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dimanche 14 août 2011

Péninsule du Sinaï : un nouveau «No man’s land»




La  péninsule du Sinaï : un nouveau «No man’s land»

Par Zvi MAZEL

Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)

Bédouins du Sinaï
 
Citant des sources militaires anonymes, CNN a rapporté le 12 août 2011 que l'Egypte lançait une vaste opération sécuritaire  contre Al-Qaïda dans la péninsule du Sinaï. Cela a été à moitié nié par le gouverneur du nord Sinaï qui a expliqué que les mesures envisagées étaient de nature défensive ; il s’agirait de l’envoi de deux mille policiers et d’un certain nombre de  véhicules blindés. (Le traité de paix entre l'Egypte et Israël limite le nombre des troupes que l'Egypte peut déployer dans la région). Il est incontestable que le gouvernement central doit agir rapidement pour rétablir son autorité dans la région.
Perte de contrôle du Sinaï

Des experts militaires égyptiens, interrogés par le quotidien « Al-Masry Alyom », ont confirmé que l'Egypte avait perdu le contrôle du Sinaï et ont été jusqu’à  demander qu’un couvre-feu soit imposé à toute la péninsule.
Ces derniers mois, le gazoduc qui achemine le gaz égyptien à Israël et à la Jordanie a été attaqué par cinq fois alors que les gardes impuissants observaient sans réagir.  La cinquième tentative a définitivement interrompu le flot du  gaz. De nombreuses formations extrémistes islamiques recrutent actuellement des bédouins qui semblent disposer d’armement et de véhicules en quantité illimitée leur permettant de terroriser la population. On connait peu de chose sur ces formations même s’il est clair qu’elles sont liées à Al-Qaïda.
L’anarchie règne dans la péninsule du Sinaï, à tel point que la semaine dernière, le groupe salafiste du nord du Sinaï, organisation qui chapeaute l'école des extrémistes islamistes visant à restaurer les lois du temps du Prophète, a annoncé qu'il allait mettre en place ses propres tribunaux jugeant selon la charia pour régler les différends entre les tribus qui vivent à El Arish, Cheikh Zueid et Rafah ainsi qu‘assurer la lutte contre la drogue et des trafiquants de femmes. La raison? L'absence d'une force de police efficace. Par ailleurs, selon l'un des leaders, ces tribunaux pourront assurer efficacement l’application de leurs décisions grâce à six mille jeunes membres armés du groupe. Ces tribunaux fonctionneront jusqu'à ce que le gouvernement central soit capable d'assurer l'ordre public.
Il a en outre déclaré qu'il n'y avait aucun d'objectif politique derrière le mouvement et que les salafistes n'avaient rien à voir avec les attaques contre le pipeline bien qu’il ait ajouté dans la foulée « qu’il était possible que le Sinaï fasse un jour partie d'un autre pays au cas où les frontières seraient changées». Mais il n'a pas expliqué à quoi il faisait allusion, s’il s’agissait d’une éventuelle déclaration d'indépendance des tribus bédouines du Sinaï ou d’une prise de contrôle par des éléments extrémistes palestiniens. Il a ajouté que les tribunaux ne tenteraient pas d'arrêter la contrebande des denrées alimentaires à destination de la bande de Gaza, car il s’agit «d’une obligation religieuse».

