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samedi 3 septembre 2011

SIX MOIS APRES LA REVOLUTION EGYPTIENNE



SIX MOIS APRES LA REVOLUTION EGYPTIENNE

Nouvelles tensions entre l’Egypte et Israël

par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)


William Cohen US Secretary of Defense, Lt. Col Mark Aemstrong (C), etle Maréchal Mohamed TANTAWI
Cela fait six mois que Hosni Moubarak est tombé de son piédestal et pourtant on a la triste impression que le seul point d’accord reliant les diverses forces en présence qui se battent pour le contrôle du pays, c’est la haine d’Israël. Qui se souvient encore de ces jeunes courageux descendus dans la rue, le 25 janvier, pour réclamer le changement et demander de meilleures conditions ?

La parole aux Frères Musulmans

Aujourd’hui la parole est aux Frères Musulmans et aux partis laïcs ultranationalistes. On l’a bien vu lors de l’attaque terroriste contre des civils israéliens sur la route d’Eilat ; au cours de la riposte israélienne, cinq soldats égyptiens ont été tués. Une frénésie de haine s’empara du pays ; des foules enragées réclamaient à grands cris la rupture de la paix avec Israël et le renvoi de l’ambassadeur israélien. Il faut dire que les dirigeants égyptiens s’étaient bien gardés de dire que les terroristes, profitant de l’état d’anarchie qui régnait dans la péninsule du Sinaï, étaient venus du côté égyptien de la frontière. Même les jeunes des mouvements du 25 janvier ont joint leur voix à celle des islamistes et des ultranationalistes pour demander la rupture des relations.
On oublie trop souvent que la haine d’Israël et des juifs est inculquée aux jeunes égyptiens – comme à l’ensemble des jeunes musulmans – dès leur plus jeune âge. Que dit l’enseignement coranique ? Que l’islam, dernière des religions révélées, est également la suprême ; que les juifs -  et à moindre degré les chrétiens - furent les ennemis du Prophète Mohammed, qu’ils ont trahi et combattu ; qu’à ce titre ils sont les ennemis de l’islam ; qu’il ne faut pas s’en faire des amis et que le Jugement dernier les punira. Ce message est amplifié par les prêches du vendredi dans les mosquées, dans de nombreux ouvrages et à travers les médias.

L’enseignement islamique

Sous l’ère Moubarak aucun effort n’a été fait pour changer cette situation, bien au contraire : l’enseignement islamique a été favorisé ainsi que la haine, contre les juifs et contre Israël, canalisée pour détourner l’attention des masses des graves problèmes sociaux et économiques du pays. Pendant des années le régime a su, quand laisser gronder la manifestation et quand y mettre un terme, sans prendre garde au fait qu’il faisait le jeu des Frères Musulmans ; ces derniers bénéficiant des progrès de l’enseignement islamique alors même que le gouvernement les combattait et se présentait au monde comme un rempart contre le radicalisme islamique.  Il semblerait toutefois que le régime ait fini par prendre conscience du danger : quelques semaines avant le déclenchement de la révolution, le ministère de l’éducation avait mis en chantier la révision des livres d’enseignement religieux jugée nécessaire pour mettre un frein à l’extrémisme et à l’intolérance dans la société. Cette révision est maintenant en suspens et il est douteux qu’elle soit appliquée compte tenu de l’ambiance actuelle. L’incitation à la haine contre Israël et contre les juifs ne s’arrêtera pas de sitôt.
Cela étant dit, la vague de manifestations et de déclarations  contre Israël trahit aussi l’intense frustration des masses égyptiennes.  Moubarak est tombé mais six mois après la révolution son régime est loin d’être démantelé et ne le sera peut-être jamais. Voila trente ans que ses partisans ont leur mainmise dans tous les domaines.  Le peuple a l’impression aujourd’hui  que les gigantesques manifestations, qui devaient amener le changement, n’ont pas abouti à grand-chose.

