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mercredi 7 septembre 2011

Valérie HOFFENBERG : LA SANCTION




Valérie HOFFENBERG : LA SANCTION

Par Jacques BENILLOUCHE



Un article avait été publié, en mars 2011, sur Slate.fr intitule : « Entre le Quai d'Orsay et Israël, la haine ». Les questions étaient posées : en dépit d'une «normalisation» récente, les relations entre la diplomatie française et Israël ont toujours été extrêmement conflictuelles. Le retour d'Alain Juppé au Quai d'Orsay va-t-il marquer un retour au passé?

Bastion inexpugnable

Il semble bien que le Quai d’Orsay reste fidèle à son indépendance et jaloux de ses prérogatives qui avaient fait dire à Claude Goasguen, lors de notre interview : «En vérité la politique étrangère en France est réservée à une poignée d’individus sans contrôle. Le président de la République, un petit peu le ministre des Affaires étrangères qui n’a pas grand pouvoir et le Quai d’Orsay. L’Assemblée nationale ne connaît rien de la politique étrangère de la France. En tant que député, j’apprends tout par la presse, comme vous. Nous sommes le seul pays à avoir un homme et un seul à l’Elysée, avec le secrétaire général du Quai qui décide de tout et qui est par nature en dehors de toute responsabilité politique.»
La brutalité de la décision annoncée, sans diplomatie, par le porte-parole du Quai d’Orsay est éloquente en la matière. «Mme Valérie Hoffenberg n'exerce plus les fonctions de représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient. Elle n'a pas qualité pour s'exprimer sur ce sujet. Elle a d'ailleurs précisé qu'elle le faisait à titre personnel», a déclaré Bernard Valero, porte-parole du Quai d'Orsay. 
Paradoxalement Mme Hoffenberg avait été nommée à ce poste par le président Nicolas Sarkozy en août 2009 et son limogeage n’a pas été décidé ni annoncé par l’Elysée. Il est vrai qu’elle avait pris des risques, se sachant protégée en haut lieu, en s’attaquant au bastion du Quai d’Orsay. Elle avait pris l’initiative de demander au président de la République de ne pas voter la reconnaissance de l'Etat palestinien en septembre ce qui n'avait pas plu aux fonctionnaires du Quai, et encore moins à Alain Juppé.

Le rêve israélo-palestinien

Valérie Hoffenberg avait reçu du président de la république un poste taillé sur mesure et dont le long intitulé permettait de noyer sa mission dans un verbiage politique. Nicolas Sarkozy visait en fait un électorat qui l’avait appuyé en masse en 2007 mais qui l’a progressivement abandonné parce que les relations avec Israël s’étaient distendues . Il avait en effet prôné, lors de son dernier voyage, le partage de Jérusalem ce qui reste inacceptable par les nationalistes. Par ailleurs, en aidant au développement économique de la Palestine, Nicolas Sarkozy voulait réintroduire la France au sein du processus de paix en appliquant la formule de son ami Netanyahou qui voulait la «paix par l’économie». Le renvoi de la représentante spéciale met fin au rêve du développement du dialogue entre israéliens et palestiniens sous l’égide de la France.
Le président français l’avait ensuite imposée comme candidate UMP aux législatives de 2012 dans la circonscription des français de l’étranger comprenant, entre autres pays, Israël, la Turquie, Italie et la Grèce. En supprimant onze circonscriptions de France, en majorité tenues par la gauche, et en créant des circonscriptions pour les français de l’étranger, Nicolas Sarkozy voulait s’assurer des postes de députés dont les électeurs avaient massivement voté pour lui lors des élections de 2007.
Valérie Hoffenberg se sentait en porte-à-faux entre sa fonction «pro-palestinienne» et son désir de représenter les français d’Israël à l’Assemblée Nationale. Elle a donc manifesté plus de sens critique à l’égard des déclarations françaises lorsqu’elles égratignaient les prises de position du gouvernement israélien. Elle était par ailleurs au centre d’une guerre à fleuret moucheté entre les conseillers de l’Elysée et ceux du Quai, qui sous la conduite d’Alain Juppé, tenaient à démontrer leur indépendance vis-à-vis du président de la République. Le greffon n’avait pas pris et Valérie Hoffenberg paie les conséquences de sa proximité avec Nicolas Sarkozy. Alain Juppé n’avait jamais accepté la présence à ses côtés d’une représentante considérée à ses yeux pro-israélienne.

