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dimanche 22 janvier 2012

OPPOSITION SYRIENNE : QU’IL EST LONG LE CHEMIN ! par Zvi MAZEL


OPPOSITION SYRIENNE : QU’IL EST LONG LE CHEMIN !

Par Zvi  MAZEL
Ancien Ambassadeur d’Israël en Egypte

          C’est en vain que depuis des mois les mouvements d’opposition cherchent le dénominateur commun qui pourrait rassembler les communautés ethniques ou religieuses qui constituent la Syrie. Cette absence de front commun explique en large mesure  pourquoi l’opposition n’est pas reconnue par la communauté internationale et ne reçoit pas l’aide que cette communauté a prodigué à la Libye. Assad peut encore continuer à affirmer qu’il représente la légitimité dans son pays et croire qu’il pourra sauver son régime au prix de quelques concessions.

OPPOSITION KURDE

          Ce qui s’est passé la semaine dernière illustre à quel point l’unification de l’opposition reste une chimère : aucun consensus ne semble en vue pour l’après-révolution. Le Conseil National Kurde – CNK – qui rassemble une grande partie de la minorité kurde a déclaré, le 18 janvier, qu’il suspendait sa coopération avec les autres mouvements d’opposition, faute d’avoir reçu des réponses satisfaisantes concernant la reconnaissance de la spécificité kurde à l’intérieur de la Syrie. Le Conseil  établi par le Congrès National Kurde, lors de sa réunion du 26 octobre dernier, regroupe 10 partis et environ 150 personnalités. Il devait prendre contact avec les organisations d’opposition pour souligner la nécessité de trouver démocratiquement une solution au problème kurde et plus précisément d’accepter le principe de l’auto-détermination kurde dans le cadre d’une Syrie unifiée.
          Au terme des deux mois alloués pour mener à bien cette mission, le constat fut amer : aucune des organisations contactées n’avait accepté de se prononcer.  Le CNK n’a pourtant pas l’intention de se tourner vers le régime Assad, avec lequel tous les ponts ont été rompus. Assad se refuse toujours à remettre en liberté les manifestants kurdes arrêtés malgré l’amnistie prononcée conformément aux engagements pris vis-à-vis de la Ligue Arabe. Rappelons que les kurdes, qui sont des musulmans sunnites mais ne sont pas arabes, représentent près de dix pour cent de la population syrienne, soit deux millions. Un quart d’entre eux n’a pas la nationalité syrienne – ou toute autre nationalité – et ne bénéficie d’aucun droit social ou autre. Le gouvernement poursuit une politique d’arabisation forcée ; l’usage de la langue kurde est interdit et les nouveau-nés ne peuvent être déclarés avec un prénom kurde. Il s’en suit de nombreux conflits durement réprimés. Au début de l’année dernière Assad s’était engagé à étudier la question des kurdes apatrides mais rien n’a été fait à ce jour.

OPPOSITION DIVISEE
Conseil de Salut National

          On peut tout de même se demander pourquoi des organisations d’opposition qui combattent la dictature et veulent établir une démocratie laïque se refusent à promettre une solution équitable du problème kurde.
          Toujours la semaine dernière, en fait ce même 18 janvier, une centaine d’intellectuels alaouites ont déclaré sur Facebook qu’ils soutenaient «l’intifada de la liberté» du peuple syrien et appelant tous les alaouites à participer au renversement du régime et à le remplacer par une nouvelle république syrienne reposant sur les lois, la démocratie et l’égalité de tous les citoyens. Ils déclaraient encore que nombre de membres de leur communauté partageaient leur point de vue, craignant que le pays ne plonge dans une sanglante guerre civile.
          Ces intellectuels en appelaient à toutes les organisations d’opposition, leur demandant de condamner les manifestations de haine contre telle ou telle communauté, manifestations qui sont dangereuses pour le pays. C’est la première fois que des personnalités appartenant à la communauté alaouite, qui est celle d’Assad et qui dirige le pays, osent dire ouvertement qu’ils coupent leurs liens avec leurs frères au pouvoir, lesquels menacent de plonger le pays dans une guerre civile dont la communauté serait la première victime. Cela signifie qu’au sein de cette communauté, plus d’un est convaincu que le président sera en fin de compte incapable de surmonter la crise. Là encore, les autres organisations d’opposition n’ont pas répondu à cet appel.

