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mardi 12 juillet 2011

LE PIEGE DE LA DECLARATION UNILATERALE D’INDEPENDANCE



LE PIEGE DE LA DECLARATION UNILATERALE D’INDEPENDANCE

Par Jacques BENILLOUCHE

ABBAS, MESHAAL et HANIYEH
  
              Une course de vitesse est engagée avant la date fatidique de septembre 2011. Les palestiniens ne s’attendaient pas au piège dans lequel ils se sont enfermés en décidant de déclarer unilatéralement leur indépendance. Les assurances reçues de toutes parts leur donnaient l’impression qu’ils s’engageaient vers une simple formalité. Mais c’était sans compter sur les pressions israéliennes auprès des Etats-Unis et de l’Europe qui ont mesuré le risque de blocage politique d’une telle décision.

Attributs d’un Etat

Les israéliens se montraient, de leur part, très sereins car l’application du principe de l’indépendance butait sur la réalité physique d’une Cisjordanie actuellement morcelée, aux frontières imprécises. Ils voyaient par ailleurs une difficulté à assurer à cette nouvelle entité les attributs d’un Etat indépendant.  La vraie indépendance ne saurait se résumer à un drapeau, à un hymne et à une date anniversaire mais à l’existence d’un peuple uni, d’une monnaie, d’une Constitution et d’une armée.
Il ne peut s’agir uniquement d’une déclaration d’intention. Le peuple palestinien ne sera indépendant que si l’occident lui donne les moyens de réaliser cette autonomie en créant les conditions pour que le peuple libère son énergie. Mais ce défi impose d’abord des réformes structurelles pour diversifier une économie trop dépendante de l’économie israélienne, pour réorganiser les infrastructures de la région avec modernisation des écoles, création de routes et ouverture d’hôpitaux, avec création d’industries et avec indépendance énergétique. La politique agricole, qui souffre d’une anarchie liée à la déstructuration du monde rural, doit cibler la modernisation des outils des paysans. La Palestine a donc besoin de l’occident et ne peut s’aventurer face à ses seuls alliés arabes, très frileux quand il s’agit de mettre la main à la poche .
Parce que les américains, les allemands, les italiens et d’une certaine mesure les français hésitent à proclamer l’indépendance unilatérale, les palestiniens sont contraints à une marche forcée dans une fuite en avant stérile. Certains de leurs dirigeants mesurent la vanité de leur démarche qui ne reçoit pas l’accueil enthousiaste escompté. Alors, ils défient l’administration américaine en voulant demander, durant la semaine du 14 juillet, leur admission à l’ONU en tant qu’Etat indépendant fondé sur les frontières de 1967 malgré la volonté des Etats-Unis, de l’Europe et de la Russie de surseoir à cette demande. Le Conseil de sécurité a certes convenu d’en débattre mais sans donner de calendrier précis.
Comprenant que l’occident était attaché à une décision négociée, Saeb Erakat, le négociateur palestinien qui se trouvait le 6 juillet à Washington a estimé « qu’il n'y avait pas de contradiction entre le processus de paix et de la reconnaissance par l'ONU d'un Etat palestinien.  Nous avons déjà parlé pendant plus de 20 ans. » Il cherche à démontrer qu’il n’a pas l’intention de heurter les esprits occidentaux par un entêtement qui conduirait à une impasse en septembre.

Sommet israélo-palestinien en France

Le président Sarkozy et son ministre des affaires étrangères Alain Juppé sont très attachés à un sommet de paix israélo-palestinien prévu pour le 2 septembre à Paris. Barack Obama aurait donné son accord pour assister aux discussions avec Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas. Le président américain souhaite à cette occasion sceller la réconciliation entre Israël et la Turquie qui reste un élément fondamental dans la stratégie américaine au Moyen-Orient.
Sachant que le Conseil de Sécurité de l’ONU, en raison du veto américain,  fera obstacle à toute décision non négociée, Mahmoud Abbas voudrait obtenir pour la Palestine  la reconnaissance de son statut d’Etat auprès de l’Assemblée générale de l’ONU. Mais le président Sarkozy souhaite plomber cette déclaration unilatérale par la tenue d’un sommet à Paris qui entérinerait la reprise officielle des négociations israélo-palestiniennes.
Les américains ont un plan ambitieux qui ne se limite pas au Moyen-Orient car le conflit libyen, qui perdure, reste une épine au talon de Barack Obama. Il a donc envoyé son conseiller spécial Dennis Ross discuter avec le conseiller à l’Elysée Jean-David Levitte pour proposer une voie mettant fin au blocage en Libye : ou bien une solution négociée est immédiatement trouvée avec le colonel Kadhafi, ou bien les forces de l’OTAN, avec l’aide américaine, décident de faire tomber le régime libyen par la force. Cette exigence subordonne la tenue du sommet à Paris le 2 septembre. Les américains seraient prêts à empêcher le conflit libyen de s’enliser en acceptant le départ du colonel Kadhafi vers un exil doré et en créant une direction mixte entre des tenants de l’ancien régime et les représentants des insurgés. La percée diplomatique en Libye boosterait ainsi les discussions entre palestiniens et israéliens.
Benjamin Netanyahou a déjà fait un pas dans le sens américain en acceptant la reconnaissance d’un Etat palestinien sur les frontières de 1967, corrigées par des échanges de territoires . Les palestiniens semblent accepter en contrepartie  l’exigence israélienne  de reconnaitre Israël comme un Etat juif. Le premier ministre israélien aurait fait secrètement cette concession sous réserve de l’acceptation par Barack Obama de cosigner la lettre du président Bush datée d’avril 2004 à Ariel Sharon dans laquelle les américains n’exigeaient plus le retour aux frontières de 1949 et reconnaissaient les grandes implantations juives de Cisjordanie. La balle est donc à présent à Washington.
Critiqué par l’opposition par son absence de propositions, le premier ministre israélien a donné des éléments précis sur lesquels il pourrait asseoir un accord avec les palestiniens. Israël  garderait les grandes implantations qui couvrent 8% de la Cisjordanie mais il n’offrirait en compensation qu’une surface de 4% prélevée sur l’espace israélien. Les israéliens estiment que la sécurité de l’Etat juif risque d’être écornée par un abandon d’une plus grande surface.
Les observateurs constatent un frémissement dans les positions extrêmes des deux partenaires qui comptent sur l’occident pour les faire sortir de leur intransigeance. La rentrée de septembre pourrait apporter de nombreuses surprises.  

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