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lundi 2 mai 2011

LES ARMEES ARABES POURRAIENT ASSURER LA TRANSITION DEMOCRATIQUE



LES ARMEES ARABES POURRAIENT ASSURER LA TRANSITION DEMOCRATIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE

Général tunisien Rachid AMAR

A gauche général Ali Habib, à droite général Rahja Daoud


Pour les révolutions arabes, les militaires représentent à la fois la relève des régimes dictatoriaux et le rempart unique contre l’arrivée des islamistes radicaux au pouvoir. Parce que les dictateurs ont fait le vide politique autour d’eux, l’armée est la seule structure organisée qui n’a pas trop trempé dans les affaires véreuses de l’Etat et qui a créé une élite forgée au contact des écoles militaires étrangères.

Armée tunisienne

En Tunisie, l’armée n’a jamais été inféodée au régime de Ben Ali et les faits ont démontré qu’elle fut totalement indépendante. Les généraux avaient donné l’ordre d’arrêter la famille Trabelsi, cherchant à fuir à l’Etranger, et se sont opposés aux ordres de tirer sur la foule des manifestants. Pour éviter un bain de sang, elle a préféré destituer le dictateur tunisien. Elle ressemble à certains égards à l’armée qui a fait émerger la révolution portugaise des Œillets en 1975 en abattant la dictature Salazar.
Alors que les affrontements se développaient, elle a d’abord agit pour rétablir l’ordre républicain et empêcher le chaos pour ensuite aider à la construction d’une démocratie en défendant les intérêts de la nation plutôt que ceux d’un clan particulier. L’armée n’a pas usé de violence pour canaliser les émeutiers qui bravaient le couvre-feu et a permis l’émergence du véritable homme fort de la révolution, Rachid Ammar, chef d'état-major de l'armée de terre, limogé pour avoir refusé de tirer sur le peuple puis rétabli dans ses fonctions après la révolution.
Le président Bourguiba avait tenu à maintenir l’armée à l’écart des combats politiques tandis que Ben Ali avait préféré s’appuyer sur son propre appareil sécuritaire civil, de type mafieux, de 120.000 hommes alors que l’armée marginalisée ne comptait que 35.000 soldats sous-équipés. Certaines rumeurs prétendent que les partisans Ben Ali, qui se méfiaient de l’armée, aurait commandité en 2002 l’élimination de tout l’Etat-Major des forces terrestres comprenant les treize plus hauts gradés de l’armée de terre,  décimé dans un douteux accident d’hélicoptère.  
Deux écoles de pensée s’affrontent actuellement pour décider de l’avenir de la Tunisie. Certains, comme Néjib Chebbi (Parti démocrate et progressiste), ancien opposant et nouveau ministre, estiment qu’il faut encore s’appuyer sur des éléments militaires sains de Ben Ali. D’autres veulent faire table rase de l’ancien régime à l’instar de Moncef Marzouki (Congrès pour la République) et du Parti des ouvriers communistes dans une stratégie de rupture totale avec le passé.
L’armée en rempart

Dans cette phase de transition qui risque encore de mener à une démocratie autoritaire, tout reste possible.  Mais l’armée tunisienne, qui a clairement rejeté toute politique répressive en s’affichant en protectrice des émeutiers, reste le rempart contre toutes les aventures. Mais elle n’a pas toujours eu un rôle idyllique  car elle a participé en 1978 à la répression contre les mouvements sociaux et en 1981 et 1984 contre les « révoltes du pain ». Aujourd’hui elle a compris que la corruption était généralisée sous Ben Ali et que le régime était discrédité. Elle a donc joué la carte de la seule structure capable de remplacer le dictateur. 
A l’origine, le sentiment qui animait les militaires était plutôt un sentiment de survie car les généraux étaient convaincus que leur participation à la répression pouvait entrainer le chaos et donc leur élimination. Ils ont ensuite intégré l’idée qu’ils restaient le rempart contre l’avènement d’un régime islamiste radical. Il est vrai que la tâche leur était facilitée parce que les islamistes tunisiens étaient des « modérés » qui ont vécu en exil au contact des pays occidentaux, à Paris, à Marseille et à Londres, et qui de ce fait, n’étaient pas loin d’avoir une certaine connivence avec les partis laïcs.
Donc, l’armée a choisi son rôle et elle veut ressembler à celle de la Turquie, responsable de la laïcité. Elle a ainsi influencé le parti Ennahda de Rachid Ghanouchi qui a choisi de ne pas s’inspirer de l’islamisme radical ou de l’islamisme salafiste saoudien mais plutôt de l’AKP au pouvoir en Turquie. Elle a reçu le soutien des Etats-Unis qui ont joué un grand rôle dans la mise à l’écart de Ben Ali. Les États-Unis ont  soutenu les militaires tout en développant des relations étroites avec les syndicats et l’opposition au régime, car ils représentant la base d’un scénario de transition démocratique. L’armée a moins  peur des islamistes, qu’elle a su contenir, que de certains pays arabes, l’Arabie saoudite ou l’Algérie en particulier, qui n’ont aucun intérêt à faire émerger la démocratie arabe.