Attaques de bédouins

C’est l’attaque spectaculaire contre la station de police d'El Arish le 29 Juillet qui a provoqué la réaction des salafistes. A l’aube, des dizaines de jeeps et de camions flambant neufs, transportant 75 combattants lourdement armés, ont ouvert le feu sur le poste de police. Les policiers ont riposté avec courage et finalement repoussé les assaillants. La bataille a fait cinq morts dont deux officiers. Selon le quotidien « Al-Masry AlYom », les assaillants, tout de noir vêtus, portant des masques noirs et arborant des bannières noires proclamant que « il n'y a pas d’autre Dieu qu'Allah » ainsi que le sigle « Emirat islamique du Sinaï » avaient tiré 15 000 balles. Parmi les prisonniers capturés il y aurait trois palestiniens. L'attaque avait été précédée par ce qui peut seulement être décrit comme une prise d’assaut de la place principale de la ville par la guérilla noire vêtue. Lorsque le gouverneur du nord Sinaï a tenté de négocier une solution pacifique, ils ont exigé la libération des terroristes qui avaient commis des attaques en 2004 contre Taba et Charm El-Cheikh. L'échec des négociations a conduit à l’attaque contre le poste de police.
Les habitants d'El Arish, en état de choc, ont refusé de parler à la presse. Il n’y eut aucun communiqué officiel. Toutefois, le gouvernement central a envoyé immédiatement des renforts au Canal de Suez tandis que des barrages routiers étaient installés à l'entrée des ponts sur le canal pour vérifier les voitures et les voyageurs. Selon des rapports non confirmés, de nouvelles attaques sont prévues par le mystérieux groupe.
Les récentes attaques dans le Sinaï nous rappellent les attaques menées par des groupes organisés bédouins au cours des manifestations de masse sur la place Tahrir qui ont amené la chute du régime de Moubarak. A cette époque, les raids concertés sur un certain nombre de prisons ont entrainé la libération de milliers de détenus. L'attaque de la prison « Marag » dans le nord du Caire a permis de libérer un haut fonctionnaire du Hamas, Eyman Nofel, et le chef de la cellule du Hezbollah qui a été actif en Egypte et avait été capturé en 2009, Sami Shehab. Selon un autre rapport d'Al Masry al Yom, l'assaut avait été initié par des membres des familles des prisonniers, assistés par les bédouins du Sinaï équipés de véhicules modernes et d’un armement largement supérieur à celui des gardiens de prison.

Mainmise de l’Iran et du  Hamas

Quelques heures plus tard Nofel était déjà dans la bande de Gaza, après avoir réussi à traverser tout le Sinaï et à entrer par l'un des tunnels. Il a fallu à Sami Shehab un peu plus longtemps, mais sa fuite  avait été soigneusement planifiée. Il a été vu à Beyrouth quatre jours plus tard après avoir transité par le Soudan.
Les seuls groupes capables d’organiser rapidement ce genre d’opérations sont les réseaux de contrebande mis en place par l’Iran et le Hamas. Ils sont organisés et financés par les Gardiens de la Révolution d’Iran avec l’aide de Hamas et de Hezbollah et leur tâche est de faire passer les armes et les munitions en provenance d'Iran et du Hezbollah à destination de Gaza via le Soudan et le Sinaï. Ces réseaux,  utilisant principalement des bédouins locaux,  existent depuis des années, connaissent parfaitement la zone et sont capables d'effectuer des opérations complexes telles que celles que nous avons vues au Caire et à El Arish.
L'Iran reste le principal fournisseur en armes du Hamas et du Hezbollah. Garder les réseaux actifs est un intérêt vital pour le Hamas et l'Iran; jeter la péninsule du Sinaï dans le chaos est un autre intérêt vital pour les deux. Selon des  informations de source  israélienne le Hamas a transféré certaines de ses usines d'armes dans le Sinaï, où ils n'ont rien à craindre car, se trouvant sur le sol égyptien, ils sont à l’abri d’une attaque de Tsahal.
La péninsule du Sinaï est en train de devenir une plateforme non seulement pour la contrebande mais encore pour les organisations extrémistes islamiques sans doute aidées par Téhéran. L'Iran profite de la faiblesse des dirigeants militaires égyptiens intérimaires, embourbés dans des querelles locales et faisant face à des problèmes économiques désastreux. Ces gouvernants ne savent pas comment combattre l'alliance  contre nature entre l'Iran chiite, le Hamas sunnite et d'autres organisations extrémistes sunnites liées ou inspirées par Al- Qaeda.
Israël observe, impuissant, la montée dans la péninsule du Sinaï de cette base islamique extrémiste qui menace la sécurité de l'Egypte ainsi que sa propre sécurité. Toute la question est de savoir si l’opération sécuritaire en cours pourra rétablir l’ordre au Sinaï 

                             Traduction de l'anglais par Jacques BENILLOUCHE 

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