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mercredi 29 février 2012

VOTE JUIF ET ANTISEMITISME EN FRANCE



VOTE JUIF ET ANTISEMITISME EN FRANCE

Par Jacques BENILLOUCHE
                 
      Le dernier dîner du CRIF a réveillé le fantasme que la communauté juive pouvait, en tant que telle, peser aux élections françaises. Or il faut se rendre à l’évidence que le vote juif n’existe pas en France. Ceux qui rêvent à la constitution d’un groupe de pression influent se trompent, de même ceux qui ont la certitude, comme à l’UPJF (Union des Patrons Juifs de France), de pouvoir fonder un lobby à l’égal de l’AIPAC aux États-Unis. Edward Amiach, un de ses dirigeants, avait confirmé : «Cette association a, depuis sa création, annoncé que son domaine d’activité se situe dans le lobbying pour les juifs de France.» En fait, son organisation confondait espérance et réalité car la différence avec les États-Unis est de taille.
Richard Prasquier président du CRIF

Une minorité passive

Selon les sondages, le nombre de personnes, se déclarant en France de religion juive, atteint à peine 0,7% de la population. Le nombre de citoyens juifs, évalué à 400.000, ne peut pas être comparé aux six millions de juifs américains qui pèsent d’un poids certain dans l’électorat américain. Sauf à utiliser les poncifs des antisémites qui croient à la puissance illimitée du monde juif, la réalité est autre. D’ailleurs, même en Israël, les juifs francophones représentent une infime minorité du corps électoral français avec 33.100 inscrits. Or aux élections de 2007, ils n’ont été que 8.276 à se présenter aux urnes ce qui relativise le score de 84% enregistré par Nicolas Sarkozy. Sans compter que parmi eux figuraient des membres de la communauté religieuse catholique, des diplomates, des arabes palestiniens et des expatriés en mission temporaire. C’est bien peu pour influencer un vote ou pour peser de manière notable sur les candidats. En tout état de cause, les études démontrent que les juifs français se répartissent naturellement sur l’ensemble de l’échiquier politique, de la droite à la gauche. Une seule exception électorale notable a eu lieu en 1981 où la grande majorité des juifs s’était portée contre le président Giscard d’Estaing, donnant l’impression qu’un vote juif l’avait défait.
                L’influence juive sur les options politiques de la France n’est pas significative car alors le Quai d’Orsay n’aurait pas pu conduire une politique strictement anti-israélienne. Les organisations juives sont nombreuses, diversifiées, souvent concurrentes, et peu représentatives. Par ailleurs, il n’y a pas de tradition militante car la majorité de cette communauté, qui se retrouve essentiellement dans des institutions cultuelles, est issue d’une Afrique du nord arabe, où l’engagement politique était soit interdit, soit négligé par manque de culture politique. Certains pensent même que se poser la question du vote juif revient à franchir une ligne rouge. D’ailleurs Serge July a estimé sur RTL que : «Il n'y a pas de vote juif, c'est un pur fantasme, un vieux relent de l'antisémitisme d'autrefois.»

Cour assidue


Sarkozy et Hollande au dîner du CRIF

                On se demande donc pourquoi cette communauté fait l’objet d’une cour assidue de la part des politiques alors qu’elle est extrêmement minoritaire. On a pu constater qu’au dîner du CRIF, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient accepté l’invitation comme beaucoup d’autres personnalités françaises, sans pouvoir qualifier leur présence de politique ou de mondaine. Mais la politique n’était pas étrangère au cours de la soirée et la présence subliminale d’Israël était permanente. En invitant la famille de Guilad Shalit, le président français avait tenu à montrer son attachement stratégique à Israël.
            Les prises de position des juifs ont varié au cours de l’histoire parce qu’elles dépendaient de l’attitude des politiques vis-à-vis d’Israël. La communauté juive d’après guerre, rejointe par les exilés de l’Est très sensibles aux thèses marxistes, était profondément de gauche jusqu’aux années 1970, en raison de l’idylle franco-israélienne qui a duré de 1948 à 1958. Il y a eu ensuite un effritement au profit de la droite quand le Parti Socialiste a pris des positions nettement pro-palestiniennes.  
Ben Gourion, Dayan et Pérès en 1956
            Mais la notion de vote juif est apparue avec la répétition d’actes antisémites qui ont entrainé un sentiment d’insécurité auprès de la communauté juive. L’ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot, a tenu à nous réunir pour un point de presse afin de commenter les statistiques 2011 publiées par le SPJC (Service de Protection de la Communauté juive). Les actes antisémites ont diminué de 16% en passant de 466 à 389 malgré une augmentation du nombre des actions violentes. Le chiffre, le plus bas depuis 10 ans, est dû selon l’ambassadeur à la collaboration de la communauté juive avec les autorités sécuritaires françaises. Mais Christophe Bigot «ne voit aucun lien entre Israël et l’antisémitisme» tandis que les actes antisémites restent élevés, selon lui, parce que «l’antisémitisme est une pathologie» et qu’il n’y a pas de remède efficace pour l’instant.

