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dimanche 31 juillet 2011

LES PREMICES D’UN MAI 1968 EN ISRAËL



LES PREMICES D’UN MAI 1968 EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE



               Ceux qui ont connu l’époque de mai 1968 à Paris font un parallèle avec la situation actuelle en Israël. Cela avait commencé de la même façon. Une petite manifestation de jeunes étudiants, folklorique au départ, qui ne prêtait pas à conséquence pour les autorités, s’amplifie pour toucher toutes les classes de la population et ensuite toutes les villes. Dans les deux cas, le pouvoir semblait sourd aux revendications face à une crise imprévisible en raison même des formes de la contestation étudiante. La sérénité de la vie universitaire avait été perturbée par les formes multiples qu’ont revêtues les actions de contestation.

            La caractéristique commune à cette prise de conscience réside dans la combativité des jeunes qui ne trouvent pas à s’exprimer dans les organisations politiques et les syndicats. Les jeunes, qui jouent un rôle moteur au boulevard Rothschild, ont décidé seuls des formes de lutte appropriées à leurs revendications alors que les politiques ne les contrôlent pas. Les manifestants n’exigent pas une force alternative aux partis et aux syndicats mais une force nouvelle qui tranche avec une certaine apathie générale. Ce terreau fertile risque de nourrir une contestation plus générale lorsque les universités seront rouvertes.

La guerre d’Algérie avait calmé les velléités des jeunes étudiants qui avaient alors un rôle fédérateur parce qu’ils ne voulaient pas attenter à l’unité du peuple français en période de guerre. Aujourd’hui les jeunes israéliens ne veulent pas être accusés de poignarder le pouvoir alors que les frontières restent sensibles, que le terrorisme n’a pas désarmé et que les ennemis d’Israël risquent de se frotter les mains devant un autre visage du mouvement étudiant. Mais ils ont choisi la rue plutôt que les cafétérias universitaires tout comme en France la faculté de Nanterre avait été choisie parce qu’elle représentait alors un véritable ghetto coincé entre un bidonville en cours de destruction et des terrains vagues préfigurant le nouveau quartier de la Défense. Le symbole résidait dans les classes défavorisées voisinant avec la représentation la plus voyante du libéralisme économique implacable.  

Mai 68 avait marqué une rupture : l'illusion d'un discours révolutionnaire face à la volonté pragmatique des individus. Les jeunes voulaient changer leur vie, voulaient participer au partage des richesses et voulaient surtout qu’on les entende.  Mais le traitement des désordres de mai 1968 par le gouvernement français avait débouché sur une grande déception caractérisée par la fin de tout espoir de changement quels que soient les discours des hommes politiques, parfois révolutionnaires, parfois réformistes.

En Israël, les intellectuels ont pris, comme en France le train en marche, par opportunisme et par désarroi de constater leur impuissance théorique devant la revendication des tentes. Ils ne représentent plus le levier propre à toute contestation. Ils ne représentent plus l’élite des sages qui pensent à la place des autres. Ils ont perdu leur influence et leur aura.

Le pouvoir israélien, puissant aujourd’hui parce qu’il gouverne face à une opposition atone, doit comprendre que la nouvelle démocratie, avide de perspectives politiques concrètes, ne peut pas se satisfaire de mots d’ordre creux et de formules stériles. D'ailleurs le gouvernement est touché frontalement puisque Haïm Shani, directeur général du ministère des fiances a démissionné, vraisemblablement à cause de la vague de protestations. Benjamin Netanyahou doit réviser les textes fondateurs de la révolution de mai 1968 pour éviter que la contestation ne débouche sur une révolution lorsque les revendications sont légitimes.  


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http://benillouche.blogspot.com/2011/07/israel-trouve-sa-place-tahrir.html





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