Armée syrienne

Paradoxalement, l’armée syrienne qui participe activement à la répression, est seule capable de supplanter le régime de Bassar Al-Assad.  L’opposition est convaincue qu’elle a besoin des militaires pour abattre la dictature. Elle a d’ailleurs publié un communiqué à Damas, signé anonymement pour des raisons évidentes de sécurité, par 150 responsables politiques, militants de la société civile et défenseurs des droits de l'homme ainsi que des syriens exilés : « Aujourd'hui, la Syrie fait face à deux options : soit le régime en place lui-même fait une transition pacifique vers la démocratie, mais nous doutons de la bonne volonté du régime à le faire, soit la transition se fera par un processus de protestations populaires qui évoluera en une révolution massive qui mettra fin au régime. »
L’opposition estime que le peuple a perdu confiance dans un régime qu’il faut remplacer. Or « la seule institution capable de diriger la période de transition serait l'armée, et en particulier l'actuel ministre de la Défense, le général Habib Ali, et le chef d'état-major Rajha Daoud ». L’appel à l’armée est clair et sans ambiguïté sous réserve que des personnalités civiles supervisent une transition démocratique menant à l'organisation d'élections et au transfert du pouvoir aux civils. « La réforme politique doit commencer par la réécriture de la Constitution d'une manière moderne et démocratique qui garantisse les droits fondamentaux de ses citoyens et mette l'accent sur un système d'équilibre entre les branches du gouvernement. »
Le général Maher Assad, le frère de Bassar, n’est pas dans le même état d’esprit et veut encore résister. Il sait pourtant que la majorité de l’armée est très réticente à réprimer et qu’elle fait le moins de zèle possible surtout quand les émeutiers parviennent à faire de sérieux dégâts dans ses rangs : Six officiers et soldats ont été tués et deux pris en otage à Daraa, et trois autres officiers sont tombés à Homs. Les militaires ne pardonnent pas que plusieurs des leurs ont été passés par les armes pour refus d’obéissance.
Le président syrien semble opérer une révision de sa stratégie qui consistait à demander l’aide des Gardiens de la Révolution iranienne face à des révoltés armés par l’Arabie saoudite avec du matériel de contrebande en provenance de Jordanie, de l’Irak et du Liban. Il craint à présent un coup d’Etat fomenté par les iraniens pour amener le Hezbollah au pouvoir.  Il a donc refusé l’armement anti-émeute qui lui était fourni par l’Iran et vient d’interdire à un avion iranien de se poser avec 200 Gardiens de la révolution, spécialement entrainés et mandatés pour disperser les manifestants sous le commandement du général iranien Qassem Suleimani , qui contrôle les opérations en Syrie depuis une base secrète à la frontière de l’Irak ou du Liban.
Le président Assad, qui voit les menaces occidentales s’abattre sur lui et sur son régime, semble à présent prêt à composer avec son armée pour une solution négociée, conforme aux intérêts de son pays. Mais il ne semble plus contrôler les jusqu’au-boutistes qui veulent absolument en découdre quitte à continuer à déverser du sang dans les rues.   

Armée égyptienne

L'armée égyptienne, soutenue de manière ostensible par les Etats-Unis, dirige le pays depuis la chute de Hosni Moubarak. En fait, la révolution égyptienne fut une révolution de Palais puisque quelques têtes ont été écartées au sommet alors que les militaires détiennent toujours le pouvoir. L’armée a promis dans un communiqué diffusé par la télévision d'État, une « transition pacifique vers un pouvoir civil élu ». Le nouvel homme fort du pays, le Maréchal Mohamed Hussein Tantaoui , a déclaré que le gouvernement égyptien allait rester en place provisoirement pour gérer les affaires courantes. Il a assuré que tous les traités régionaux et internationaux signés par le pays seraient respectés ce qui a rassuré le gouvernement israélien.
La détermination de l’armée a convaincu les Frères musulmans, qui représentent la principale force d'opposition, de ne pas s’impliquer dans le nouveau régime et de soutenir le transfert pacifique du pouvoir engagé par le conseil suprême des forces armées.
L’universitaire Hasan Nafaa, spécialiste des sciences politiques très impliqué dans le « printemps égyptien » a donné son analyse précise : « L’armée tente de parvenir à un équilibre entre mise en œuvre de réformes, purge de l’ancien système et maintien de la stabilité économique et politique. L’armée sait bien que de nombreuses personnalités issues de l’ère Moubarak contrôlent l’économie et sont profondément ancrées dans la société. Elle agit par conséquent par étapes mesurées. »

Les révolutions arabes, qui se sont élevés contre les dictatures souvent issues d’un coup d’Etat militaire, comptent paradoxalement aujourd’hui sur l’armée pour consolider la révolution et permettre une ouverture démocratique à des peuples qui en ont été privés depuis des décennies.

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