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dimanche 16 octobre 2011

Mille terroristes contre un soldat: le dilemme d’Israël




Mille terroristes contre un soldat : le dilemme d’Israël

Par Zvi Mazel
Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)

Evacuation des blessés suite à l'attentat du 31/07/02 à l'Université Mont Scopus

Pour rendre la liberté à un seul soldat israélien, Israël relâche 1027 terroristes.  Cinq ans après la capture de Guilad Shalit en territoire israélien, le gouvernement de ce pays s’est rendu, à contrecœur, à l’évidence : impossible de monter une opération pour le récupérer – par manque d’information précise sur le lieu où il est détenu ou parce qu’une telle opération serait trop risquée et pourrait entraîner sa mort.

Bible : rachat de prisonniers

En acceptant cet échange inégal, l’Etat Juif montre bien qu’il n’abandonne pas les siens et que le vieux principe biblique de rachat des prisonniers est toujours valable. La décision n’a pourtant pas été facile, ni rapide. Pendant cinq longues années les gouvernements israéliens qui se sont succédés ont fait face à la pression populaire : manifestations de masse, campagnes de presse etc. Car il faut bien le dire : il est dangereux de remettre en liberté un si grand nombre de terroristes. Il s’agit d’hommes - et de femmes - qui ont planifié et exécuté de sanglants attentats contre des civils israéliens, au cœur de rues animées, dans des bus, dans des restaurants et partout où ils l’ont pu, tuant sans états d’âme des centaines de personnes, y compris des vieillards, des femmes et des enfants.
Capturés après une longue traque, ces terroristes  - qui ont pu être assistés par des avocats de leur choix – ont été condamnés par les tribunaux à de lourdes peines. En prison, ils reçoivent régulièrement des visites de la Croix Rouge, de leurs avocats et de leurs familles. Guilad Shalit est détenu depuis cinq ans sans procès, sans avocat, sans visite aucune, ni de la Croix Rouge ni de ses parents - en flagrante violation du droit international.

Dilemme

D’où le dilemme des gouvernements successifs en Israël, cherchant à négocier la liberté de Shalit en minimisant le nombre de terroristes à relâcher pour protéger la population – une population qui, en faisant pression sur les gouvernants, encourage le Hamas à ne pas céder. La technique du Hamas a été payante : mille contre un ; toutefois il n’a pas réussi à arracher la libération des terroristes les plus «lourds», comme Marwan Barghouti, chef de l’organisation Tanzim coupable de centaines d’attentats ou Ahmed Saadate, responsable de l’assassinat de Rehavam Zeevi, ministre du tourisme. Le Hamas, comprenant qu’il ne pouvait espérer mieux après cinq ans d’efforts, s’est incliné – tout en proclamant avant même que l’échange ait eu lieu qu’il allait kidnapper d’autres soldats israéliens pour obtenir la libération de tous les prisonniers.
Selon les informations disponibles actuellement, Israël s’apprête à relâcher cette semaine  477 terroristes, dont 280 condamnés à la réclusion à perpétuité compte tenu de la gravité de leurs crimes. 164 de ces derniers ne pourront pas rentrer en Cisjordanie et devront aller à Gaza ; 40 autres devront s’exiler à l’étranger. Deux mois plus tard, 550 prisonniers supplémentaires seront remis en liberté; la liste en sera établie par Israël en accord avec l’Egypte. Il semble qu’un certain nombre de terroristes du Fatah seront inclus dans cette liste.
Si la plus grande partie des négociations s’est déroulée sous les auspices de Gerhard Konrad, membre des services de sécurité allemands, c’est l’Egypte qui a mené à bien les dernières tractations, sans doute pour montrer au monde qu’elle pouvait encore  jouer un rôle essentiel dans la région, en dépit de l’anarchie grandissante dans le pays depuis la chute de Moubarak.  Le Caire aurait même exercé de fortes pressions sur le Hamas pour l’amener à accepter un compromis; il aurait également été question de laisser cette organisation transférer ses bureaux de Damas au Caire, une information non confirmée pour le moment. On sait que le Hamas, inquiet de la tournure que prennent les événements en Syrie, souhaite vivement trouver un autre pays d’accueil. Le problème est qu’aucun pays arabe n’a envie d’accueillir une organisation aussi dangereuse. Il semblerait aussi que la Turquie a eu son mot à dire, usant des bonnes relations qu’elle entretient avec le Hamas. Est-ce à dire qu’un dégel entre Jérusalem et Ankara est possible ? L’avenir le dira.

Le Hamas renforcé

Quoi qu’il en soit, le Hamas, qui vient d’extorquer mille prisonniers à Israël, peut se présenter en vainqueur et sa popularité n’a jamais été aussi grande. L’organisation en est d’autant plus satisfaite que son succès fait passer Abou Mazen au second plan. Le président de l’Autorité  palestinienne n’a toujours pas réussi à faire reconnaître par les Nations Unies un Etat de Palestine dans les frontières de 1967, de plus en plus de pays arrivant à la conclusion que seules des négociations directes entre l’Autorité palestinienne et Israël peuvent aboutir à la création d’un Etat Palestinien.
Guilad Shalit va certes recouvrer la liberté mais l’échange ne va en rien faire avancer la paix dans la région. Il encourage les plus extrémistes – tant dans les territoires palestiniens que dans le monde arabe. Le Hamas va se trouver renforcé, «récupérant» un maximum de terroristes qui formeront le fer de lance de ses opérations terroristes en Cisjordanie. De nouveaux attentats sont à craindre: les statistiques ont montré que 60 % des terroristes remis en liberté dans le cadre de précédents échanges ont repris le chemin du terrorisme.
La communauté internationale n’a pas à se vanter. Comme l’a si bien dit  le professeur Gerald Steinberg (Président de « NGO Monitor »)  dans un communiqué de presse le 12 octobre  dernier:  «Pendant les cinq années de la captivité de Gilad Shalit à Gaza, alors que toutes les règles des droits de l’homme étaient bafouées, des organisations telles que le Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies, Human Rights Watch, Amnesty International, le réseau des Droits de l’homme Euro-Méditerranée, Gisha et l’Organisation internationale de la Croix Rouge ne se sont guère manifestées. De la même façon, le Rapport de la Mission des Nations Unies pour l’établissement des faits sur la guerre de Gaza dirigé par le Juge Goldstone a minimisé la détention de Shalit  pourtant en flagrante violation du droit international. Il y a là une tache morale qui ne sera jamais effacée.»
Reste qu’Israël va devoir être plus que jamais sur ses gardes et veiller à renforcer toutes ses défenses contre le terrorisme. En effet, forts de ce qu’ils considèrent comme une éclatante victoire, le Hamas et les autres mouvements terroristes vont chercher à intensifier leurs opérations. La paix au Moyen Orient vient de faire un grand pas en arrière – et ce n’est pas à Israël qu’en incombe la responsabilité.

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