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dimanche 18 septembre 2011

Israël, Egypte, Turquie : sables mouvants




Israël, Egypte, Turquie : sables mouvants

par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)

Israël plus que jamais isolée au Moyen Orient clament les commentateurs avisés, oubliant un peu vite que ce n’est pas vraiment nouveau. En 1948 les pays arabes ont dépêché leurs armées  pour tenter de détruire l’Etat d’Israël naissant. Cet échec a été suivi par d’autres tentatives qui ont connu le même sort. Les pays arabes se sont alors inclinés à regret devant le fait accompli sans pour autant l’accepter. La paix signée avec l’Egypte puis avec la Jordanie n’a jamais été qu’un accord entre gouvernements, pas avec les peuples. La presse arabe a continué à se déchainer contre l’Etat juif, trouvant un terrain fertile auprès de populations auxquelles on apprend, depuis le berceau, que les juifs sont les ennemis de l’islam et seront détruits lors du Jugement Dernier. Privés du soutien populaire, les accords de paix ne reposent donc que sur des intérêts politiques et économiques susceptibles d’évoluer.

L’évolution de la Turquie

La Turquie a été le premier pays musulman à reconnaître Israël en 1949. Atatürk était mort depuis dix ans à peine et le pays s’était engagé sur la voie de la modernité laïque.  Les relations entre les deux pays ont connu des hauts et des bas – déjà en 1980 Ankara avait rétrogradé les représentations au niveau de Second Secrétaire, comme aujourd’hui. Ensuite la situation s’est rétablie. A la veille de la crise actuelle, les échanges commerciaux dépassaient quatre milliards et demi de dollars par an, un demi million d’israéliens partaient passer leurs vacances en Turquie chaque année et Israël fournissait à l’armée turque des armements sophistiqués et de la haute technologie. 
En d’autres temps, l’affaire du Mavi Marmara, qui n’aurait pas dû occuper la première place, aurait pu être réglée entre les deux pays. Mais voila : à la tête du pays se trouve aujourd’hui un dirigeant islamique qui ne cache pas sa volonté de voir la Turquie retrouver son empire d’antan – et qui a le plein soutien de son ministre des Affaires étrangères, auteur d’un ouvrage où il proclama que la Turquie s’apprêtait à reprendre  la place qui lui revient  et à imposer  son hégémonie à travers tout le Moyen Orient.
C’est dans les élections de 2002, qui ont porté au pouvoir Erdogan et son parti islamiste – bien connu pour son hostilité pour les juifs - qu’il faut chercher la genèse de la crise actuelle. Erdogan a démantelé les uns après les autres les remparts établis par Atatürk, père de la Turquie moderne, pour garantir la laïcité dans son pays.  Le plus puissant de ces remparts était l’armée. Profitant du soutien inattendu de l’Union Européenne, pour laquelle  les pouvoirs spéciaux dont disposait l’armée étaient incompatibles avec la démocratie,  Erdogan a sapé ces pouvoirs tout en nommant  des hommes qui lui étaient acquis et en jetant en prison sans procès 400 officiers supérieurs qu’il accusa de comploter contre le régime. Lorsque le chef d’état major, suivi par les chefs de toutes les branches de l’armée, démissionna pour protester, cette démission fut acceptée instantanément et les hommes d’Erdogan nommés à leur place. 
L’armée ainsi neutralisée, ce fut la fin de la coopération avec Israël. Erdogan s’attaqua ensuite à la magistrature, changeant ou amendant les lois et annulant les mesures si soigneusement élaborées par Atatürk. Le caractère islamique de la Turquie se renforça progressivement. La révolution laïque qui avait transformé le pays et lui avait donné force et stabilité fit place à un retour à l’islam tandis que l’hostilité à Israël se développait.

Alliance avec la Syrie et l’Iran

Erdogan chercha alors à forger une alliance stratégique avec la Syrie et avec l’Iran. Le  soulèvement en Syrie, et l’appui accordé à Bassar Al-Assad par l’Iran, associés à la crise ouverte entre Téhéran et l’Occident, ont montré la futilité de ces alliances. Changeant de cap, la Turquie accéda à la demande de l’OTAN – dont elle est membre -  et permit l’installation sur son sol d’installations chargées de suivre de près les missiles iraniens qui ont la capacité d’atteindre l’Europe – et Israël.
La Turquie n’avait plus d’allié dans la région mais continua à se positionner en grande puissance.  Erdogan décupla sa rhétorique contre Israël tout en soutenant les palestiniens afin de se poser en leader du monde arabe et de tenter de former des alliances aléatoires avec  des  pays en crise  en proie à des dissensions internes.  Il vient de se rendre en Egypte,  pour chercher à établir une alliance stratégique avec sa grande rivale du temps de Moubarak.  Applaudi par la foule pour ses prises de positions contre Israël, il réussit à conclure quelques contrats commerciaux mais le Conseil Militaire suprême qui gouverne le pays refusa de s’engager. L’Egypte a assez à faire avec ses propres problèmes et ne tient pas à déclencher une crise avec les Etats Unis. Pire encore, les Frères Musulmans, alliés de longue date du leader turc, n’ont pas apprécié  sa proposition de  faire de l’Egypte une démocratie laïque et suggérèrent poliment au visiteur de se mêler de ses propres affaires.

