Il a commis une faute majeure. Cette faute se retourne contre ceux qu'il souhaite défendre.

Irrationnel
Quai d'Orsay

Richard Prasquier ne peut ignorer que la politique étrangère de la France s'écrit au Quai d'Orsay depuis de nombreuses années. Ses fonctionnaires, par opportunisme sans doute, n'ont jamais réellement caché leur hostilité envers les gouvernements israéliens. Il n'y a pas de raison que cela change, que le candidat socialiste ou son rival déjà en place l'emporte. S'il avait voulu, ce dernier si volontaire et omniprésent aurait eu cinq années pour rompre avec cette tendance.
Malgré cela, les relations économiques, les échanges universitaires, la coopération en matière de recherche entre Israël et la France se sont énormément intensifiés ces vingt dernières années, et ce même dans les années où Dominique de Villepin, qui avait qualifié Israël de «parenthèse de l'histoire», était ministre des affaires étrangères et premier ministre. La réalité du terrain l'impose à l'idéologie même spectaculaire. Alors, bien qu'encore une fois la vigilance reste de mise, l'élection de l'un ou de l'autre ne devrait modifier ni la poursuite du tissage des liens profonds entre les deux pays, ni la situation des juifs de France.

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