ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

lundi 16 janvier 2012

UN PRINTEMPS AUX FRUITS AMERS par Zvi MAZEL


UN PRINTEMPS AUX FRUITS AMERS :

            L’ANNULATION DU PÈLERINAGE SUR LA TOMBE D’ABOU HATSEIRA

                                                                      Par Zvi Mazel
                                               Ancien Ambassadeur d’Israël en Egypte

Tombeau de Rabbi Abou Hatseira
            Le pèlerinage annuel sur la tombe de Rabbi  Abou Hatseira n’aura pas lieu.  Ainsi en ont décidé les autorités égyptiennes, évoquant «les circonstances» qui ne permettraient pas d’assurer la sécurité des délégations juives venant s’incliner sur la tombe du saint homme. De source égyptienne, on a aussi appris que les ambassades des pays envoyant le plus grand nombre de pèlerins – Israël, le Maroc et la Russie ( ?) avaient été informées que leurs ressortissants ne recevraient pas de visa.

                                   Un marocain en Égypte

          Bien sûr il se trouvera des gens pour dire qu’il s’agit d’une décision bien compréhensible compte tenu de l’instabilité qui règne dans le pays, des manifestations de haine contre Israël et de la montée en puissance de l’antisémitisme, d’autant que les partis islamistes sont en passe de remporter plus de 70 pour cent des sièges au parlement. D’autres voient les choses différemment: ils avaient espéré trouver plus de tolérance et de respect pour la liberté de religion dans la nouvelle Égypte émergeant de la révolution.
          Né en 1805 au Maroc, Yaakov Abuhatseira,  «Abir Yaakov» pour les  juifs du Maroc,  grand-père du Baba Salé inhumé à Nétivot,  était en route vers  Jérusalem  quand il décéda vers 1880 dans la petite ville de Damanhour à une soixantaine de kilomètres au sud-est d’Alexandrie. Il est l’objet d’une grande vénération pour sa connaissance de la Torah et de la Kabbale. Juifs égyptiens et juifs marocains venaient chaque année sur sa tombe à la date anniversaire de sa mort au début du mois de janvier pour la «Hiloula» traditionnelle. 
Rabbi Abou Hatsera

          Interrompu après la seconde guerre mondiale et la création de l’État d’Israël, le pèlerinage reprit avec la paix entre Israël et l’Égypte. C’est par milliers que les fidèles venaient du Maroc et d’Israël. Seulement, lorsque la paix se fit froide, sinon glaciale, la venue des pèlerins juifs commença à provoquer des réactions hostiles. Des campagnes de presse à caractère ouvertement antisémite dénoncèrent la tenue de la célébration, où certains voulurent voir un effort pour «judaïser» l’endroit  ou même y établir une colonie de peuplement israélienne, tête de pont d’une tentative de conquête du pays ; «on nous dit qu’un saint homme juif est enterré ici», a déclaré un habitant de la petite ville , cité par la Gazette égyptienne, «mais je vous le demande, un juif peut-il être saint ?»

                             Sentiments antisémites

          Les sentiments anti-israéliens exacerbés lors de la seconde intifada ont entrainé l’interruption du pèlerinage tandis qu’un procès a été intenté contre le gouvernement égyptien par un groupe d’opposants, l’accusant de mettre en danger l’Égypte en laissant entrer les pèlerins juifs. Il se trouva un tribunal pour ordonner, en première instance, la destruction du tombeau et l’arrêt définitif de la Hiloula. Le gouvernement fit appel de ce jugement et l’instance supérieure en «gela» provisoirement l’exécution. Le pèlerinage reprit en 2004 et un généreux donateur juif procéda à la nécessaire restauration de la tombe, qui était très dégradée.
          Refusant de céder à l’opposition islamiste, le gouvernement Moubarak avait tant bien que mal assuré le maintien de la célébration annuelle et la sécurité des pèlerins. Accusé d’être dictatorial et de violer les droits de l’homme, ce gouvernement est tombé. Paradoxalement, sa chute a dopé les attaques contre les juifs et contre Israël. Longtemps interdit, le mouvement des Frères Musulmans, fort de ses succès électoraux, n’hésite plus à étaler au grand jour l’idéologie antisémite de son fondateur, Hassan al Banna – «Les juifs sont responsables du déclin de l’islam et de l’Occident» -, et de son principal théoricien, Sayed Qotoub, auteur de «mon combat contre les juifs».