L’armée gouverne

L’armée gouverne le pays ; or les généraux sont les anciens amis du président déchu ; ils agissent à contrecœur et uniquement sous la pression de la foule. Les postes clé dans les ministères et dans les provinces sont toujours aux mains des membres du parti jadis au pouvoir – officiellement dissous. Les forces de sécurité tant haïes ont été dissoutes – mais les membres des nouvelles formations en sont majoritairement issus. Les tribunaux militaires continuent à juger des civils ; selon un rapport d’Amnesty International, plus de  dix mille personnes y ont comparu pour « avoir pris part à des manifestations interdites » ou « avoir critiqué le Conseil Suprême de l’Armée  ».
La police, l’une des cibles des manifestants lors du déclenchement de la révolution, n’a toujours pas repris son rôle et l’anarchie règne dans la rue, forçant commerçants et résidents à s’organiser pour défendre leurs biens.  En arrière plan, les forces islamistes et ultranationalistes sont engagées dans un combat sans merci pour le contrôle de l’Egypte de demain.
Pendant ce temps, la situation économique, guère brillante il y a six mois, continue à se dégrader. Le tourisme est au plus bas, les importations et exportations sont en baisse, des grèves sauvages se déclenchent constamment ; on assiste à une fuite massive de capitaux tandis que les investissements se font rares. La situation est explosive.  Mohammed el Baradei, ancien directeur de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique et l’un des favoris de la course à la présidence, a exprimé ses craintes dans une interview la semaine dernière au quotidien « Al Shuruk » ; l’Egypte a-t-il dit, se trouve au sommet d’un volcan.  Nul ne sait quand se tiendront les élections au parlement ; de nouvelles controverses sont apparues concernant les modalités de l’élection, qui reposent en grande partie sur l’ancienne constitution, laquelle a été reconfirmée lors du référendum du 19 mai avec quelques amendements mineurs portant justement sur l’élection présidentielle.

Un nouveau président

De toute façon, lorsqu’un parlement sera élu, sa première tâche sera de rédiger une nouvelle constitution, laquelle sera soumise à ratification par référendum. Ce n’est qu’ensuite que pourra se tenir l’élection d’un président.  Tout cela prendra du temps ; il ne faut pas s’attendre à voir un nouveau président avant 2013. D’ici là tout peut arriver.
Dans ces conditions blâmer Israël pour la mort des soldats égyptiens a été une divine surprise, unissant les foules et leur faisant oublier tout le reste. D’où l’adulation portée à ce héros douteux qui a réussi à arracher le drapeau israélien du toit de l’ambassade – en dépit des dizaines de policiers et soldats égyptiens gardant l’établissement. La grande Egypte est tombée bien bas.
Il y a tout de même quelques éclaircies dans ce sombre tableau. On attendait un million de manifestants appelés le  vendredi 26 aout  à se diriger à la sortie des mosquées vers  l’ambassade pour demander la révision du traité de paix, l’expulsion de l’ambassadeur et l’arrêt de la vente du gaz égyptien au voisin israélien.  Selon la presse égyptienne, il n’y eut que quelques centaines pour effectuer «  un acte symbolique de protestation ».  Il semblerait que les principales forces politiques soient arrivées, à regret, à la conclusion que mobiliser les masses contre Israël – un pays qui n’avait pas été mentionné au moment de la révolution – ne valait pas la peine. Elles ont d’autres objectifs bien plus urgents. Autre point à signaler, quelques personnalités  ont pris la parole pour conseiller de résoudre la crise par le dialogue et se contenter d’une enquête conjointe sur les événements ayant abouti à la mort des cinq soldats.

Consensus

Compte tenu de l’extrême volatilité de la situation en Egypte, il y aura malheureusement d’autres points de friction avec Israël. Pourtant les deux côtés ne sont que trop conscients  du fait que personne n’a intérêt à remettre en cause les relations entre les deux pays. Les gouvernements continuent à se parler ; il  existe aussi une discrète coordination entre les armées en ce qui concerne la péninsule du Sinaï et le combat contre le terrorisme.  Le traité de paix entre les deux pays limite le nombre de troupes que l’Egypte peut maintenir dans cette région.
Pourtant, lorsque le gouvernement central a enfin compris qu’il était sur le point de perdre tout contrôle sur la péninsule, Israël a immédiatement donné son accord à l’envoi de troupes supplémentaires pour combattre les formations islamiques extrémistes qui avaient profité du relâchement du pouvoir pour se renforcer et qui menaçaient de faire du Sinaï une base d’attaque contre l’Egypte et contre Israël. L’article 4 du traité de paix stipule que les dispositions sécuritaires concernant le Sinaï pourront être révisées d’un commun accord à la demande de l’une des parties. 
Pour le moment, l’accord sur l’augmentation des troupes semble provisoire et ne porte que sur la période nécessaire à la reprise en main par l’Egypte de la situation. La question qui se pose évidemment est de savoir si Israël donnerait son accord à un changement qui serait permanent et, éventuellement, accepterait de voir des troupes égyptiennes stationnées à proximité de la frontière entre les deux pays. Le problème n’est pas simple. En Israël, il y a des politiques pour penser qu’une telle concession permettrait de dissiper l’hostilité égyptienne dans cette période si tendue. D’autres au contraire considèrent que, du fait justement de cette hostilité, ce serait le comble de l’imprudence. La question reste théorique pour l’instant. Il faut espérer que les autorités compétentes en Israël suivent de très près les événements et ne prendront éventuellement une décision qu’après avoir soigneusement pesé le pour et le contre.

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