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dimanche 28 août 2011

LIBYE-SYRIE : LA MEMOIRE COURTE



LIBYE-SYRIE : LA MEMOIRE COURTE

Par Jacques BENILLOUCHE

Défilé du 14 juillet 2008 à Paris

Les titres des journaux fustigent aujourd’hui le régime du colonel Kadhafi traité de dictateur, de fou et de de tyran. Ses délires, ceux du 30 août 2010 à Rome, ont pourtant été peu rapportés par la presse au nom de l'intérêt de la diplomatie française. Mouammar Kadhafi avait alors lancé un appel pour que l'islam devienne « la religion de toute l'Europe  ».  Les ministres de Nicolas Sarkozy s’étaient montrés disciplinés et n’avaient pas osé contrer un président qui estimait que la politique de la France était de son domaine réservé.

Un paillasson

Seule la ministre Rama Yade, d’origine africaine, avait osé manifester sa mauvaise humeur et son opposition à la visite en France du dirigeant libyen : « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du  sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort », et avait poursuivi,  « Je serais encore plus gênée si la diplomatie française se contente de signer des contrats commerciaux, sans exiger de lui des garanties en matière de droits de l'homme. C'est un devoir ; la France n'est pas qu'une balance commerciale ».
Certes le remplissage des caisses de l’Etat peut justifier d’avaler quelques couleuvres mais les français s'étaient gardés de faire le bilan de la visite du dictateur. Les chiffres compilés après la retour de Kadhafi prouvent qu’il n’avait fait que promettre, sans vergogne, 11 milliards d’euros de contrats. Les promesses bien sûr n’engagent que ceux qui les écoutent. Les politiques avaient cru judicieux de dérouler le tapis rouge devant un dictateur qui avait d’ailleurs fait preuve d’une arrogance déplacée en ne cessant pas, durant tout son voyage officiel, d’humilier la France et ses dirigeants. Il avait fait des promesses politiques parisiennes mais à son retour chez lui il s’était empressé de refuser, avec une volontaire vulgarité, l’Union pour la Méditerranée prônée par le président français.
Tandis que le dictateur s’installait, en 2007, dans sa folklorique tente bédouine au milieu des jardins de l’hôtel Marigny, résidence des hôtes de marque et qu’il était reçu à l’Assemblée Nationale, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin justifiait alors cet excès d’honneur par des contingences politiques : « Pour la réalisation du grand projet de Nicolas Sarkozy d’Union méditerranéenne, il est important que la rive sud de la Méditerranée se développe et que la Libye fasse plus d’efforts pour développer le Maghreb. »

Gifle politique

            Hélas, voulant se parer des habits bien trop larges de leader arabe panafricain, Kadhafi avait refusé la participation d’Israël à cette union ce qui ne l’a pas empêché de faire appel à l’Etat juif à la veille de la chute de son régime. Il s’était transformé en donneur de leçons : « Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu'ils nous jettent des os. Si l'Europe veut coopérer avec nous, qu'elle le fasse avec la Ligue arabe ou l'Union africaine mais nous n'acceptons pas que l'Europe traite avec un seul groupe. » Il feignait la folie mais ne manquait pas de finesse politique puisqu’il avait su exploiter les divisions européennes avec  arrogance. Il n’avait pas hésité à déstabiliser le président français qui avait pourtant fait preuve de déférence à son égard. Sarcastique, le libyen considérait que « L'UE veille sur son unité et refuse sa division et l'initiative de notre cher ami Sarkozy a été rejetée fermement par l'Europe. La Ligue arabe n'accepte pas également de disperser ses rangs et de détruire son unité. » Il avait même fait capoter le sommet des pays européens et des pays de la méditerranée que Nicolas Sarkozy avait organisé le 13 juillet 2010.
            Le colonel Kadhafi s’est joué de la France avec brio et à son avantage. Il avait donc alimenté la rancune tenace du président français qui a alors cherché à l’éliminer de la scène politique. Il avait fait croire, en vain, qu’il serait le premier chef d’Etat arabe à commander l’avion de combat Rafale. Il avait fait miroiter l’acquisition, auprès d’Aréva, d’installations nucléaires civiles pour ne signer en fait  qu’un maigre achat de 300 millions  d’équipements électriques. Les entreprises de travaux publics ont bataillé en vain pour obtenir un contrat de quelques millions d’euros afin de réaliser l’extension de l’aéroport de Tripoli.

Dictateur sanguinaire

Kadhafi était un grand manipulateur. Il était tombé aux oubliettes de l’Histoire lorsque  les Etats-Unis avaient fait exploser une partie de son palais mais Nicolas Sarkozy avait réussi à l’en sortir après de longues années de purgatoire pour cause d’accusations de terrorisme, Il avait même réussi à semer le trouble au sein du gouvernement et de la majorité UMP. La question ouvertement posée concerne l’intérêt d’une compromission avec un tyran, maître-chanteur de surcroit dans le conflit avec les infirmières bulgares, qui ne cessait d’agiter ses pétrodollars en guise de carotte. Nous voyons ainsi l’illustration pleine et entière d’une crédulité occidentale qui frise la naïveté.
Le président égyptien Hosni Moubarak et le président syrien Bassar al-Assad avaient été invités au défilé du 14 juillet 2008. L’exemple de Kadhafi en 2007 n’avait pas marqué les dirigeants français qui s’étaient affranchis de l’état d’esprit des troupes qui ont défilé face au fils de celui qui était à l’origine de l’assassinat au Liban de 58 parachutistes français, le 23 octobre 1983 au camp du Drakkar. Les méandres de la politique sont impénétrables.
Le président Bassar Al-Assad continue de massacrer son peuple, avec l’aide de l’Iran et du Hezbollah libanais, mais la communauté occidentale reste passive pour ne pas effaroucher les pays arabes. Le refus des européens de prendre une position ferme, solidaire d’Israël, ne peut plus se justifier par des contingences économiques. La France n’en a tiré aucun profit sinon celui de la compromission avec des dictateurs sanguinaires. Le Quai d’Orsay devrait faire son mea culpa et reconnaitre l’urgence à choisir des alliances avec tous ceux qui combattent l’islamisme terroriste avec vigueur.  La stratégie de l’alliance tout azimut avec les pays arabes a échoué et l'intelligence prône une révision déchirante mais salutaire.



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