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dimanche 20 novembre 2011

A LA RECHERCHE D’UN PARTI ISLAMIQUE MODERE par Zvi MAZEL




A LA RECHERCHE D’UN PARTI ISLAMIQUE MODERE

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)

Ennahda en Tunisie

Un peu partout en occident on a voulu voir dans le résultat des élections en Tunisie la victoire d’un parti islamiste modéré. Hélas, ce n’est pas le cas: le parti Ennahda est solidement ancré dans la mouvance islamiste et se réclame de l’école pure et dure des Frères musulmans. L’occident a bien du mal à abandonner le mirage d’un printemps arabe, d’une aube nouvelle pour les peuples du Proche-Orient après des décennies de dictature.

Peu préparés à la démocratie

Pourtant il est plus facile de faire tomber un régime que d’en bâtir un autre, à fortiori quand il s’agit d’établir un régime démocratique dans des pays où les longues années de dictature n’ont pas permis l’émergence de forces libérales. Les partis  se réclamant du centre, qui ont fait leur apparition après la chute de Ben Ali en Tunisie et celle de Moubarak en Égypte, sont encore embryonnaires; il leur faudra des années pour arriver à maturation et se faire connaître du public. L’arène politique appartient pour le moment aux Frères musulmans et dans une moindre mesure aux mouvements ultranationalistes de l’école nassérienne et aux partis d’extrême gauche d’inspiration communiste.
Très vite, les jeunes descendus dans la rue pour demander plus de justice et une meilleure vie se sont vus supplanter par ces forces apparemment opposées. L’islam et les traditions féodales arabes n’ont pas préparé les peuples à la démocratie. Droits de l’homme (et de la femme !), séparation de la religion et de la politique, régime parlementaire reposant sur le suffrage universel et la séparation des pouvoirs – ce sont là des valeurs inconnues dans la tradition arabe où l’islam enseigne que tout vient du Coran et des Hadith.
Il s’est vite avéré que la Confrérie des Frères musulmans - interdite, persécutée ou tolérée pendant des décennies – est pourtant la force politique et religieuse la plus puissante et la mieux organisée dans tous les pays arabes. Fondée en 1928 en Égypte, ce mouvement avait alors pour but d’unifier dans un premier temps le monde arabe sous la bannière islamique et de recréer le Califat qui venait d’être aboli par Mustapha Kemal Atatürk, puis de récupérer les territoires conquis par l’Islam à partir du 7ème siècle et perdus plus tard, comme l’Espagne, le sud de la France et de l’Italie, la Sicile, Chypre et Israël. Dans un troisième et dernier temps d’étendre leur emprise sur le monde entier.

Programme chimérique

Ce programme, qui peut paraître chimérique, figure toujours en bonne place dans les écrits et les déclarations des Frères musulmans. A partir des années 1940, ils ont essaimé dans tous les pays arabes  sous l’impulsion de Saïd Ramadan, le secrétaire particulier d’Hassan el Banna, fondateur du mouvement – et père de Tarek Ramadan. La confrérie a réussi à s’implanter solidement malgré les persécutions grâce à ses activités caritatives – aide aux plus démunis, construction d’hôpitaux et d’écoles – s’accompagnant de prêches et enseignement religieux diffusés sur cassettes à l’intention de populations largement illettrées. L’argent est venu en premier lieu des millionnaires des pays du Golfe puis de la collecte auprès des émigrés vivant en occident.
Frères musulmans égyptiens
Aujourd’hui ils sont en position de force dans tous les pays arabes. En Égypte, où les élections législatives doivent se tenir à partir du 28 novembre, il y a déjà une dizaine de partis islamistes mais celui des Frères «Liberté et Justice» est le plus important et ses chefs ne cachent pas leur objectif qui est d’imposer la charia comme constitution et comme système juridique. Le secrétaire général du parti Ennahda en Tunisie, Hamadi Jbeli, généralement considéré comme futur chef du gouvernement a déclaré, il y a moins d’une semaine, qu’il voulait œuvrer à la restauration du califat et à la conquête de Jérusalem. La plupart des membres du Conseil National de Transition en Libye appartiennent à la Confrérie qui tient ces jours son premier congrès – justement dans la ville de Benghazi. On retrouve les Frères dans le Conseil National syrien qui est à la tête de l’opposition à Bassar Al-Assad. Au Yémen, ils dirigent le parti Al Islah – la réforme – qui est le fer de lance de la lutte contre le régime d’Eli Abdallah Saleh; Taakul Karman, prix Nobel de la Paix cette année, est membre de ce parti.  Le Front Islamique de salut algérien –FIS – appartient à la confrérie, comme le parti «Justice et Développement» au Maroc ; il en est de même pour le parti «Ala’mal», Action, en Jordanie.  Le Hamas – Mouvement de Résistance Islamiste – à Gaza est bien évidemment de la confrérie, comme le Mouvement Islamique en Israël.

Endoctrinement

Faut-il rappeler que l’enseignement de l’islam occupe une place prééminente dans les livres scolaires de tous les pays arabes – du primaire au secondaire. Il s’agit d’un véritable endoctrinement. L’islam est présenté comme la seule vraie religion, toutes les autres étant qualifiées d’infidèles. Ce qui explique la part très importante de la religion dans la vie courante et la discrimination dont souffrent  les minorités ethniques et religieuses.
Les pays arabes ne sont pas homogènes. Ils sont peuplés par de larges minorités nationales et religieuses: Les kurdes - 30 millions répartis en Syrie, Irak, Iran et Turquie, les berbères en Afrique du Nord, 40% au Maroc, 25 % en Algérie et 5 a 10% en Tunisie et Libye. Il y aussi les coptes en Égypte – 10 a 12% de la population et les chrétiens en Irak 2,5 millions dont la moitié est déjà partie après les terribles massacres perpétués par Al-Qaeda. Ces minorités se réveillent aujourd’hui et réclament une égalité des droits qu’aucun parti islamiste n’est prêt à leur accorder.
Le bilan de ce soi-disant «printemps arabe» est lourd. L’Égypte est dans la tourmente ; les Frères musulmans sont au pouvoir en Tunisie ; en Libye,  la révolte contre Kadhafi a fait entre trente à cinquante mille morts et une guerre civile intertribale se dessine; en Syrie, déjà des milliers de morts et pas d’issue en vue; au Yémen, une guerre civile larvée et des centaines de morts.  L’agitation menace la Jordanie, le Maroc et l’Algérie.
Et pendant ce temps l’occident continue à rechercher le parti islamiste modéré qui viendra sauver la situation….

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