ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

lundi 5 mars 2012

IRAN : ÉLECTIONS EN TROMPE-L‘OEIL



IRAN : ÉLECTIONS EN TROMPE-L‘OEIL

Par Jacques BENILLOUCHE


Les élections législatives ont débuté le 2 mars 2012 en Iran. 48 millions d’électeurs doivent choisir, parmi 3.400 candidats, les 290 députés du Majlis, parlement iranien. Seuls se présentent des conservateurs proches du pouvoir car l’opposition réformatrice a boycotté le scrutin pour protester contre la répression dont elle a été victime à l’occasion de la réélection du président Ahmadinejad en 2009. En effet, les leaders de l'opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, sont en résidence surveillée et les principaux partis réformistes ont été interdits. Ils ont préféré laisser les factions rivales conservatrices en découdre puisqu’elles n’affichent pas une position monolithique, si l’on se réfère aux nombreuses listes présentées à Téhéran et en Province. 
Hossein Moussavi

Influence sur le programme nucléaire

Khamenei-Ahmadinejad

Les observateurs politiques ne voient aucun enjeu notable dans ces élections ; or, le résultat peut influer sur la décision des israéliens à agir face au programme nucléaire iranien. Le conflit latent entre les deux branches conservatrices pourrait, selon les résultats, déboucher sur une solution pacifique avec les occidentaux. En effet, le président Ahmadinejad rencontre des difficultés dans son pays puisque l’ayatollah Ali Khamenei a limité ses pouvoirs afin de fragiliser son avenir politique. Le Guide Suprême a décidé d’éliminer plusieurs de ses soutiens dans la liste des candidats au Majlis.
Ali Khamenei voudrait préparer le remplacement du président actuel et dans ce but, il avait transmis ses directives à l’ayatollah Mohammad Kani, président de l’Assemblée des experts en charge de décider de la candidature des membres du bureau. Il aurait cherché à obtenir son départ anticipé mais ses conseillers l’ont mis en garde contre les remous que cela entrainerait bien qu’Ahmadinejad ait concentré sur lui les inimitiés de plusieurs cadres politiques, religieux et militaires iraniens. Ces derniers lui reprochent de concentrer plus de pouvoirs que ses prédécesseurs et de vouloir s’affranchir de la tutelle du Guide Khamenei. Ils ne lui pardonnent pas de n’avoir pas pu empêcher les manifestations anti gouvernementales qui avaient ébranlé le régime. Il a donc perdu le soutien de son mentor.

Crise économique

Enfin ils le rendent coupable de la forte crise économique qui sévit en Iran. La suppression des subventions sur les produits alimentaires et le carburant, aggravée par la chute de la monnaie, a touché toutes les classes iraniennes. D’ailleurs la campagne électorale a été axée sur les promesses d’un avenir économique meilleur plutôt que sur les diatribes guerrières. Des panneaux d'affichage promettent de «construire une maison convenable pour le peuple iranien » tandis que les sermons prêchent la nécessité  de se concentrer sur les plans visant à «améliorer la vie des gens ordinaires».
On accuse aussi Ahmadinejad d’être mêlé à la disparition de trois milliards de dollars auprès de banques iraniennes avec l’aide de l’un de ses proches et escroc, Amir-Mansour Aria, qui avait amassé une immense fortune en très peu de temps.  «C’est la plus grande affaire de corruption financière sans précédent de l’histoire» de l’Iran, avait déclaré Mostafa Pour Mohammadi, chef de l’unité des enquêtes judiciaires. Le journal Kayhan, qui reflète le point de vue des mollahs, avait accusé Aria d’entretenir des liens avec un proche d’Ahmadinejad, Esfandiar Rahim Masha’i, accusé par les conservateurs de défier l’autorité de la théocratie iranienne.

La relève
Larijani

Les autorités suprêmes à Téhéran espèrent donc discréditer le président en l’isolant  politiquement pendant les derniers mois de son mandat. La relève est assurée avec Ari Larijani, responsable des négociations sur le nucléaire avec l’occident et l’ancien ministre des affaires étrangères Ali Akhbar Velayati, conseiller de Khamenei pour les relations internationales. Ces deux faucons conservateurs, proches du Guide Suprême, poursuivraient la même politique  mais en utilisant une dialectique qui donnerait à penser aux occidentaux que la donne a changé.
Valayati
Velayati n’a jamais apprécié le discours belliqueux d’Ahmadinejad puisqu’il avait affirmé que «durant toutes ces années, l’action du Guide suprême a été fondée sur la conviction que le maintien de la paix mondiale passait par la reconnaissance de la souveraineté des États et par le respect des frontières internationales». C’est un discours qui plait aux occidentaux d’autant plus qu’il n’a jamais appuyé la doctrine de «rayer Israël de la carte». Il estimait au contraire qu’un compromis sur le nucléaire pouvait être trouvé avec les occidentaux. «La technologie et la maîtrise du nucléaire civil iranien doivent être préservées dans l’avenir. Ils constituent un acquis pour les objectifs pacifiques de l’Iran et un héritage de la génération de la révolution. Cet impératif s’exprime dans la participation au Traité de non-prolifération nucléaire auquel l’Iran a adhéré et qui lui donne des droits en contrepartie de ses engagements. C’est ainsi qu’un compromis pourra être trouvé entre les préoccupations communes à l’Iran et aux autres États». Avec ces élections, l’ère Ahmadinejad risque d’être révolue.
Cette lutte politique interne entre les deux tenants du conservatisme iranien met en lumière deux lignes concurrentes. Mais Ahmadinejad représente paradoxalement la ligne la plus pragmatique face à un Guide Suprême qui mise sur le nationalisme à outrance et qui se distingue de lui sur l’application stricte des lois religieuses et sur la nécessité de s’opposer aux occidentaux, aux américains en particulier. D’ailleurs en mettant son bulletin dans l’urne, le Guide Suprême a demandé aux électeurs de voter en masse pour «donner une gifle aux grandes puissances et pour montrer la détermination de la nation iranienne». Les deux clans s’appuient militairement, pour le président sur les Gardiens de la Révolution, et pour le Guide Khamenei sur les milices paramilitaires Basijis. Cela risquerait de mener à des conflits armés selon le résultat des élections. 
Milices Basijis
Le président Obama avait conseillé à Israël de temporiser en attendant justement le résultat de ce bras de fer qui pourrait conduire à sursoir définitivement toute intervention militaire contre les installations nucléaires iraniennes. C’est dire que les israéliens scrutent avec intérêt la situation à Téhéran. 

Aucun commentaire: