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dimanche 10 juillet 2011

ELECTION 2012 : INTERVIEW EXCLUSIVE DE VALERIE HOFFENBERG




INTERVIEW EXCLUSIVE DE VALERIE HOFFENBERG

Par Jacques BENILLOUCHE


La campagne électorale pour l’élection en 2012 d’un député à l’Assemblée Nationale française, représentant la huitième circonscription comprenant également l’Italie, Malte, Saint-Marin, le Saint-Siège, Chypre, la Grèce et la Turquie, a déjà débuté. Elle a été lancée sur fond d’invectives dans lequel le débat d’idées ne trouvait pas sa place. Pour permettre de fournir aux électeurs les arguments les engageant d’une part à voter, et d’autre part à choisir leur meilleur candidat, il semble nécessaire de donner la parole aux quatre  personnalités qui réclament nos suffrages.
Valéry Hoffenberg m’a reçu en juin 2011 au Quai d’Orsay pour un entretien sur le vif, non préparé, sur les seules questions de fond qui motivent les francophones d’Israël.
Nous donnerons la parole aux autres candidats.

Extrait vocal de l'interview
video



Jacques BENILLOUCHE : La culture politique des francophones d’Israël semble majoritairement axée sur une position de droite dure. Comment pouvez-vous changer cet état de fait qui vous est défavorable ?


Valérie HOFFENBERG : Je connais bien Israël car la grande majorité de ma famille y vit. Il ne s’agit pas d’une « alya » récente puisque mes grands parents et mes cousins  y sont installés depuis longtemps. Comme je connais bien ce pays, je connais le sentiment de tristesse et de frustration que ressent la grande majorité de la communauté française qui attend beaucoup de réponses à des problèmes sur lesquels elle a été beaucoup déçue. Je vais donc privilégier l'action au lieu de diffuser des bonnes paroles car les français, qui ont fait le choix d’habiter en Israël, aiment ce pays et ne croient plus aux mots. Ils éprouvent beaucoup de scepticisme vis-à-vis des politiques

JB : Vous occupez actuellement au Quai d’Orsay une fonction officielle attribuée par le président Sarkozy. N’est-ce pas un cadeau empoisonné qu’il vous a fait puisque votre poste vous confine, selon certains, à un rôle anti-israélien ?

VH : J’ai plusieurs fonctions. D’abord celle de représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient. Je ne peux pas accepter l’idée que ce poste est anti-israélien. Le but de Nicolas Sarkozy est de faire en sorte qu’il y ait un autre regard sur ce processus de paix, celui d’un ami d’Israël au sein de cette 'maison' qui n’a pas la réputation d’être une amie d’Israël. Son objectif est de renforcer le camp, petit, des amis d’Israël au Quai d’Orsay. Il me connait depuis longtemps et il sait que j’ai une bonne connaissance du pays, que j’ai des convictions et des valeurs avec lesquelles je ne fais aucun compromis. Toutes mes actions ont eu pour objectif d'équilibrer la politique française au Proche-Orient. Le gouvernement israélien me considère comme une amie et une alliée et de nombreux dirigeants politiques, que je rencontre souvent, m’ont rappelé leur amitié et leur soutien mais surtout leur reconnaissance par rapport à mes actions. Je vais expliquer aux français d’Israël pourquoi le gouvernement israélien m’accorde sa confiance. Je ne veux pas qu’on me croit sur parole et d'ailleurs on peut comparer mes actions à celle des autres candidats.

JB : Quelques exemples concrets ?

VH : J’ai d’abord lutté contre la de-légitimation d’Israël. Au niveau économique j’ai notamment amené en Israël la plus grande délégation d’hommes d’affaires français, 38 chefs d’entreprises, qui ont rencontré leurs homologues israéliens et qui ont découvert le miracle israélien.

JB : Vous risquez cette fois d’être discréditée par la partie palestinienne qui attend de vous une certaine neutralité.

VH : Les palestiniens connaissent mon parcours d’amie d’Israël. Ils savent que je suis juive, que j’étais ancienne directrice de l’Américan Jewish Commitee et ils savent que mes parents viennent de faire leur alya pour rejoindre mes oncles installés depuis longtemps. Ils me respectent parce que je dis la même chose d’un côté comme de l’autre. Ils savent que j’ai un accès direct au gouvernement israélien et ils savent donc que, quand je demande quelque chose, j’ai plus de chance de l’obtenir car les israéliens ont confiance en moi.

JB : Beaucoup de français m’ont dit que, dès qu’ils mettent le pied en Israël, ils veulent oublier leur appartenance française pour vivre pleinement leur avenir sur leur nouvelle terre. Ils ne voient plus d’intérêt à voter aux élections françaises. Il est vrai que seulement 15% des 60.000 français immatriculés votent effectivement au Consulat. Si ce chiffre se maintient à votre élection, aucun des quatre candidats n’atteindra le minimum pour figurer au deuxième tour. Comment faire comprendre en particulier aux habitants des implantations qu’ils doivent se mouiller politiquement ?

VH : Question très importante qui explique pourquoi nous commençons notre campagne très tôt. Les électeurs doivent s’inscrire avant le 31 décembre 2011 pour participer au vote de 2012. Il n’y a aucune inscription automatique.  Nous devons expliquer ce que nous pouvons apporter à ces français de l’étranger puisque c’est une première. La sémantique est aussi importante pour les juifs français qui vivent en Israël où ils sont chez eux, car ils ne s’estiment pas vivre à l’étranger, mais hors de France. Il y a certes une relation ambiguë de ces binationaux qui ont leur âme en Israël, par choix, mais qui gardent une partie de leur cœur en France et un lien fort avec la culture française. Ils veulent que la France dans laquelle ils ont vécu ait une meilleure compréhension d’Israël.

JB : Quelle action concrète ?

VH : Je vais d’abord expliquer ce qu’est un député français et qu’il ne s’agit pas d’élire un député à la Knesset mais à l’Assemblée Nationale française. Il sera un interlocuteur privilégié pour tous les français vivant en Israël, pour les questions administratives, d’éducation, de santé, de divorce, de garde d’enfants, de pensions alimentaires. Beaucoup veulent que leurs enfants continuent à fréquenter l’école française et c’est pourquoi je vais m’attacher à homologuer d’autres lycées, comme celui d’Ashdod en particulier. Je voudrais développer la culture française avec plus de spectacles car il est inadmissible que certains artistes français refusent de se produire en Israël. Mais je ne négligerai pas les problèmes politiques car il faut avoir aussi une bonne connaissance de ce qui se passe en France. Le rôle du député est aussi de faire avancer des dossiers mais pour cela il doit avoir de bonnes relations avec le gouvernement israélien mais aussi avec le gouvernement français. Je bénéficie d’une légitimité des deux parties. Comme je représenterai d’autres pays, je pourrais aussi être un lien entre Israël et la Turquie par exemple. J’ai bien l’intention de mettre en rapport des hommes d’affaires israéliens et turcs pour augmenter les échanges commerciaux. Ma position me permettra d’être un lien politique entre Israël et les autres pays de ma circonscription.

JB : Cette élection politique semble uniquement se jouer sur un plan communautaire.

VH : C’est notre rôle d’expliquer l’objectif de cette élection. Mais pour pouvoir peser dans le débat, il faut appartenir à un grand parti. Pour faire avancer des lois sur la fiscalité des binationaux, sur les questions d’éducation ou de reconnaissance de diplômes, nous devons être en mesure de les faire voter par un grand parti. Les députés indépendants n’ont aucune efficacité à l’Assemblée. Il est plus important d’avoir raison avec un groupe que d’avoir raison tout seul. En tant qu’élue au Conseil de Paris j’ai pu me rendre compte de l’importance d’appartenir à un grand groupe. Mon groupe UMP s’est toujours élevé en vote public à toute résolution condamnant Israël et avec mon collègue Claude Goasguen, nous sommes désignés pour intervenir sur toutes les questions concernant Israël.

JB : Comment expliquez-vous cette opposition, parfois teintée de haine, à votre égard ? Claude Goasguen aurait fait une déclaration contre votre candidature.

VH : Je me porte en faux contre cette déclaration. Ce qu’a dit le site Atlantico est un ouï-dire. Si vous interrogez Claude Goasguen, il démentira totalement avoir tenu ces propos. Je vous précise qu’il m’a donné une chance en m’inscrivant, à sa demande, sur sa liste municipale et j’ai été élue à ses côtés sur la liste du XVIème arrondissement de Paris. C’est donc un ami qui n’a jamais tenu ces propos qu’on lui prête. Le premier respect qu’on doit aux électeurs est de vérifier les sources. 

JB : Comment allez-vous gérer votre identité juive à l’égard des autres pays, la Turquie et la Grèce par exemple, qui risquent de considérer votre candidature suspecte vis-à-vis d’Israël ?

VH : Je suis représentante de la France, secrétaire nationale de l’UMP au bureau politique, élue locale à Paris ; on m’a attribué la Légion d’Honneur. Pour moi il n’y a pas d’incompatibilité à revendiquer une identité juive avec une identité républicaine française. L’une de mes fiertés aura été de n’avoir jamais renié mon judaïsme tout en n’ayant jamais eu à faire de compromis avec mon identité juive très forte. Avec Nicolas Sarkozy, on peut à la fois être juive, l’affirmer, manger casher et représenter la France.   

JB : Comment allez-vous financer votre campagne surtout avec les nombreux voyages qui seront nécessaires dans les pays de votre circonscription ? 

VH : C’est l’avantage d’appartenir à un grand parti qui nous aidera en respectant le plafond imposé par la loi.

JB : Sur quels réseaux allez-vous vous appuyer en Israël ?

VH : D’abord ma famille et de très nombreux amis qui vivent partout en Israël et qui seront pour moi une source d’informations et de soutien. Claude Brightman, présidente du développement francophone au Collège académique de Netanya, travaille avec moi sur les questions d’éducation. Beaucoup de chefs d’entreprises israéliens et français habitant en Israël m’appuient. Je vais m’attacher à obtenir des appuis sur tous les plans sectoriels. Dany Ayalon m’a officiellement apporté son soutien lors d’une réunion avec les journalistes à Jérusalem. Shimon Pérès a affirmé que, malgré son appartenance à l’Internationale Socialiste, je serai la première candidate de droite qu’il soutenait.

JB : Dans plusieurs sites Internet, il y a beaucoup de choses désagréables à votre égard, à la limite de la haine.

VH : Dans la vie il faut savoir faire preuve d’humilité. En France les gens savent qui je suis mais en Israël, les français ne me connaissent pas et ne connaissent pas mes actions. C’est à moi de faire ce rattrapage pour mieux communiquer. Il est vrai qu’il y a eu beaucoup d’attaques qui m’ont blessée. Il faut d’abord respecter les électeurs en proposant un programme mais non pas en attaquant ses adversaires. Certains qui ont peu de programme, se sont définis comme des opposants de l’autre candidat sans pour autant avoir un quelconque actif. Ces attaques personnelles sont injustifiées alors qu’il faut débattre programme contre programme. Des attaques m’ont blessée et ont blessé ma famille mais moi je ne tomberai pas dans ce travers. J’ai pris l’engagement de faire une campagne propre quelque soient les provocations. Je ne ferai pas de la politique avec du « lachon ara » mais avec des valeurs, des engagements et des projets.

JB : J’ai deux dernières questions qui fâchent. On sait historiquement que depuis le général de Gaulle, le ministère des affaires étrangères, où nous nous trouvons actuellement, promeut une position sinon anti-israélienne, au moins pro-arabe. Pensez-vous être capable de modifier ce sentiment qui fait que toutes les positions prises par le gouvernement français sont inspirées par la doctrine du Quai d’Orsay ? Comment une femme seule dans un parti aussi important pourrait obtenir, au moins, une politique plus équilibrée vis-à-vis d’Israël ?  

VH : C’est une question que je trouve pertinente à laquelle je suis ravie de pouvoir vous répondre. Il ne suffit pas de penser mais d’agir. Quand j’ai accepté la proposition de Nicolas Sarkozy, je savais que cela ne serait pas facile. C’est vrai que c’est plus simple de parler à des juifs convaincus que d’agir de l’intérieur. S’il n’y a personne au sein du Quai d’Orsay, alors on ne changera pas l’image que l’on a d’Israël. Veut-on qu’il n’y ait que la rue arabe au Quai ? Moi j’ai décidé d’arrêter de me plaindre et d’agir de l’intérieur pour faire bouger les choses. Je mentirais si je disais que je peux changer tout, mais être à l’intérieur est déjà une victoire pour ceux qui aiment Israël. Depuis que je suis là, jamais autant de ministres israéliens sont venus au Quai et jamais autant de tables rondes n’ont été organisées pour des diplomates israéliens. J’ai reçu Guideon Sar, Avishai Braverman, Guilad Erdan, Fouad Ben Eliezer, Dan Meridor, pour leur permettre de donner un autre regard et une autre image d’Israël. Le patron des patrons Shraga Brosh est venu à Paris pour rencontrer toutes les institutions économiques françaises. En tant qu’officielle française j’ai rappelé que la France était contre le boycott d’Israël et que la volonté de Nicolas Sarkozy est de renforcer les échanges entre la France et Israël. Je l’ai fait dans les grands salons du Quai d’Orsay. J’ai été la seule à avoir pu imposer au Medef international d’inviter des israéliens, en particulier Eran Margalit qui a été le premier homme d’affaires israélien, grâce à moi, à pouvoir s’exprimer devant le Medef international. En ce qui concerne le volet politique je vous signale, qu’il y a quelques semaines, il y a eu une déclaration du porte-parole du Quai d’Orsay expliquant que la France accueillait favorablement la réconciliation inter-palestinienne entre Hamas-Fatah. J’avais été outrée du fait qu’il n’avait pas rappelé que les trois préconditions du Quartet  devaient être au préalable résolues. J’ai exigé qu’au nouveau point de presse du lendemain, le porte-parole rappelle la position de la France qui est de ne pas parler avec le Hamas si les trois conditions ne sont pas remplies (NDLR : reconnaissance d’Israël, arrêt de la violence et reconnaissance des actes signés antérieurement).  C’est parce que je suis de l’intérieur que j’ai pu faire changer les choses. J’arrive même à faire remonter beaucoup d’informations au Président de la République en lui demandant de rajouter une quatrième précondition : la libération de Guilad Shalit. Je suis sûre que la politique des petits pas de l’intérieur est efficace.

JB : Deuxième question qui fâche. Il y a en Israël un très grand besoin de culture française. Les conférences privées organisées à travers le pays sont très suivies car nous vivons dans une zone inspirée par la culture anglo-saxonne. J’ai été choqué par certains représentants de la culture française en Israël qui ont fait de la politique au lieu de faire de la culture, ou du moins de la politique à sens unique. Les français aiment les débats équilibrés. J’avais écrit que j’avais été choqué par le Forum organisé par le Centre culturel français qui avait été un monologue réservé à la gauche, pour ne pas dire à l’extrême-gauche avec un budget qui aurait été mieux utilisé à d’autres actions plus modestes mais plus percutantes. J’ai en mémoire l’excellent colloque privé sur la Francophonie ou sur Camus qui a fait venir autant de français que d’israéliens. Pourrait-on avoir en Israël une culture française digne de ce nom d’autant plus que des israéliens, qui ne sont pas d’origine francophone, y sont très sensibles ?

VH : Je vous suis totalement car un des éléments qui suscitent l’admiration du monde vis-à-vis d’Israël est son rapport à la culture. Dans mon programme que j’ai affiché dans mon blog, vous pouvez vérifier que j’ai mis en premier point la culture. Le même problème existe en Turquie où l’on m’a dit que la culture anglo-saxonne était considérée comme une culture de masse mais que la culture française était assimilée à une culture d’élite. Ils ont eux-aussi besoin de plus de culture française. J’ai l’intention de contacter immédiatement l’Ambassadeur Christophe Bigot et je compte faire une note au président de la République à ce sujet. Proposez-moi des intervenants de France que vous souhaiterez recevoir en Israël et vous les aurez. J’ai l’intention de développer de nombreuses bibliothèques françaises car les livres sont chers. Je suis prête à monter avec vous une opération des « livres pour Israël ». Je vais d'ailleurs immédiatement réclamer un budget du Ministère de la culture et je vais demander au Quai de récolter auprès des éditeurs des livres pour Israël. Je relève le défi et là, il s’agit de choses concrètes. Vous pourrez alors juger mes promesses et mes actes.

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