Greffe mal vécue

Elle était consciente de la tâche ardue qui l’attendait puisqu’elle s’en était expliquée lors de son interview : «Quand j’ai accepté la proposition de Nicolas Sarkozy, je savais que cela ne serait pas facile. C’est vrai que c’est plus simple de parler à des juifs convaincus que d’agir de l’intérieur. S’il n’y a personne au sein du Quai d’Orsay, alors on ne changera pas l’image que l’on a d’Israël. Veut-on qu’il n’y ait que la rue arabe au Quai ? Moi j’ai décidé d’arrêter de me plaindre et d’agir de l’intérieur pour faire bouger les choses. Je mentirais si je disais que je peux changer tout, mais être à l’intérieur est déjà une victoire pour ceux qui aiment Israël.» Cette déclaration sur la «rue arabe» et sur sa volonté de peser de l’intérieur avait été jugée sincère mais maladroite par ses collègues.
Son discours irritait plusieurs dirigeants français, à la fois de gauche comme de droite. En exigeant des rectificatifs à des déclarations du Quai d’Orsay et en prenant la parole à la tribune du Conseil de Paris pour défendre ouvertement les positions d’Israël, elle s’est attiré les foudres des socialistes qui ont attribué sa position à ses prétentions électorales. Elle avait réagi en rappelant que ses propos en faveur d’Israël au sein du Conseil de Paris étaient bien antérieurs à sa candidature aux élections des français de l’Étranger.
Nicolas Sarkozy n’est plus en odeur de sainteté auprès des israéliens, et des français  d’Israël en particulier. Tous les candidats à cette élection législative se sont par ailleurs démarqués du président et refusent même son soutien à l’instar de la très sarkoziste UPJF (Union des Patrons Juifs de France) dont le candidat, Edward Amiach, a très officiellement attaqué le président de la République : «Nous sommes déçus  des positions qu’a prises Sarkozy ou son ministère des affaires étrangères. Je crois que Nicolas Sarkozy s’est fait déposséder de la politique au Proche Orient, par des conseillers ou des fonctionnaires du ministère des affaires étrangères.»
Valérie Hoffenberg paie ainsi sa volonté de mettre en avant son attachement à l’Etat d’Israël plutôt que de cautionner les décisions gaulliennes du Quai d’Orsay. Cette «mise à la porte» risque de la fragiliser au moment où ses adversaires grignotent du terrain et de faire perdre à l’UMP un siège qui lui était pratiquement acquis.  Par cette décision qu'il a certainement cautionnée, Alain Juppé a définitivement imprégné son ministère de son sceau jugé anti-israélien. Pour lui, il s’agissait de prouver son indépendance et ses distances vis-à-vis d’un pouvoir qui s’affaiblit. Nous avions ainsi la réponse à notre question posée en mars.
Il est étonnant que Nicolas Sarkozy ait paradoxalement scié la branche sur laquelle il se posait. Bien sûr il n'y a pas de vote juif mais il existe en France un électorat pro-israélien  qui pourrait être lassé des prises de position qui collent à celles des fonctionnaires à particule du Quai d'Orsay, profondément pro-arabes et parfois antisémites. 
Valérie Hoffenberg reprend ainsi sa liberté de parole et de ton et, à la façon dont elle s'est exprimé à la première conférence internationale pour la coopération régionale organisée par le vice-ministre Sylvain Shalom, on comprend qu'elle va afficher ouvertement son attachement  à Israël avec moins de discrétion. Ses adversaires pourront difficilement la qualifier de pro-palestinienne et d'irréductible soutien d'un président qui ne semble plus axer sa stratégie sur l'amitié avec Israël. 
La sanction qui est tombée pourrait en fait lui être plus favorable qu'il n'y parait.Valérie Hoffenberg se décharge du boulet de la Palestine et pourrait rebondir en perdant l'obligation de ménager son ministère de tutelle qui a toujours été considéré comme un opposant aux israéliens. Elle pourrait éliminer son adversaire à droite et ancien soutien de Nicolas Sarkozy, Philippe Karsenty, qui semble fuir le débat en Israël.

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