                       Les Frères musulmans à l’œuvre

          Cette année, à l’approche de la date du pèlerinage, ce fut un véritable déferlement de haine dont le but était d’empêcher l’arrivée des pèlerins juifs. Sous l’impulsion des Frères Musulmans, une quinzaine de représentants de partis et de mouvements politiques ont tenu une conférence de presse à Damanhour. Gamal Heshmat, député nouvellement élu du parti des Frères, qui porte le nom trompeur de «Parti de la liberté et de la justice», a annoncé la couleur : pour les juifs, venir serait «une opération suicide compte tenu de la résistance à la présence des juifs en Égypte ». Il a enchainé : «Le problème Abou Hatseira est le problème du peuple égyptien qui rejette la normalisation et aussi la présence de tout sioniste sur la terre égyptienne». Il reconnait que les accords de Camp David parlent de normalisation mais déclare «Nul ne peut obliger les habitants de Damanhour à accepter la normalisation». Il s’engage solennellement, avec l’aide de ses compagnons, à barrer la route à tout juif voulant pénétrer à Damanhour. Il existe selon lui d’autres solutions, et notamment la destruction du tombeau et le transfert des restes en Israël.
          Quant au délégué du parti Karame, à tendance nassériste, dont le chef appelle ouvertement à l’abolition du traité de paix, il voit dans le pèlerinage un premier pas vers une mainmise d’Israël sur l’Égypte. Le président de l’organisation des avocats de Damanhour, quant à lui,  annonce que son organisation va intenter un nouveau procès pour obtenir la destruction de la tombe et des tombes juives à proximité, conformément à  l’article 5 d’une loi de 1966 stipulant qu’il est permis de détruire un cimetière dans l’intérêt du public si on n’y a procédé à aucun enterrement pendant quinze ans, oubliant qu’il s’agit d’un site sacré pour les juifs.
          Il compte s’appuyer sur les attendus du jugement rendu en 2001 mentionné plus haut, dont voici des morceaux choisis : «Lorsque les juifs vivaient en Égypte, ce n’étaient que des tribus nomades sans aucune civilisation qui faisaient paître leurs troupeaux et vivaient dans des tentes : ils n’ont laissé aucune trace significative de leur présence au temps des Pharaons.  Le tombeau d’Abu Hatseira n’est donc que le tombeau d’un simple individu et non le vestige d’un lieu saint ayant une valeur culturelle ou religieuse quelconque, susceptible d’être considéré comme faisant partie de l’héritage de l’Égypte. Il s’en suit que la décision de Farouk Hosny, ministre de la culture, selon laquelle la tombe d’Abou Hatseira et les tombes juives à proximité sont aussi valables que des sites islamiques ou coptes, est en violation de la loi ; cette décision repose sur une erreur historique qui porte atteinte à l’essence du peuple égyptien, lequel est seul souverain de toutes les générations de la patrie. »

                                  Les juifs du pharaon

          Faut-il rappeler que les juifs ont continué à résider en Égypte  trois mille ans après l’ère des Pharaons, et qu’ils vivaient sur les rives du Nil bien avant l’arrivée de l’islam ? Faut-il évoquer leur contribution à l’économie, à la culture et même à la vie politique égyptienne ? Comment oublier les documents découverts à la Gniza du Caire, les juifs illustres comme Maimonide, le Ramban, que les égyptiens ont fait leur ? Plus près de nous, c’est au juif  Joseph Cattawi que le roi Fouad avait fait appel pour en faire son ministre des finances, à une époque – les années vingt et trente – où des athlètes juifs représentaient l’Égypte  aux Jeux Olympiques…
Leila Mourad


          Et n’oublions pas les stars de la scène et de l’écran….de la chanteuse Leïla Mourad au compositeur  Daoud Hosny La montée du nationalisme et de l’antisémitisme a sonné le glas d’une communauté florissante ; il y avait avant la seconde guerre mondiale 34 synagogues dans la seule ville du Caire.  Jetés malgré eux sur le chemin de l’exil, leurs biens spoliés, les 80.000 juifs d’Égypte se sont dispersés aux quatre coins du  globe.
          La question, qui se pose plus que jamais aujourd’hui, est de savoir ce que voulaient vraiment les jeunes qui manifestaient il y a tout juste un an, place Tahrir, pour réclamer liberté et démocratie. Étaient-ils sincères dans leur espoir d’une Égypte véritablement démocratique, tolérante et respectueuse des Droits de l’Homme ? Ou bien, ne parlaient-ils qu’au nom des musulmans sunnites qui sont la majorité ? On a de plus en plus l’impression que l’aube nouvelle dont rêvent les Frères Musulmans n’est qu’une autre forme de dictature où le fanatisme religieux, imprégné d’antisémitisme, fera tout pour s’imposer.

Aucun commentaire: