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samedi 10 décembre 2011

Syrie et Hezbollah, victimes inattendues du «printemps» arabe




Syrie et Hezbollah, 

victimes inattendues du «printemps» arabe

Par Zvi Mazel

Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)

Nasrallah avec Al-Assad

Cette semaine les alliés de l'Iran étaient sur la sellette : le président syrien Assad est venu clamer son innocence sur  une chaine américaine à grande écoute tandis que Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, faisait une de ses rares apparitions en public. Il est peu probable que  les deux hommes se soient concertés  malgré l’alliance militaire étroite qui les unit. Ils avaient tout simplement pris conscience du fait que la dégradation de la situation en Syrie constituait un véritable danger pour l’un comme pour l’autre et voulaient en appeler à l’opinion publique.

Rodomontades de Nasrallah


Assad cherche désespérément à convaincre la communauté internationale qui multiplie les sanctions ; Nasrallah, dont la survie dépend de Damas, veut rassurer ses partisans en multipliant les rodomontades et en clamant qu’en dernière analyse, c’est Israël qui paiera le prix du «printemps arabe».  Ils n’ont convaincu personne, bien au contraire ; il y avait quelque chose de pathétique dans le discours de ces deux leaders qui se refusent à voir que leur bateau coule tandis que l'influence chiite au Moyen-Orient décline.
Parlant à Barbara Walters sur la chaine ABC, Assad s’est couvert de ridicule : non, ce n’est pas l’armée qui a fait des victimes parmi les manifestants sans armes ; d’ailleurs ce n’est pas lui qui donne des ordres aux forces armées, et  il ne peut donc être tenu responsable de leurs actes, ajoutant qu’un dirigeant devrait être fou pour massacrer son propre peuple. En résumé,  on a pu voir que le président syrien n’avait plus rien à dire, ni à son peuple, ni à la communauté internationale. Est-il à ce point aveugle ou bien ne veut-il pas voir ? Les morts s’accumulent mais la résistance se poursuit et le régime n’arrive pas à y mettre fin. Croit-il vraiment qu’il pourra se maintenir indéfiniment ?  Est-il devenu le pantin d’une junte militaire prête à tout pour survivre et dirigée par son frère Maher,  au passé sanglant ? 
En tout cas Assad n’a pas donné la moindre indication qu’il envisageait de quitter le pouvoir ou de dialoguer avec les opposants.  Récemment, il s’est dit prêt à accepter les conditions de la Ligue Arabe : retirer ses troupes des centres urbains et laisser ses observateurs  venir voir sur place ce qui se passe en Syrie – si la Ligue Arabe annule les sanctions imposées à son régime.  Quoi qu’il en soit aujourd’hui les opposants semblent unanimes à réclamer le départ pur et simple de Bassar al-Assad et le temps du dialogue semble révolu.  Tandis que les manifestants continuent leur pression, on a vu apparaître une «armée de libération syrienne» qui rassemble des déserteurs de l’armée régulière – officiers supérieurs et simples soldats – et compterait déjà des milliers d’hommes.  Pourtant les forces armées sont loin de se désintégrer.

Spectre de la guerre civile

Assad fait appel essentiellement aux unités alaouites – la minorité à laquelle appartient sa famille -  qui lui sont fanatiquement dévouées. Cependant l’effet conjugué des manifestations et des attaques de l’armée de libération usent le régime et ont des conséquences désastreuses pour l’économie. Le spectre de la guerre civile apparait, et avec lui le risque d’une «cantonisation»  de la Syrie explosant sur des lignes ethniques ou confessionnelles. Ce qui explique peut-être le silence de la classe moyenne sunnite et des minorités chrétiennes et kurdes qui hésitent à se soulever contre le régime. C’est le cas de la ville d’Alep, dont les deux millions et demi  d’habitants en majorité sunnite sont restés jusqu’ici à l’écart du mouvement de protestation qui enflamme le reste du pays. La Russie et la Chine continuent à soutenir Assad pour des raisons de realpolitik et d’économie mais pour combien de temps ?
L’agitation qui perdure inquiète les voisins de la Syrie. Les relations entre Ankara et Damas ne cessent de se dégrader. La Turquie laisse des mouvements d’opposition à Assad, comme le «Conseil national syrien» et «l’armée de libération syrienne», agir à partir de son territoire ; elle menace de créer une zone de sécurité le long de sa frontière avec la Syrie pour protéger les habitants syriens de cette région et a déjà imposé des sanctions à son voisin. En représailles Assad a fermé plusieurs postes frontières et a imposé des droits de douane sur les marchandises à destination de la Turquie transitant par son territoire. 
L’Irak dont le premier ministre est à l’écoute de l’Iran malgré son rapprochement avec les Etats-Unis réagit avec prudence ; son ministre des affaires étrangères a déclaré tout récemment que son pays est en contact avec des  opposants – sans les nommer – mais qu’il est opposé aux sanctions, tout en étant prêt à aider la Ligue Arabe dans ses efforts. La Jordanie,  tente désespérément de rester neutre et de ne pas compromettre son commerce avec la Syrie dont elle craint les agissements.   Au Liban, l’opposition a sauté sur l’occasion et attaque ouvertement Assad, sous l’impulsion de l’ancien premier ministre Saad al Hariri qui déclare ouvertement que les jours du président syrien sont comptés et qu’il devra quitter le pays de gré ou de force.  Israël, quant à lui, observe les événements de très près, craignant que dans un sursaut de  désespoir le dictateur déchaine ses fusées vers le voisin haï en coordonnant ses attaques avec le Hezbollah, son allié.

Israël en victime

Nasrallah avec Nagib Mikati

Un allié qui n’est pas tranquille. Profitant de la grande manifestation shiite de l’Achoura à Beirut, Nasrallah est sorti de son bunker pour apparaître quelques instants en personne. Plus tard, c’est sur des écrans géants qu’on a pu le voir clamer qu’un complot américano-israélien vise à renverser le régime en Syrie alors qu’Assad cherche à mettre en œuvre des réformes. Il a répété qu’Israël serait la première victime des changements intervenus dans le monde arabe.  Là encore un discours qui n’a rien à voir avec la réalité et qui se contente de ressasser des arguments éculés.  Rien de bien rassurant pour les militants, d’autant que le chef du Conseil national syrien venait de déclarer qu’après la chute d’Assad la Syrie couperait ses relations avec le Hezbollah et œuvrerait à récupérer le plateau du Golan par la négociation.  Sans parler du fait que les manifestations en Syrie ont le plein soutien non seulement de la communauté internationale mais encore de la Ligue Arabe.
Il n’a pas fallu attendre ce discours de Nasrallah pour prendre la mesure de la situation difficile dans laquelle il se trouve.  Il y a quelques jours déjà, il a du accepter la décision du premier ministre Mikati de verser la part du Liban au financement du tribunal International  qui examine l‘assassinat de Rafik Hariri ; Nagib Mikati, qui a pu former son gouvernement grâce à l’appui du Hezbollah, avait menacé de démissionner si cet accord n’était pas donné.  Rappelons que la Cour a déjà publié des actes d’accusation contre quatre des lieutenants de Nasrallah et que, voici un an, ce dernier a fait tomber le gouvernement de Saad Hariri sur cette même question du financement et de la coopération avec le tribunal. Aujourd’hui Nasrallah n’a plus le choix et doit avaler la couleuvre.
Certes le Hezbollah, avec ses dizaines de milliers de missiles continue à représenter une menace sérieuse pour Israël ; certes le flot d’armement venu de Syrie se poursuit. Cependant s’il venait à s’arrêter suite à un changement de régime, ce serait un coup très dur pour l’organisation, qui se trouverait bien isolée au sein du Liban. On n’en est pas là ; toutefois un coup d’arrêt sérieux a été donné à la politique iranienne qui ne fait pas  mystère de sa volonté d’exporter sa révolution islamique shiite dans tout le Moyen-Orient. Si  la Syrie bascule, c’est la tête de pont de l’Iran qui s’effondre et avec elle les réseaux d’armement et de financement du Hezbollah.  Et les nouveaux régimes sunnites issus des mouvements populaires seront peut-être peu enclins à collaborer avec un régime fanatique qui cherche à se doter de l’arme nucléaire. Autre grande inconnue, l’opposition iranienne, encouragée par le vent nouveau qui souffle sur la région, va-t-elle renouveler ses efforts pour faire tomber les Ayatollahs ? C’est une question qu’ils doivent se poser…

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