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dimanche 8 mai 2011

ACCORD FATAH-HAMAS OU L’ART DE L’ESQUIVE




ACCORD FATAH-HAMAS OU L’ART DE L’ESQUIVE

Par Jacques BENILLOUCHE

Abbas, Mechaal et Haniyeh


L’accord du Fatah et du Hamas est l’exemple type d’un accord sans lendemain car il esquive tous les problèmes réels en ne s’attachant qu’à l’illusion d’une réconciliation. Le monde change mais les principes restent au Proche-Orient. Les dirigeants palestiniens et israéliens se comportent comme si rien ne s’était passé dans la région et comme si aucune révolution n’était intervenue dans le monde arabe. Les procès d’intention persistent et la méfiance est élevée au rang de dogme.
Accord en demi-teinte

L'accord paraphé par les deux factions palestiniennes rivales, le Fatah de Mahmoud Abbas et les dirigeants du Hamas dans la bande de Gaza au Caire le 27 avril, a été salué comme «historique». Mais alors que les termes du projet n’étaient pas encore connus et avant d’en avoir soupesé les conséquences pratiques, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est montré négatif en menaçant l’Autorité palestinienne : « Vous ne pouvez pas avoir la paix à la fois avec Israël et le Hamas ». De son côté, Mahmoud Zahar, ministre des affaires étrangères du Hamas maintient sa même ligne intransigeante : « pas de reconnaissance d'Israël et pas de négociation ». Il prévient par avance ses adversaires que le gouvernement transitoire, formé par les deux mouvements palestiniens, n'aura pas de mandat pour négocier avec Israël. Les deux parties ferment ainsi les portes à toute négociation.
Le premier ministre israélien prétend que ses inquiétudes sont liées à la faiblesse de l’Autorité palestinienne alors qu’il est vu par ses propres concitoyens comme un dirigeant faible, n’ayant pas de prise sur sa coalition et ne sachant pas prendre de vraies décisions courageuses. Son propos s’inspire des effets des précédents trois pactes de réconciliation entre Hamas et Fatah qui ont été signés dans le passé, sans grand résultat.
Mais le contexte, aujourd’hui, est différent. La Syrie qui parraine le Hamas est dans la tourmente et elle entraine dans l’inconnu l’Etat iranien qui, paradoxalement, reste muet depuis le début des révolutions arabes parce qu’il risque de perdre son vassal au Proche-Orient. Il n’en demeure pas moins actif en sous-main pour aider les organisations islamistes à émerger dans les pays où la révolution est passée. L’Egypte reste encore aux mains des militaires, toujours sous influence américaine tandis que Al-Qaeda subit le contrecoup de l’élimination de Ben Laden.

Les lignes ont bougé

Les lignes ont ainsi bougé et nul ne peut rester insensible aux changements qui sont attendus. Alors que la majorité des israéliens ne veut rien entendre à une éventuelle restitution d’une grande partie de la Cisjordanie, chaque faction palestinienne recherche ses propres intérêts. L’ambition, pour l’instant, de Mahmoud Abbas est d’améliorer sa crédibilité et sa légitimité internationale avant l’Assemblée générale des Nations-Unis qui doit statuer en septembre sur la demande de reconnaissance éventuelle d’un Etat palestinien indépendant. Quand au Hamas, il voit disparaitre ses appuis et ses moyens syriens et il risque de pâtir de la répression sanglante de Bassar Al-Assad contre la population civile.      
L’accord signé a conduit les palestiniens et certains pays occidentaux à un optimisme relatif alors que les difficultés, qui ne font que commencer, rendent les israéliens sceptiques sur l’issue réelle d’un accord réalisé en toute hâte. De toute façon, ils ne feront jamais confiance à un gouvernement qui comprend « les terroristes du Hamas » et ils savent en effet que Mahmoud Abbas a dû accepter des concessions majeures pour parvenir rapidement à un pacte finalisé. Il a dû, en particulier, renoncer à la position dominante du Fatah en Cisjordanie et accepter le principe que l’accord de paix éventuel avec Israël serait négocié avec la seule l’OLP, le parti du président, mais pas avec la nouvelle Autorité qui aura en son sein des membres islamistes. Enfin, le Hamas aura droit de veto sur les nominations de ministres et les négociations risquent de s’éterniser bien que les  palestiniens essaient de se montrer optimistes. Mahmoud Abbas l’a confirmé lors de la cérémonie du 4 mai en affirmant que les palestiniens ont décidé de « tourner pour l'éternité la page noire de la division ».

Pas de stratégie israélienne

L’Etat d’Israël devra dès à présent réfléchir à certaines questions pratiques avant d’aborder les questions fondamentales de doctrine. Il devra en particulier définir le type de relations  avec le nouveau gouvernement palestinien transitoire, constitué de technocrates apolitiques, mais aussi de membres affilés au Hamas. Ces futurs ministres islamistes, qui ont exigé de siéger à la fois à Gaza et en Cisjordanie, réclameront une liberté de circulation entre les deux zones entrainant certainement des frictions avec les services de sécurité israéliens et avec la droite nationaliste.
Le gouvernement Netanyahou n’a pas de stratégie à opposer à l’accord Fatah-Hamas d’autant plus que les membres de la coalition croient difficilement à un virage politique de  Khaled Mechaal qui a déjà précisé que « notre unique combat est contre Israël ». Par ailleurs il ne renonce à aucune de ses exigences antérieures  puisqu’il souhaite «  l'établissement d'un Etat palestinien indépendant et souverain en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avec Jérusalem pour capitale, sans renoncer d'un pouce au droit au retour ». Sa position n’a ainsi pas évolué alors qu’il risque de devoir quitter la Syrie pour un autre exil. Une nouvelle donne est cependant apparu puisque le symbole de la lutte contre les israéliens et les américains, Oussama Ben Laden, a disparu de la scène politique. Comme lui, il maintient une posture radicale stérile qui séduit de moins en moins les palestiniens sensibles à présent au confort d’une vie pacifique.
La disparition du chef d’Al-Qaeda est un facteur nouveau qui modifie le sens du combat des palestiniens qui doivent choisir entre la lutte armée et la dialogue. Certes symbole de la lutte arabe, Ben Laden n’a jamais soulevé les masses populaires qui n’ont pas attendu son aide pour se révolter et qui veulent ouvrir aujourd’hui un nouveau chapitre.  Le libanais Nadim Houry, représentant de Human Rights Watch, estime que « Ben Laden n'est plus qu'un mauvais souvenir. La région est passée à tout autre chose avec les soulèvements de grande ampleur qui bouleversent la donne. »
Il n’est donc pas certain que la stratégie de violence prônée par le Hamas puisse aujourd’hui faire des adeptes parce que les Etats-Unis ont démontré que les terroristes seront poursuivis là où ils se trouvent et que les occidentaux n’auront de cesse que de les éliminer. L’idéologie du Hamas et de ses alliés, les Frères musulmans, ainsi que celle d’Al-Qaeda semblent avoir souffert des soulèvements arabes dans des pays qui ne veulent pas tomber d’une dictature militaire à une dictature religieuse. L’idée que l’on peut frapper impunément l’occident semble dépassée et elle devrait ainsi laisser place à un débat d’idées. La mort de Ben Laden devrait amener le Hamas à plus de pragmatisme sachant qu’aucune action d’envergure n’a été revendiquée par Al-Qaeda depuis les soulèvements arabes.  Martin Indyk, ancien secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche-Orient, estime que la disparition du leader a infligé une « blessure corporelle au mouvement au moment même où le printemps arabe sapait ses fondements idéologiques. »
La défaite d’Al-Qaeda, consécutive à l’élimination de Ben Laden, pourrait amener les palestiniens à réviser leur position vis-à-vis des négociations avec les israéliens et leur réunification devrait les inciter à tracer les contours d’un projet commun qui sera proposé lors des pourparlers de paix sous l’égide du Quartet. Ils ne sont pas dupes puisque la déclaration unilatérale d’indépendance n’a aucune chance d’être adoptée par les Grands, les Etats-Unis et l’Allemagne s’y opposant fermement. Elle aurait des difficultés d’application  dans une zone morcelée sous contrôle militaire israélien.
L’idée que la violence et le terrorisme pourraient permettre aux palestiniens de recouvrer leurs droits semble dépassée et l’avenir du conflit israélo-arabe passe par la marginalisation des extrémistes arabes car selon Houry : « Ce que les Arabes veulent, c'est ce pour quoi ils se battent en ce moment même, c'est-à-dire les droits de l'homme, la dignité et des gouvernements démocratiques ». Mais le Hamas ne semble pas aller dans ce sens puisqu'il a autorisé à Gaza une manifestation de salafistes contre l'assassinat du chef d'Al-Qaeda alors que lui-même s'était élevé contre l'élimination de Ben Laden. Les réflexes semblent donc les mêmes malgré une évolution notable de la situation.

 Les israéliens, quant à eux, se satisfont de la stagnation de la situation et seule une initiative pacifique et originale  du peuple palestinien réunifié pourrait les contraindre à comprendre que la donne a changé.

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