TROIS OPPOSITIONS CONCURRENTES
Conseil National Syrien

          Quelles sont ces organisations ? On peut les repartir en trois groupes : le plus important est le Conseil National Syrien. Formé le 2 octobre dernier à Istanbul, Il comprend un certain nombre de mouvements sunnites : une formation libérale créée en 2005, «La déclaration de Damas pour un changement démocratique» ; les Frères Musulmans, qui sont majoritaires au Conseil ; diverses personnalités sunnites indépendantes ; quelques représentants kurdes ; enfin des représentant des chrétiens assyriens. 
          A la tête de ce conseil on trouve Borhan Gallion, homme politique réfugié en France et n’appartenant à aucun parti. Officiellement le Conseil se bat pour créer un régime laïc où tous les citoyens seront égaux sans distinction de sexe, d’appartenance ethnique, religieuse ou politique. Un programme ambitieux sans doute là  pour jeter de la poudre aux yeux, compte tenu de la présence des Frères Musulmans. D’ailleurs le fait que le Conseil ne soit pas prêt à écouter les kurdes ne peut que renforcer les doutes concernant la façon dont il compte traiter les minorités. Officiellement le Conseil se prononce contre la création de milices sur une base communautaire et contre toute intervention extérieure, tout en demandant à la communauté internationale de protéger les citoyens syriens contre les forces de sécurité du régime. Une position bien ambiguë. Sans intervention militaire extérieure, comment protéger les citoyens ? On a bien vu que les observateurs de la Ligue Arabe étaient incapables d’arrêter les massacres.
          Deuxième groupe, la Coordination Nationale Syrienne des Forces pour le Changement démocratique, qui regroupe un certain nombre de partis de gauche, dont un parti communiste, un parti kurde et quelques opposants. La coordination a, elle aussi, refusé le dialogue avec les kurdes.
          Troisième et dernier groupe, l’Armée Syrienne Libre sous les ordres du Colonel Riad el Asa’ad. Composée de déserteurs de l’armée régulière, elle compterait vingt mille hommes, chiffre difficile à vérifier. Dotée d’armement léger, elle se livre au sabotage d’installations des forces de sécurité et apprend aux civils à se défendre. Dernièrement le flot des déserteurs est en hausse ; toutefois l’A.S.L n’est pas en état d’affronter les forces régulières.

STRATEGIE DE COMBAT

          Le Conseil National Syrien et la Coordination Nationale ont signé un accord de coopération le 31 décembre. Ces deux organisations s’engagent à  formuler ensemble la stratégie de combat, gérer la période de transition et déterminer la nature de la Syrie nouvelle. Difficile pourtant de concilier l’islamisme radical de l’une avec le gauchisme non moins radical de l’autre.  Le Conseil a par ailleurs conclu un accord avec l’Armée Syrienne Libre le 12 janvier. Il s’agit de coordonner l’action de l’opposition et de protéger les populations civiles, d’encourager les défections et de respecter l’indépendance de cette armée libre.
          Il faut encore mentionner Abdel Halim Haddam, ancien vice-président et ministre des Affaires étrangères de Hafez Assad qui, entré en conflit avec son fils Bassar, a dû s’enfuir en 2006 en France, où il réside. Il a créé un Front de Salut National formé essentiellement d’anciens politiciens. Le Conseil National Syrien s’en méfie du fait de son lourd passé. Abdel Halim Haddam demande ouvertement l’intervention du Conseil de Sécurité et même l’envoi de troupes.
          Bref, nonobstant des efforts d’unification sporadiques, l’opposition est incapable de présenter un front unique. Ses membres sont en contact avec la Ligue Arabe qui se refuse pourtant à la reconnaître comme le représentant légitime de la Syrie. Bien que la participation de ce pays à la Ligue Arabe ait été «suspendue», la Ligue traite avec Bassar et n’est pas disposée pour le moment  à demander l’intervention du Conseil de Sécurité, encore moins l’envoi de troupes.

ALLIES SOLIDES
Officiers russes et syriens à Tartous

          Bassar Al-Assad dispose encore de solides alliés. La Russie, qui a envoyé des navires de guerre au port syrien de Tartous pour montrer sa solidarité, est prête à mettre son veto contre toute velléité d’imposer des sanctions. L’Iran ne ménage pas ses efforts pour aider Assad et prendrait part à la répression des manifestations. Le Hezbollah, qui a besoin qu’Assad se maintienne au pouvoir pour continuer à recevoir armes et munitions, soutient le régime et aurait envoyé des hommes sur place. Malgré les déclarations fracassantes de certains dirigeants occidentaux, pour lesquels la chute du régime est une question de semaines, Assad tient bon. L’opposition syrienne n’a toujours pas réussi à mobiliser les classes moyennes sunnites de Damas et d’Alep ; les minorités chrétiennes et druzes restent dans l’expectative ; les kurdes, enfin, n’ayant pas reçu d’encouragement, hésitent à se lancer dans la bataille.
          Samedi le chef du Conseil National Syrien s’est rendu au Caire pour demander à la Ligue Arabe de soumettre enfin la question syrienne au Conseil de sécurité. Il souhaite voir des zones tampon entre soldats et populations civiles, des zones interdites de vol et peut-être même une force internationale de protection. Il y a peu de chances pour que sa demande soit écoutée. La Ligue Arabe va se contenter d’accepter les recommandations du chef de la délégation d’observateurs, qui vient de déclarer que la présence de la délégation avait entraine une baisse spectaculaire de la violence et du nombre des victimes. Des déclarations qui ne font pas l’unanimité. Quoi qu’il en soit, le drame syrien est loin de toucher à sa fin.

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