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lundi 11 avril 2011

SARKOZY-NETANYAHOU : LA DECEPTION



SARKOZY-NETANYAHOU : LA DECEPTION

Par Jacques BENILLOUCHE
                 

          L'opinion israélienne n'avait pas digéré l'arrivée au pouvoir de Barack Obama, accusé d’avoir des amitiés préférentielles avec les Palestiniens. Certains dirigeants israéliens, inquiets de la dépendance accrue vis-à-vis des Américains, souhaitaient s'affranchir de la mainmise américaine en posant ouvertement la question d'un rééquilibre des relations avec l'Europe.


Réunion stérile

Benjamin Netanyahou était donc venu rencontrer à Paris le 24 juin 2009, Nicolas Sarkozy, son modèle et ami , pour envisager sérieusement de se rapprocher de l’Europe. Cette réunion n’avait pas donné de résultats tangibles et il s’est avéré que les relations entre Israël et la France s’étaient distendues sans que l’on sache alors l’objet des blocages. La diplomatie française n'était pas parvenue à retrouver un rôle dans le processus de paix moribond au Proche-Orient. Ni Israël et ni les Américains ne voulaient d'un retour diplomatique de l'Europe et de la France.
Un article publié le 1er novembre 2010, sur la foi d’indiscrétions israéliennes,   faisait déjà part de tensions entre la France et Israël et précisait que rien n’allait plus entre Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahou. Le président français entendait bien profiter du refroidissement des relations entre Israël et les Etats-Unis et de l'impopularité de Barack Obama pour réinsérer la France dans le dialogue israélo-palestinien d’où l’Europe, d’ailleurs, est exclue. Le président français avait décidé, le 27 septembre 2010, de prendre l’initiative d’inviter les deux parties (Palestiniens et Israéliens) à Paris fin octobre pour prouver que l’Europe et surtout la France, pouvaient agir au Proche-Orient. Le Premier ministre israélien avait donné son accord puis s’était ravisé. Son bureau avait annoncé, sans autres précisions, que cette réunion était reportée sine die: « Après consultations, les parties concernées se sont mises d'accord pour décider d'une autre date. » L’initiative française avait été enterrée car, selon des diplomates cités par le journal Haaretz, « Netanyahou s'est rendu compte qu'il serait soumis à une pression énorme sur la question des colonies et a donc décidé d'annuler sa participation ».

Confiance altérée

Rien n’avait été publié sur les raisons profondes de cette volte-face mais de nouvelles révélations apportent un éclairage sur les causes de ces tensions. Les indiscrétions de WikiLeaks rapportées par Haaretz précisent que les relations s’étaient refroidies dès la réunion de 2009 qui n’a pas été aussi chaleureuse que décrite. Malgré la demande expresse du premier ministre israélien, Nicolas Sarkozy avait refusé tout tête-à-tête craignant que le compte rendu de la réunion soit biaisé : « Après un tête-à-tête, chaque camp accuse ce qu'il veut ».  C’est dire le degré de confiance qui inspirait alors les deux dirigeants. Ils se connaissaient pourtant depuis 2003, alors qu’ils étaient ni l’un ni l’autre aux affaires au sommet. Mais arrivés au pouvoir, ils n’ont plus montré dans leurs relations la même chaleur dès lors où le pragmatisme politique prenait le pas sur la sympathie mutuelle.
Kathleen Allegrone attachée politique à l'ambassade américaine à Paris, a confirmé dans l’un de ses câbles que la position personnelle de Nicolas Sarkozy se distinguait de la position officielle du gouvernement français. Tenant à manifester de profondes réserves sur la politique suivie par Israël, il a exigé de l’exprimer en présence de témoins, deux conseillers de chaque côté, et en particulier de son conseiller sur les affaires du Moyen-Orient, Boris Boillon, actuel ambassadeur en Tunisie. La confiance n’était plus de mise quand les intérêts priment sur l’amitié.
Nicolas Sarkozy a alors marqué sa grande fermeté sur des questions sensibles pour Israël, a savoir le démantèlement des colonies et la levée totale des barrages routiers en Cisjordanie : « Vous n'avez rien à gagner à eux et ils ne fournissent aucune sécurité. ».  Daniel Levy, fonctionnaire à l'ambassade d'Israël à Paris présent à la réunion, a confirmé le mutisme d’un Benjamin Netanyahou dérouté par l’attaque directe de son « ami » et a précisé qu’il n’y avait eu « aucune véritable discussion » dans la mesure où le président français monopolisait à lui seul la parole. Il avait insisté sur la nécessité de mesures plus concrètes car «  plus vous attendez et plus vous vous perdrez. » Il avait aussi rejeté le principe de la reconnaissance d’Israël comme Etat juif car «  les Palestiniens pourraient interpréter cet énoncé comme un signe que nous ne soutenons pas le droit de retour ».

Des voix perdues

Les révélations de WikiLeaks risquent de choquer la communauté juive entièrement dévouée au président français puisque 82 % des voix juives se sont portées sur son nom en 2008. Cette propension de double langage à reconnaitre certains concepts pro-israéliens en privé mais à  les nier en public pourrait être assimilée à la position de certains dirigeants palestiniens qui s’expriment différemment face à leur peuple et à l’opinion internationale. Une grande déception pourrait atteindre ceux des français qui lui vouaient une inconditionnelle dévotion.
A l’heure où les dirigeants politiques français, Marine le Pen en particulier, recherchent les attentions de la communauté juive, ces révélations risquent de porter préjudice à la position du candidat UMP aux prochaines élections présidentielles. On se souvient qu'une levée de boucliers des instances juives avaient provoqué, en partie, l’échec de Valéry Giscard d’Estaing lors de sa réélection.  
Plus près de nous, quatre candidats français sollicitent les voix des électeurs franco-israéliens pour le poste de député représentant les Français établis hors de France aux législatives de juin 2012.  Valérie Hoffenberg , représentante spéciale de la France pour le processus de paix au Moyen-Orient, a été désignée par l’UMP mais pourrait pâtir de ces révélations.  Elle aura à s’expliquer auprès de ceux qui risquent de détourner leur vote vers d’autres horizons. Elle a d’ailleurs été prise à partie par le député de Paris Claude Goasguen : « Elle est trop pro-palestinienne pour nous représenter dans cette 8e circonscription (Israël, Malte, Turquie)  où les Français d’Israël pèse 70% de l’électorat ». Israël revient ainsi en force dans le débat politique français.

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