Isolement des turcs

Résumons. L’alliance avec l’Iran n’est plus ; Turquie et Syrie ont massé des troupes de part et d’autre de leur frontière commune. La minorité kurde en Turquie se montre plus que jamais déterminée à gagner son indépendance par la force. Les relations avec l’Arménie et avec la Grèce sont plus tendues que jamais. L’ultimatum de la Turquie interdisant à Chypre de chercher des gisements de gaz naturel dans ses eaux territoriales au prétexte que cela porterait atteinte à la partie nord de l’ile (illégalement occupée par la Turquie) a déclenché une crise ouverte. Parallèlement le Liban a dû, sous la menace, déférer la ratification du traité conclu avec Chypre pour délimiter leurs frontières maritimes. Les Etats Unis, mais aussi la Russie s’inquiètent de ces manifestations belliqueuses ; selon un porte-parole russe cité par un site internet, deux sous-marins à propulsion nucléaire auraient été dépêchés en Méditerranée orientale  pour permettre à Chypre de procéder à la recherche de gisements de pétrole et de gaz dans ses eaux territoriales.
Tel est le pays qui évoque l’isolement d’Israël. Il faut dire encore que la Turquie est 40 fois plus grande, qu’elle a dix fois plus d’habitants et une armée puissante, mais aucune frontière commune avec Israël, un pays qui ne la menace d’aucune façon et qui ne demande qu’à reprendre les bonnes relations du passé pour le plus grand bien des deux peuples. Il n’existe aucun véritable contentieux entre les deux pays – hormis la rhétorique et l’extrémisme religieux. La raison pourra-t-elle triompher de la passion ?
Toute autre est  la situation concernant L’Egypte.  Egypte et Israël ont signé un traité de paix garanti par les Etats Unis ; une longue frontière terrestre les sépare. Aujourd’hui le pays  des Pharaons traverse une période d’instabilité qui s’annonce longue. Il va falloir des mois ou plutôt des années pour que de nouvelles institutions démocratiques soient mises en place, les extrémistes musulmans ont le vent en poupe et pourraient faire partie du futur gouvernement.  Le risque de confrontations violentes entre les diverses forces du pays est plus que jamais présent, d’autant que les masses populaires se sentent frustrées du manque de progrès. L’Egypte importe plus de cinquante pour cent de son blé et doit faire appel à ses réserves pour subventionner les produits de base. Le tourisme est au plus bas, les investisseurs restent dans l’expectative. Près de la moitié  de la population – qui compte 83 millions – doit se contenter de moins de deux euros par jour pour survivre.  L’Egypte sera peut-être contrainte d’avoir recours à l’aide extérieure pour survivre.

Montée de l’extrémisme religieux

Durant près de 32 ans, la paix avec Israël et le calme le long de la frontière ont accordé à l’Egypte la stabilité dont elle avait besoin ainsi qu’une aide américaine considérable.  Le pays n’a aucune raison de changer cet état de choses et a suffisamment de problèmes à résoudre au plan intérieur ;  il n’a rien à gagner dans une confrontation que son armée ne souhaite pas. Malheureusement la montée de l’extrémisme religieux et les années d’incitation ont fait leur œuvre et beaucoup d’égyptiens sont aujourd’hui hostiles à Israël.  N’oublions pas non plus que l’Etat juif  est un bouc émissaire tout trouvé pour expliquer l’échec des dirigeants militaires qui n’ont pu réaliser aucun des objectifs de la révolution. Là encore, la raison l’emportera-t-elle contre la passion ?
Turquie, Egypte – Jordanie peut-être –  trois brûlots pour Israël alors que la question palestinienne arrive à l’ONU.  Pourtant il faut bien reconnaître que ce n’est pas Israël qui porte la responsabilité de la crise, reconnaître aussi que les intérêts de base de la région sur le plan politique, stratégique et économique n’ont pas changé.  Espérons donc que le calme reviendra après la tempête pour le plus grand bien non seulement d’Israël, mais de toute la région.





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