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mercredi 28 mars 2012

KADIMA DANS LA TOURMENTE


KADIMA DANS LA TOURMENTE

Par Jacques BENILLOUCHE

                 

          Les résultats des primaires au parti centriste Kadima, le 27 mars, ont donné une large victoire à Shaoul Mofaz, l’ancien ministre de la Défense et ancien chef d’État-Major. Le résultat est sans appel, Tsipi Livni n’a pas été reconduite à la tête du parti, à une majorité de 61,7%. Ce résultat sonne le glas du centre en Israël. Toutes les tentatives antérieures d’implanter de manière durable un parti centriste ont toujours été vouées à l’échec, après avoir suscité une espérance au sein de l’opinion israélienne lassée du bipartisme.


Cheval de Troie
Ariel Sharon et Shimon Pérès

                Shaoul Mofaz a toujours été considéré comme un cheval de Troie du Likoud à l’intérieur de Kadima, chargé à court terme de ramener, vers leur parti d’origine, les dissidents conduits par l’ancien premier ministre Ariel Sharon. Il trainait avec lui les casseroles de l’échec relatif de la guerre du Liban de 2006 alors qu’il était au gouvernement. Il a annoncé sa volonté de battre Benjamin Netanyahou à l’occasion des prochaines élections prévues en octobre 2013 : «J'ai l'intention de gagner les élections générales et de mettre le premier ministre Benjamin Netanyahou en échec. Notre pays mérite un nouvel agenda social, un système de gouvernement différent, l'égalité des droits civiques, et plus de sérieux efforts pour parvenir à la paix dans notre région.»
Ce résultat pourrait favoriser l’émergence d’un nouveau parti politique en Israël, formé autour d’un journaliste célèbre de télévision, Yair Lapid, qui pourrait rallier une coalition de gauche. Son père Toni s’était distingué à la tête de Shinouï, changement, parti centriste sioniste, laïc et libéral. Attaché à l’idéologie sioniste, il prônait la séparation entre la religion et l'État comme fondement de sa politique. Aux élections de 2003, il avait remporté 15 sièges sur les 120 de la Knesset et avait été appelé à faire partie de la coalition au pouvoir. Son fils pourrait marcher sur ses traces.
Naïveté politique


Arrivée en tête aux élections de 2009, (28 élus à la Knesset sur 120) devant le Likoud (27) de Benjamin Netanyahou, Tsipi Livni n’avait pas accepté de bâtir une coalition de bric et de broc avec les nationalistes et les religieux et, par ailleurs, avait refusé les offres alléchantes de Netanyahou d’entrer au gouvernement. Ses partisans n’avaient pas apprécié qu’elle laissât la voie libre au Likoud, arrivé deuxième. Ils avaient estimé qu’elle avait fait preuve de trop de pureté politique en n’acceptant pas un choix opportuniste afin de rester le dernier bastion de la social-démocratie dans son pays. Ils attribuaient cette attitude à un manque d’expérience politique, ou pour le moins à une certaine naïveté. 
Les israéliens lui avaient pourtant donné mandat d’organiser l‘alternance démocratique pour traiter le conflit israélo-palestinien avec plus de réalisme. Mais en tant que chef de l’opposition, elle s’est montrée muette et inexistante face à l’opinion publique et n’a pas agi pour restaurer une image positive d’Israël au sein du monde occidental où elle disposait d’une aura. Michael Bar Zohar, historien du parti travailliste, avait condamné en privé son refus de constituer le gouvernement alors qu’elle avait reçu un mandat du président Shimon Pérès et avait prédit le sort qui lui est réservé aujourd’hui. Il avait interprété cette rebuffade à une crainte d’être au sommet des affaires de l’État.  
Mofaz et livni

Depuis les élections, elle était devenue discrète, trop discrète selon ses détracteurs. Elle aurait pu recapitaliser un courant historique en tissant les liens distendus avec la population arabe israélienne et avec les dirigeants palestiniens. Elle aurait pu préparer l’application du concept de deux États pour deux peuples. Elle aurait pu monter au créneau à l’occasion des manifestations contre la vie chère. Mais l'échec de Livni dans l'opposition a conforté l'idée que la cohabitation avec les arabes est une idée qui n'a plus cours et que seul le principe du transfert des populations arabes vers la Cisjordanie et de la séparation chère à Lieberman restera la seule solution.
Intérêts sécuritaires

Le général Mofaz rencontre Paul Wolfowitz secrétaire adjoint à la défense

Kadima sera dirigé par un faucon qui risque de privilégier les intérêts sécuritaires du pays face aux réalités sociales d’une population qui a réclamé les bénéfices de l’expansion économique lors des manifestations des tentes dans les principales villes du pays. Sa nomination ne pourra qu’accélérer la chute du parti dans les sondages et, en conséquence, sa scission car il est fort probable que Tsipi Livni n’acceptera pas de codirection. De nombreux électeurs retourneront au Likoud et d’autres rejoindront le parti travailliste rénové par l’ex-journaliste Shelly Yachimovich qui s’est attelée à promouvoir des réformes sociales indispensables. 

Dans la bataille d’égos, Benjamin Netanyahou sort vainqueur de ces primaires qui ne concernaient pas son parti. Il avait fait plusieurs avances à Kadima pour rejoindre la coalition afin qu’il se déleste du poids des nationalistes et des religieux. Il est fort probable, que dans l’attente des nouvelles élections, Shaoul Mofaz acceptera de rejoindre la coalition actuelle tant il est proche des idées du Likoud et tant il est rêve, à nouveau, à un poste ministériel. Le premier ministre israélien disposera alors d’un pouvoir sans partage qu’il usera pour renvoyer aux calendes grecques toute solution au processus de paix. Il risque alors d’enfoncer le pays dans un échec diplomatique persistant. Il obtiendra encore plus de poids face à Barack Obama et aura les mains libres pour éventuellement se lancer dans une aventure militaire cautionnée par l’iranien Shaoul Mofaz qui attend sa revanche de 2006.

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