Le FN et les juifs

Le Pen père et fille

            Mais ces actes antisémites ont déclenché un communautarisme et par conséquent un vote juif, souvent brandi comme une menace de radicalisation contre les candidats. Le Front National a été le seul à utiliser ce vote afin d’amener à lui des électeurs qui devaient, par leur soutien, accréditer l’idée que le parti nationaliste était le seul à rehausser les valeurs de la France et à défendre la communauté juive contre un islamisme envahissant. Marine Le Pen a compris, mieux que son père, que les quelques dizaines de milliers de voix juives peu significatives, qui se porteraient sur elle, ne lui seraient d’aucune utilité mathématique mais qu’elle devait surfer sur le désarroi de cette classe sensible de la population pour prouver qu’elle était la seule à prôner l’éradication du risque intégriste. Elle s’est donc adressée aux juifs, qui naguère avaient été voués aux gémonies par tous les groupuscules antisémites fédérés au sein du F.N, sans pour autant effacer totalement le fantasme antisémite qui attribue  à cette minorité juive l’illusion d’une puissance occulte. Elle a exploité les dérives islamiques des «printemps arabes» pour accroitre l’incertitude et les craintes de cette minorité, tellement aux abois, qu’elle semble prête à s’offrir à l’extrême-droite, même en Israël. 
La nouvelle présidente du Front national n'a de cesse de faire oublier l'antisémitisme chevillé au corps de son père. Marine Le Pen sait pertinemment que, si son parti veut progresser dans l’opinion française, il doit impérativement se débarrasser de l’étiquette infamante, de parti antisémite, qui lui colle à la peau. Seuls les juifs peuvent l’aider à cette fin. Elle a donc revêtu des habits neufs pour saborder ce qui faisait le fond de commerce de l’extrême droite : le racisme, la xénophobie, la préférence nationale. Elle ne tient pas de propos antisémites  mais elle  rejette, du bout des lèvres, les propos scandaleux de son père, qui citait il y a quelques jours Robert Brasillach, écrivain maudit de la collaboration, fusillé à la Libération. Mais le Front National veut attirer à lui le vote juif, non pas pour les quelques milliers de voix négligeables parmi les millions d’électeurs, mais pour lui permettre de se débarrasser des scories antisémites afin d’obtenir un certificat d’honorabilité politique. 
Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg


Le député socialiste, Arnaud Montebourg, et sa compagne journaliste antillaise, Audrey Pulvar,  ont rapporté avoir été pris à partie à Paris, le 28 février, par une quinzaine d'individus se revendiquant du Front national aux cris d'insultes antisémites. Cela prouve que si les dirigeants FN tentent d'afficher une image aseptisée de leur parti, en revanche, leurs militants ont du mal à se défaire des réflexes qui leur ont été inculqués durant de nombreuses années.
Mais la stratégie du parti s'est éloignée des horizons métropolitains. Sachant que le CRIF et d’autres organisations juives ont, pour habitude, de s’aligner systématiquement sur les positions prises par les israéliens, Marine Le Pen essaie d’obtenir un billet d’entrée au sein de la communauté juive. En envoyant un candidat se présenter en Israël au poste de député de la 8° circonscription, elle met les jalons pour se faire recevoir officiellement en Israël. Elle recherche le meilleur brevet de démocratie pour effacer aux yeux des juifs de France, mais aussi des non juifs, les accusations d’antisémitisme. Sa place parmi la droite républicaine lui sera alors accordée. Le vote juif minoritaire, s’il lui était acquis, lui permettrait par ailleurs de la présenter sous un jour acceptable par les juifs américains qui peuvent lui ouvrir les portes d’Israël. Car si Israël la reçoit, elle devient «cachère» et le vote sur son nom prouvera que son parti est devenu républicain et fréquentable.

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