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jeudi 20 octobre 2011

KADHAFI : LE PAILLASSON S'EST VENGE



KADHAFI : LE PAILLASSON S'EST VENGE

 
par Jacques BENILLOUCHE



          La ministre Rama Yade avait eu le courage d’afficher sa mauvaise humeur et son opposition à la visite en France du dirigeant libyen : « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort », et avait poursuivi, « Je serais encore plus gênée si la diplomatie française se contente de signer des contrats commerciaux, sans exiger de lui des garanties en matière de droits de l'homme. C'est un devoir ; la France n'est pas qu'une balance commerciale ».

Paroles, paroles

          Certes le remplissage des caisses de l’Etat peut justifier parfois d’avaler quelques couleuvres mais, tout compte fait, le colonel Kadhafi avait fait illusion. Les chiffres compilés ont été bien en deçà des 11 milliards d’euros de contrats promis sans vergogne par le libyen. Certains politiques s’étaient d’ailleurs demandé s’il avait été judicieux de dérouler le tapis rouge devant un dictateur qui avait fait preuve d’une arrogance déplacée et qui n’avait pas cessé d’humilier la France et ses dirigeants durant sa visite.

          Le colonel Kadhafi avait laissé éclater sa vindicte en refusant, avec une volontaire vulgarité, l’Union pour la Méditerranée prônée par le président français. Tandis que le dictateur s’installait dans sa folklorique tente bédouine au milieu des jardins de l’hôtel Marigny, résidence des hôtes de marque et qu’il était reçu à l’Assemblée Nationale, Jean-Pierre Raffarin justifiait alors cet excès d’honneur par des contingences politiques : « Pour la réalisation du grand projet de Nicolas Sarkozy d’Union méditerranéenne, il est important que la rive sud de la Méditerranée se développe et que la Libye fasse plus d’efforts pour développer le Maghreb. » 

          Hélas, voulant se parer des habits trop larges de leader arabe panafricain, Kadhafi avait refusé la présence d’Israël dans cette union et il s’était transformé en donneur de leçons : « Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu'ils nous jettent des os. Si l'Europe veut coopérer avec nous, qu'elle le fasse avec la Ligue arabe ou l'Union africaine mais nous n'acceptons pas que l'Europe traite avec un seul groupe. » Il avait même poussé l’algérien Bouteflika et le Roi Mohamed VI du Maroc à bouder le sommet des pays de la méditerranée organisé par Nicolas Sarkozy.

L’espoir du Rafale

          Le colonel Kadhafi s’est en fait joué de la France avec brio et à son avantage. Il avait fait croire qu’il serait le premier chef d’Etat arabe à commander l’avion de combat Rafale mais nul n’a vu sa signature au bas d’un bon de commande. Il avait fait miroiter l’acquisition auprès d’Aréva d’installations nucléaires civiles mais il n’a signé que la maigre vente d’équipements électriques. Quant aux travaux publics français, ils continuent encore à batailler pour la prise d’un contrat de quelques millions d’euros concernant la réalisation de l’extension de l’aéroport de Tripoli.

          Kadhafi avait bien manipulé son monde sans pourtant être taxé de menteur.  Il annonçait ce que ses interlocuteurs ne voulaient pas croire. Il était tombé aux oubliettes de l’Histoire après que les Etats-Unis aient fait exploser une partie de son palais mais Nicolas Sarkozy avait réussi à l’en sortir en faisant miroiter les besoins de restructuration de son pays. Mais sa surenchère n’avait pour but que de glorifier son personnage en ne distribuant qu’une aumône. 

          Peu d’hommes politiques se sont posé, à l’époque, la question de l’intérêt d’une compromission avec un tyran, maître-chanteur de surcroit, qui ne cessait d’agiter ses pétrodollars en guise de carotte et qui, en remerciement pour le tapis rouge qui lui avait été déroulé à Paris, se permettait d’offrir un camouflet à Nicolas Sarkozy. Les promesses n’engagent certes que ceux qui les reçoivent mais Kadhafi avait apporté l’illustration d’une crédulité occidentale qui frise la naïveté.

          Le problème des courbettes face aux dictateurs se pose aujourd’hui. Le syrien Bassar El Assad avait fait lui aussi les honneurs de la République. Quant à Ahmadinejad il peut encore compter sur la faiblesse des occidentaux pour les narguer en envoyant  ses navires militaires face à la VIème flotte américaine. Il faudrait à présent que les dirigeants occidentaux anticipent la chute des derniers tyrans pour envisager une révision de la politique à leur égard. Mais les méandres de la politique sont impénétrables.

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